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ROGATO DEC- AEDIIVIR-IIVIR Q Q- RVSG* ET- R VSG CONSISTENTESOB MERITA QVODFRV MENTVMINTVLERIT ETANNONAMPAS
SV SITINGRESGERE
AEREGONLATO
Lucio Fadio, Lucii filio, Quirina tribu, Rogato, decurioai, tedili, duumviro, duumviro quinquennali, Rusgunienses et Rusguniee consistentes ob mérita , quod frumentum intulerit et annonam passus non sit increscere, œre conlato.
Ager frugum fertilis : l'Algérie, c'est la terre du grain ; les céréales, l'orge et le blé, voilà la grande richesse, voilà la maîtresse production de l'Afrique septentrionale ; c'est le trait saillant dans Salluste ; c'est bien aussi l'aspect sous lequel apparaît d'abord l'Algérie. La Maurétanie avait un triple épi pour emblème, et l'Algérie encore a droit de s'en parer. Qu'on traverse cette belle Mitidjah, ou la plaine brûlante du Ghéliff, qu'on remonte de Bône vers Guelma, de Philippeville vers Gonstantine, ou même d'Oran à Tlemcen ; que l'on parcoure encore ce vaste et monotone plateau qui s'étend de Bordj à Sétif, et de Sétif aux portes de la vieille Girta : partout l'orge et le blé, partout les champs de céréales. Il faut voir, au mois de juin, dans ces immenses plaines, cette mer de moissons dorées, et ces flots d'épis frissonnants et courbés sous la brise; puis ces légions de moissonneurs Kabyles, avec leurs chapeaux de paille aux larges bords, répandus en longues files dans l'espace dévoré de soleil, et, de leurs grandes faucilles, jetant bas et amoncelant les gerbes.
64 L'AFKIQUE DE SALLUSTE
Le blé dur, le blé indigène, tiré de ces antiques silos dont parlent César i et Pline, s'exporte en quantités de jour en jour plus considérables; l'orge algérienne s'en va jusque dans le Nord lointain, au pays de la bière. C'est le grain qui, aux longs jours d'été, descend à dos de chameaux ou bien à pleins wagons vers Oran, vers Alger ou Bône; c'est le grain qui, jadis arrêté et comme emprisonné dans l'intérieur, et stérilisé sur le sol par le mauvais état ou par l'absence des routes, la difficulté des transports et la cherté des voyages, s'accumule à l'aise aujourd'hui, auprès des lourds ballots de laine, sous la halle de Gonstantine ou sur les quais de Philippeville, et s'entasse dans les bateaux en partance. L'Algérie^ c'est une immense Beauce montueuse.
En ce qui touche l'antiquité, les témoignages abondent. C'est Phne qui mentionne, à titre de curiosité, un procurateur d'Auguste, envoyant au prince, son maître, un pied de froment poussé dans la Byzacène et d'où sortaient près de 400 tiges ! Néron reçoit un présent semblable 2. Ce sont les inscriptions et les textes qui nous entretiennent sans cesse de la fertilité de l'Afrique et des services inappréciables qu'elle rend à l'Italie épuisée.
Avec la classe des hommes libres, décimés dans les guerres civiles ou dans les guerres étrangères, avait peu à peu dépéri l'antique culture italienne ; dès longtemps
1. Est in Africa consuetudo incolarum, ut in agris et in omnibus fere villis sub terra specus condendi frumenti gratia clam habeant, atque id propter bella maxime, hostiumque subitum adventum prsepareut. (De B. afr., LXV.)
2. « Misit ex eo loco (Byzacio) divo Augusto procurator ejus ex uno grano (vix credibile dictu) quadringenta paucis minus germina ; misit et Neroni similiter CCCLX stipulas ex uno grano. » PI., H. N., xvui, 21.
Le Code théodosien contient toute une législation sur le blé d'Afrique. Notons que cette fécondité parait avoir été le partage spécial de la Numidie et de l'Afrique proprement dite, c'est-à-dire de la province de Gonstantine et de la Tunisie. La région occidentale semble avoir été comptée pour peu dans le chiffre général de la production; ce que nous savons de la fertilité relative actuelle des provinces Algériennes ne dément pas cette appréciation. (Fréd. Lacroix.)
elle s'était transformée , concentrée et appauvrie en de vastes latifundia^ sous l'effort bientôt écrasant de la concurrence des blés voisins de Sicile, de Sardaigne ou d'Afrique. Puis viendront les distributions à prix réduit ou même gratuites pour la plèbe indigente, suite et cause à la fois de cette rapide décadence de la production des céréales italiennes. L'Afrique alors ne sera plus la concurrente, elle sera la nourrice de l'Italie; elle partagera ce privilège avec la Sicile et l'Egypte. L'Egypte, sous Auguste, devait envoyer annuellement à Rome 20 millions de mesures de froment, ou 270 millions de livres, qui ne suffisaient à l'alimentation de la ville que pendant quatre mois *. C'est l'Afrique, ainsi que la Sicile, qui fournissait l'appoint nécessaire à la consommation de l'année entière : soit environ 50 millions de mesures ; l'excédant était emmagasiné dans des greniers de réserve. On voit, à mesure que s'appauvrissait la culture italienne, et que disparaissait, non pas seulement en Italie, mais dans plusieurs provinces, la petite propriété laborieuse, quelle devint^ pour la subsistance de la grande ville affamée, l'importance des provinces transmarines, et quels furent en particulier les bienfaits de la province d'Afrique ^. Sous le bas empire, pendant que Gonstantinople s'approvisionnait en Egypte, c'était encore l'Afrique dont les flottes impatiemment attendues apportaient à la plèbe romaine le pain qu'elle réclamait aux empereurs, comme c'était l'Afrique, elle aussi, dont les bêtes fauves satisfaisaient à cet autre besoin d'une foule oisive et pervertie, les jeux du cirque et les plaisirs sanglants de l'amphithéâtre.