Bureau de la Malle : ouvrage déjà cité
recueillera le monde entier, le calme et la tranquillité, et, comme le disent orgueilleusement les historiens, la paix romaine. Les colonies se répandent, s'éparpillent maintenant à l'aise et se disséminent sans danger; et cela, non seulement ces centres agricoles et, comme nous dirions, ces colonies civiles, ces stations commerçantes que Gicéron appelait la propagande de la civilisation romaine, mais ces postes armés, ces points stratégiques, ces ^villes militaires qu'il appelait encore les créneaux de l'empire, propugnacula imperii. Devant cette puissante invasion, les mœurs farouches des indigènes, leurs habitudes nationales, leurs préjugés de race, leurs antipathies de vaincus, les souvenirs irritants de la conquête reculent, s'effacent peu à peu et semblent disparaître, sinon partout— assurément ce serait faire là un tableau de trop de fantaisie — du moins dans tous les points propices où se propage l'influence romaine, et là où peuvent rayonner avec elle ses coutumes, ses lois, son langage, tout ce qui améliore les conditions de l'existence matérielle et perfectionne la vie sociale. Du rivage où elle a pris d'abord son point d'appui, et le long duquel elle a semé ses étapes^ la civilisation romaine pénètre dans les vallées et se répand dans les plaines de l'mtérieur jusqu'au pied de ce dernier asile fermé des montagnes. Auguste, qui voulait faire de l'Afrique romaine une seconde Italie, a imprimé le premier et comme inauguré ce mouvement, qui reprend vivement sous Claude. Les familles romaines de l'Espagne, de la Gaule et de l'Italie se rencontrent, se pressent sur ces côtes devenues hospitalières, et se hasardent jusque sur les contours lointains de la rive maurétanienne. « Les villes mixtes d'ailleurs , les colonies puniques et grecques se plièrent promptement au nouveau gouvernement, aux nouvelles formes administratives, à l'idiome latin qu'il leur fallait apprendre : leur métropole, la Garthage romaine, leur donnait l'exemple;
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plusieurs d'entre elles, au reste, reçurent des faveurs et des privilèges considérables; et si les Libyens et les Maures, naturellement un peu rebelles à toutes ces innovations d'une civilisation plus avancée et plus compliquée , conservèrent longtemps encore pour la plupart leur organisation par tribus et leurs chefs particuliers, toutes les populations voisines du littoral et des grands centres se ressentirent pourtant d'une si heureuse contagion et d'un commerce si bienfaisant. En même temps, les limites du sud, jusqu'alors mal définies et disputées par les tribus vagabondes des Gétules, sont reculées à peu près jusqu'au parallèle de Nefta, et les indigènes indépendants apprennent k les respecter. L'agriculture est en honneur ; l'Afrique fournit à Rome des quantités énormes de grains; les villes s'embellissent, des travaux d'utilité publique s'élèvent de toutes parts ' ! »
Au cinquième livre de son Histoire Naturelle, Phne l'Ancien, de sa plume rapide, nous fait comme un panorama de l'Afrique romaine de son temps. Sous les sécheresses de sa nomenclature d'ailleurs si précieuse, il est facile pourtant de faire revivre cette contrée où il ne fait en quelque sorte que passer, et qu'il décrit à vol d'oiseau , de refaire en imagination le tableau dont il ne nous donne guère que le cadre, de restaurer dans leur éclat naissant ou dans leur prospérité renouvelée toutes ces villes qu'il traverse à la hâte et dont il n'a noté que les noms, et de ressusciter ainsi avec lui et grâce à lui ce monde africain de l'époque où il écrivait. C'est en l'an 80 qu'il dédie son Histoire Naturelle à Titus : c'est en l'an 40 que les deux Maurétanies ont été réunies à Tempire. Quels changements déjà, quels progrès, en moins d'un demi-siècle !