Mommsen
dans l'apogée de la puissance, dans les trois siècles les plus féconds en grands capitaines , en hommes d'Etat distingués, quand l'armée avait la confiance que donnent une instruction supérieure et huit siècles de victoires, ce fut enfin dans la période comprise entre l'époque du premier Scipion et celle de Gorbulon, que des vainqueurs tels que Marins et Sylla, César et Pompée, Auguste et Agrippa, jugèrent cette lenteur d'action utile et nécessaire * ! »
Bâtir sur de pareils fondements, avec de telles précautions, le terrain à ce point sondé et préparé, c'était bien bâtir sur le roc ; c'était se donner toutes les chances de construire bien solidement le bel et majestueux édifice de la domination romaine en Afrique; c'était l'étabhr — non pas sans doute pour jamais, puisque rien n'est éternel ici-bas, puisque l'Empire même a péri, du moins pour une durée grandiose, pour une longue série d'années et de siècles. Il a fallu cette crise de l'ancien monde qui s'appelle l'Invasion des Barbares, et dans laquelle a disparu l'Empire Romain, pour engloutir une première fois l'Afrique que Rome avait faite à son image; il a fallu, après ce premier naufrage, après la renaissance encore assez vivace qui date de Justinien, le flot destructeur des Arabes pour venir à bout de l'œuvre romaine en Afrique. Et quels en sont encore les restes !
Aussi bien, dès le premier siècle de l'ère chrétienne, quel essor, quels progrès accomplis ; et comme l'arbre, plongeant dans le sol ses profondes et vigoureuses racines, s'est enrichi déjà de branches puissantes, de pousses nouvelles , et décoré de feuillage ! L'Afrique septentrionale , désormais maintenue et protégée par l'administration directe de Rome, en ressent bientôt les effets: elle en reçoit d'abord cet inestimable profit que