Genio Colonise Veneriae Rusicadis Augusto sacrum
Marcus jEmilius Ballator , praeter sestertium decem millia nummunij quœ in opus cultumve theatri postulante populo dédit, statuas duas, genium patrisB nostrae et Annonae sacrœ Urbis, sua pecunia posuit, ad quarum dedicationem diem ludorum cum missilibiis edidit. Locus datus decreto decuriouum.
dont l'Afrique semble avoir été si riche de tout temps, et dont les longs troupeaux bêlants, aujourd'hui encore, lentement venus d'étapes en étapes des profondeurs de notre Algérie, et tristement enfermés dans les larges flancs de nos paquebots, viennent ravitailler chaque semaine les marchés du midi de la France : Yirgile eût trouvé là quelqu'un de ses mots doux, attendris et mélancoliques *. Aux paysages gracieux et frais, aux vallées ombreuses d'Itahe, à ces eaux faciles et courantes, à ces vieux chênes touffus dont les longs bras de feuilles enveloppent et protègent le troupeau avec son berger, voyez comme il oppose cette Libye aux habitations clair-semées, aux habitudes plus rudes et plus sauvages, et cette vie plus dure, ce plein air éternel, ces étendues immenses, ces parcours infinis!
Quid tibi pastores Libyœ, quid pascua versu Prosequar, et raris habitata mapalia tectis ? Saepe diem noctemque et totum ex ordine mensem Pascitur itque pecus longa iu déserta sine uUis Hospitiis : tantum campi jacet. Omnia secum Armentarius Afer agit, tectumque Laremque, Armaque AmiclBeumque canem, Cressamque pharetram; Non se eus ac patriis acer Romanus in armis Injusto sub fasce viam quum carpit, et hosti Ante exspectatum positis stat in agmine castris.
Virg. Georg., III, 339-349.
Quel merveilleux don de divination ont donc reçu ces grands poètes! Comme ces vers-là sont vus! Quelle justesse de couleur! Quelle vérité, quelle vie dans cette peinture! Je les vois encore, et le chemin de fer les traverse, ces huttes primitives, ces gourbis rares ou ces tentes, établis à mi-côte et défendus souvent par la haie piquante du cactus; je les vois aussi, ces bergers longs et maigres, enveloppés de leurs burnous gris, et se dëta-
1. La richesse ovine de l'Algérie est de plus de 9,500,000 têtes; l'administration veille sur la sélection et le croisement dans la bergerie modèle de Ben-Chicao. Les moutons algériens sont recherchés pour leur laine, aussi bien que pour les ressources précieuses qu'ils fournissent à l'alimentation.
chant en une mince et droite silhouette, sur le ciel clair du matin ou sur le pâle bleu du soir, immobiles et silencieux; ou bien, les jambes nues et leur tunique retroussée, leur gandoura serrée à la taille, accincti^ poursuivant, la baguette en main, quelque taureau qui bondit et s'échappe, ou quelque mouton qui s'attarde. Ils vont^ comme dit Virgile, et la nuit et le jour, et tout un mois de suite ; et le troupeau s'avance lentement à travers ces longs plateaux déserts, où nul abri ne les reçoit jamais. Ah! que la route, ah! que la plaine est longue! Tantum campi jacet! Le berger, lui, emporte et traîne tout avec lui \ sa maison et ses lares, son chien fidèle, aboyant et hargneux, ses armes, autrefois des flèches, aujourd'hui un simple et lourd bâton, trop souvent terrible et mortel. Ainsi marchait — et la comparaison sans doute n'était point désobligeante pour le misérable Africain, pour cette sobre et énergique bête de somme, que j'ai vue tant de fois cheminer, courbée et résignée sous le faix, — ainsi marchait le fier soldat romain, sans être écrasé de ce fardeau militaire dont parle Végèce, et portant avec lui ce camp toujours prêt, cette forteresse improvisée qui s'élevait comme par enchantement aux yeux de l'ennemi surpris et impuissant. L'oracle de Delphes promettait jadis à Battes cette autre source de richesses, le bétail, cette seconde mamelle de l'Afrique, le pâturage : l'Algérie contemporaine tient encore les promesses du vieil oracle ^.
J'aurais peur d'être monotone en épuisant ce commentaire et en poussant à bout ce parallèle, d'ailleurs exact, de la vieille Afrique et de notre Algérie contemporaine. Pourtant, je tiens à faire une remarque, qui intéresse non pas seulement le grand écrivain, dont j'ai fait ressortir la justesse et la fidélité , sans en avoir
1. Voir une peinture semblable dans Pomponius Mêla; loco citato.