Pline le J., Lettres, II
seurs des malheureux provinciaux. A travers la vanité un peu naïvement complaisante et emphatique de Pline, on voit bien que le procès fit grand bruit à Rome, et fut, comme on dit, un événement. Le Sénat était au complet, et l'aspect de l'auguste assemblée, solennel : le prince présidait , car il était consul. L'accusé était un grand personnage , il avait été consul, septemvir epulonum. La harangue de Pline, à l'entendre, malgré son émotion, fut digne du sujet et digne de lui ; à coup sûr elle fut abondante. Pline raconte, non sans satisfaction, qu'il a parlé près de cinq heures, et épuisé je ne sais combien de clepsydres et des plus grandes. Tacite prit la parole à son tour, avec une grande éloquence. Il fallut trois longues séances du sénat pour en finir avec un procès pourtant jugé d'avance : Marins Priscus fut condamné à l'exil ; Firminus, exclu du tirage au sort des provinces : Pline et Tacite reçurent les félicitations du sénat. La province avait gagné sa cause ^ Trajan n'eut pas, à ce qu'il semble, d'autre importante occasion de s'occuper de l'Afrique romaine. Ce grand et belliqueux souverain, qui, en Occident et en Orient, recula les bornes de l'empire; qui, vainqueur et maître de la lointaine Dacie, relia au monde romain sa nouvelle et vaste conquête en jetant sur le Danube un pont dont on admire les restes, qui transplanta dans le royaume de Décébale une telle multitude de colons romains que le latin y est resté la langue usuelle, et laissa dans ces contrées une si frappante impression, que son nom est encore légendaire aujourd'hui chez les paysans roumains; le guerrier qui réduisit l'Arménie en province, traversa l'Arabie les armes à la main et donna un roi de son choix aux Parthes