I . 0. M. IVN- REG- MIN
MARTIVICTORIAVGG .
PROSALVTE I MPP .L-SEPTIMISE VERIETM. AVRELI ANTONINIAVGG. ET
VEXIL
P.VMO
RANS.IN- PROGINC TV • M. AEMILIOEMERITO DEC AL- I . PAN • SATVR NI ET- GALLO- GOS- V P^N L . A. V . S .
Cette inscription doit se lire ainsi :
Jovi Optimo Maximo, Junoni Reginœ, Minervœ, Marti Victori Augustis, pro salute imperatorum Lucii Septimii Severi et Marci Aurelii Antonini Augustorum, et Lucii Septimii Getœ, Vexillatio legionis tertiae Augustse Piœ Vindicis, morans in procinctu; curante M. ^milio Emerito, decurione alœ primœ Pannoniorum, Saturnino et Gallo consulibus. Vexillatio provinciœ Numidiœ libente animo votum solvit.
Les trois sigles V. P. N. de l'avant-dernière ligne sont interprétés d'une manière différente par MM. Henzen et Renier. Léon Renier, dont j'ai emprunté la traduction, y voit vexillatio provinciœ Numidiœ ; M. Henzen y lit une continuation de la date : « sous le consulat de Saturninus et de Gallus, et la cinquième année de la province de Numidie, {anno) quinto provinciœ Numidiœ. » Cette dernière interprétation nous apprendrait que la province de Numidie avait pris une ère, comme la Maure tanie, et que cette ère partait de l'année 194, la seconde du règne de Sévère, puisque le consulat mentionné dans l'inscription est de l'année 198. Ce qui est sûr, et ce qui importe ici, c'est que les deux éminents archéologues s'accordent sur la lecture des deux sigles P. N, et qu'ils y voient tous deux les mots provincia Numidia ; c'est qu'ils reconnaissent là tous les deux l'apparition de la province de Numidie. Il y a donc désormais une province de Numidie; et, d'après M. Henzen, elle aurait été créée presque immédiatement après l'avènement de Sévère, ce qui n'a rien que de très-vraisemblable. Septime Sévère était Africain; à peine arrivé à Rome après son avènement, il envoya des troupes en Afrique * , dans la crainte que Pescennius ne s'emparât de ces riches contrées, en y pénétrant par l'Egypte et par les plateaux de la Libye. Qu'y aurait-il d'étonnant, ajoute avec raison M. Henzen, à ce que cette circonstance et ces événements eussent
1. Eckhel, VIT, p. 171 et 183. Spartien, Sept. Sévère. 8, 13, 18*
amené la nouvelle organisation d'un pays qui devait attirer avant tous les autres l'attention et la sollicitude de l'empereur? Et cela, quand nous savons, par l'exemple de la Bretagne *, divisée en deux provinces, Bretagne inférieure et supérieure, après la défaite d'Albinus, que la politique de Sévère tendait précisément à amoindrir et à morceler les provinces.
Ainsi, la combinaison politique imaginée par les méfiances de Galigula s'est prolongée jusqu'au règne de Septime Sévère ; les différents souverains qui ont rempli ce long intervalle ont laissé subsister pendant cent cinquante ans l'organisation primitive. Est-ce à dire que le maintien d'un aussi durable statu quo indique, de la part de ces princes, je ne sais quel abandon et quelle indifférence des intérêts de l'Afrique? Que si, par le point de vue spécial où je me suis placé, l'action des divers empereurs a semblé disparaître de toute la période que vient d'embrasser mon récit, est-ce donc qu'elle ait été nulle et ne se soit pas fait sentir dans ces belles et brillantes contrées, si faites pour tenter la bienveillance impériale et si proches des regards du maître? En aucune façon, et peut-être y a-t-il lieu, pour ne point prêter à celte erreur, de faire un rapide retour en arrière, et de montrer, en quelques mots, quelle a pu être l'influence de chacun des empereurs dans les destinées de l'Afrique, et quelle est la part qu'il a prise au développement et aux progrès de la domination et de la civilisation romaines dans cette partie de l'univers.
César, le premier des empereurs, avait porté ses regards sur l'Afrique : le poignard, de ce côté encore, arrêta de nobles et grands projets. On sait la tentative
1. Hérod III, 8, 2; Dion, LX, 23. Une inscription de Lambèse (I. A. S70) mentionne un personnage qui a été préfet de cohorte dans la Bretagne Inférieure, avant d'être tribun dans la 3e légion d'Afrique.
de Caïus Gracchus; César en avait repris la pensée. Appien a entouré ce fait de tout l'appareil poétique d'une légende intéressante et d'une vision semblabie .à celle du Rubicon. Pendant son expédition d'Afrique, César, ayant campé près des ruines de Carthage, aurait vu en songe une grande armée qui pleurait; réveillé en sursaut et tout ému de cette vision, il écrivit sur ses tablettes : coloniser Carthage! « Cette armée en larmes, a dit éloquemment Amédée Thierry, cette armée qui criait à César merci, dans ce songe réel ou supposé, était-ce autre chose que la grande armée des nations conquises? Quoi qu'il en soit du récit d' Appien, l'acte du dictateur rebâtissant Carthage et Gorinthe fut accueilli par tout l'empire comme un acte de haute réparation ; l'histoire aussi l'a enregistré comme un acte de haute et humaine politique \ »
Trois mille colons furent envoyés à Carthage ; le reste fut pris dans le pays voisin et adjoint à la colonie. Ce n'était guère là qu'une ébauche ; Auguste voulut achever l'œuvre : la colonie, reconstituée en 29 avant Jésus- Christ, sous le nom de colonie de Vénus, et consacrée ainsi à la déesse protectrice de la famille Julia, reprit bien vite une vie nouvelle, et Strabon la célèbre déjà comme une des plus florissantes et des plus peuplées du pays ^
Auguste ne visita jamais l'Afrique; après la défaite de Sextus Pompée, il voulait y passer et apaiser par sa présence les derniers ressentiments de la guerre civile ; des tempêtes incessantes l'en empêchèrent : mare sœvtim. Dans la suite, l'occasion ou le motif ne se retrouvèrent plus '. Il fonda du moins de nombreuses colonies, et l'inscription d'Ancyre atteste la sollicitude de l'empe-
1. Amédée Thierry, Tableau de l'empire romain, livre I, cliap. iv.