Reclus, Géogr., 380, sqq
4. « Prœter nomen, cetera iguarus populi romani ; itemque nobis, neque bello, neque pace, antea cognitus. >> Sali., Jug., XIX.
Sur la région du Sud, sur ce qu'il appelle vaguement le pays des Gétules, Salluste n'a non plus que de fort pauvres renseignements ; il sait seulement par oui-dire qu'au-delà de la Numidie et de l'autre côté de l'Atlas, habitent les Gétules, en partie sédentaires sous leurs huttes agrestes, disons le mot, sous leurs gourbis \ en partie nomades sous la tente, et plus sauvages encore ^
i. Littré a donné le droit de cité à ce nom arabe, devenu si français en Algérie, et qui signifie hutte, cabane, chaumière. Le gourbi est fait de pierres et de terre, et plafonné de branchages et de chaume ; ou bien , plus primitif encore , il reproduit exactement la forme et la stru(!ture que nous a décrites Salluste : « ceterum adhuc aedificia Nuniidanim agrestium, qua; mapalia illi vocant, oblunga, incurvis lateribus tecta, quasi navium carinse sunt. » Jug., XVIIL — Il s'entoure volontiers d'une haie de cactus (figuiers de Barbarie), et se protège ainsi contre les rôdeurs nocturnes, hommes ou bêtes fauves. Il est encore aujourd'hui l'habitation fixe d'une partie de nos indigènes; d'autres vivent sous l'abri mobile de la tente. Le coup de pinceau rapide de Salluste est donc encore aujourd'hui absolument exact. « Super Numidiam Gaetulos accepimus partim in tuguriis, alios incultius vagos agitare. « Jug., XIX.
2. Le pays des Gétules. — Je trouve, dans une savante étude d'un de nos jeunes officiers les plus experts en ces questions, les indications suivantes. M. le capitaine Ragot constate que la séparation marquée par Salluste entre les Libyens et les Gétules ne s'est pas encore effacée de nos jours ; elle existe encore à l'heure qu'il est, et M. Ragot va jusqu'à dire qu'elle indique pour nous la limite de la colonisation sérieuse et des tentatives raisonnables d'assimilation possible. Ce que les anciens appelaient proprement la Numidie s'arrêtait, ajoute-t-il avec précision, à la chaîne des monts Aurès. Au-dessous, super Numidiam, était le pays des Gétules. Dans la table de Peutinger (segments I, II et III) de la belle édition Desjardins, le nom de Gétulie embrasse le Mzab, la région de l'Aurès et celle du Djerid. La limite était nécessairement un peu vague, et elle a dû varier avec les tentatives progressives de refoulement. Le Hodna est pays Gétule. En somme, qu'est-ce que ces Gétules ? Est-ce une autre race ? N'est-ce pas plutôt une confédération plus belliqueuse, et dont le caractère plus remuant et plus indomptable s'expliquerait par le climat plus violent, par la situation plus lointaine ? Ce qui est sûr, c'est que la Gétulie a servi en tout temps de refuge aux vaincus ou aux proscrits du Tell ; c'a été comme l'asile de l'indépendance africaine.
Le capitaine Ragot distingue, avec raison, ce semble, entrejj|ce qu'on pourrait appeler les limites de Yocciipation et celles de la colonisatmi romaine. L'occupation romaine s'arrêtait à 1 Oued-Djedi ; c'était là la frontière extrême; l'Oued-Djedi verse dans le chott Melghir les eaux du Djebel Amour et celles qui tombent des versants sud des montagnes qui se prolongent de l'Aghouat à Biskra.
Mais Rome avait, en quelque sorte, comme une seconde frontière, celle-là fortifiée, au nord de l'Aurès et de cette suite de montagnes qui font chaîne avec lui. Cette frontière armée marquait les bornes de la colonisation romaine et constituait la barrière au-delà de laquelle Rome chercha constamment à refouler les populations Gétules.
Ainsi, c'était la région nord du Sahara — cette vaste région*circons-
Derrière eux se trouvent les Ethiopiens \ et puis le pays brûlé des ardeurs du soleil.
Ce sont là des indications assez vagues et insignifiantes ^ Sur ce point, Strabon, Pline et Ptolémée surtout dépasseront de beaucoup Salluste ; mais encore a-t-il fallu attendre les récits d'un jeune, hardi et savant voyageur, M. Henri Duveyrier ^, et l'érudition si sûre, la critique si sagace de M. Vivien de Saint-Martin * pour débrouiller vraiment les confuses données des géographes anciens, rétablir les grands points de repère et les synonymies certaines, éclaircir enfin les descriptions de seconde main et de simple ouï-dire par les explorations personnelles ou les démonstrations scientifiques.
Ce n'est pas si peu de chose en somme que les connaissances même vagues et les notions à demi exactes que, sur ce mystérieux pays du Sud, sur cet immense et obscur Sahara, les anciens peuvent revendiquer à leur avoir géographique ; et la limite extrême de la mappemonde antique doit se reculer, beaucoup plus avant qu'on ne le sait généralement, dans les profondeurs méridionales de l'Afrique. Le premier, M. Vivien de Saint-Martin a établi, et les recherches de M. Duveyrier ont appuyé ses déductions, que VAgisymba regio des expéditions de Septimius Flaccus et de Julius Maternus devait être identifiée à l'oasis , jadis éthiopienne,
crite entre le pied des montagnes, le cours de l'Oued-Djedi et le chott Melgbir, — le pays des Ziban, qui formait la limite méridionale de la Numidie romaine. Là s'ouvrait, pour finir au torride pays des Ethiopiens, la sauvage contrée des Gétules.
1. Homère, Od., I, 22 ; Iliad., l, 423, Ed. Pierron. Virgile, ^n., IV, 480; Eglog X, 68. « Tous les peuples, dit M. Benoist, situés sur les limites méridionales du monde connu des anciens en Afrique, portaient le nom générique d'Ethiopiens. «
2. Salluste le reconnaît lui-même : « quœ loca et nationes, ob calorem aut asperitatem, item solitudines , minus frequentata sunt, de ils haud facile compertum narraverim. » XVI.