Am. Thierry, Hv, 11, chap
et fut chargé par Hadrien d'en finir avec l'insurrection. La répression fut longue et difficile; et l'agitation durait encore, lorsqu'Hadrien , dans une de ces infatigables tournées qu'il faisait à travers son immense empire, vint en personne achever les rebelles *. Peut-être est-ce de ce premier voyage que date la curieuse allocution militaire, l'ordre du jour malheureusement incomplet, dont Léon Renier a retrouvé le texte à Lambèse ^. La harangue impériale est gravée sur les côtés du piédestal d'une colonne monumentale qui subsiste encore. Elle est adressée aux cavaliers de la 6^ cohorte de Gommagène et renferme les expressions les plus élogieuses pour ce corps de troupes dont elle énumère les services : exactitude dans les travaux du camp, constructions de retranchements en pierres énormes, ardeur infatigable aux exercices militaires, perfectionnement dans la manœuvre et dans le maniement des armes ^. Lorsqu'on a visité les ruines de Lambèse, et la plus belle de toutes, ce majestueux prsBtorium, doré plus que mutilé par les années, décoré d'emblèmes militaires, victoires, aigles, couronnes, enseignes, et du chiffre de la fameuse légion troisième Augusta, on se représente Hadrien, au retour de sa campagne contre les rebelles, debout dans cette vaste salle du prétoire, entouré de son état-major, devant tous les officiers et tous les soldats, les porte-étendards groupés aux deux côtés du tribunal, complimentant la laborieuse et vaillante cohorte qui a fait avec lui l'expédition récente, et lui faisant part des féhcitations du sénat; puis ces cavaliers de Gommagène, voulant éterniser la
1. Motus Maurorum compressit et a senatu supplicationes meruit. Spart. 12,
2. I. A. 5. Voir aussi le 1" fascicule du beau Dictionnaire des anti- (Juités grecques et romaines de Daremberg et Saglio, p. 70.
3. Am. Thierry, p. 161, livre III, ch. 3 : « Le souverain qui voulait fonder l'ordre partout ne pouvait oublier l'armée : il y raffermit la discipline ; il fit rédiger sous ses yeux un recueil de règlements sur toutes les branches du service, et même un traité de tactique ; et ce code d'organisation et de science militaire fit loi jusqu'à la chute de l'Empire. » Dio., LXVIt. Spart., 11, 19. Veget., 1, 8.
mémoire de leurs exploits et la satisfaction de leur général, et faisant graver l'ordre du jour de l'empereur sur une colonne deux fois immortelle, puisque la science Fa fait revivre .
Hadrien, ce grand voyageur, qui, sur un règne de vingt et un ans, en passa au moins quinze en route, revint une seconde fois en Afrique, et combla ce pays de ses bienfaits ^. Les témoignages abondent sur son œuvre africaine ; ce fut lui qui, entre autres choses, fit paver la grande et belle voie qui menait de Garthage à Thé veste. La liste aussi serait trop longue, soit des villes qui obtinrent de lui le titre et le rang de colonies, comme la vieille Utique par exemple, colonia lulia JElia Hadriana Augusta Vtika; soit de celles qu'il peupla ou accrut de ses vétérans. Peut-être fat-il accompagné dans ce voyage par la princesse Matidie, nièce de Trajan et sa propre belle-mère, qu'il entoura toujours d'une déférence des plus affectueuses; toujours est-il que le nom de cette princesse est> resté attaché à diverses localités africaines, telles que Rusubbicâri et Pacciana dans la Numidie, et que Matidie avait acquis elle-même ou fait acheter par ses intendants d'immenses domaines dont les inscriptions ont conservé le souvenir : prœdia Matidiana ^.
Après ce règne d'une paix si active, la tâche d'Antonin était plus facile et plus simple ; mais, comme le fait remarquer un écrivain savant et judicieux, Zumpt, que j'ai suivi de près et dont je me suis aidé pour cette revue rétrospective, les insurrections africaines, l'ordre et le calme une fois rétablis, étaient de nouvelles raisons et des occasions naturelles à fonder ou à développer ces colonies que Cicéron appelait dans son beau langage ces boulevards de l'empire, cette propagande de la civilisa-
1. « In Africain transit ac multum beneficiorum provinciis africanie attribuit. » Spart., 13.