‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 33 sur 156 · L'Univers : Afrique ancienne, page · texte numérisé non relu

L'Univers : Afrique ancienne, page

assez marqué peut-être la précision et la mesure, mais encore le pays lui-même, sur lequel les exagérations, les enthousiasmes, les récits un peu trop lointains ont répandu, de nos jours, plus d'une idée fausse et d'une illusion dangereuse. Quand on parle de ces contrées fécondées du soleil, inondées de lumière, oii la terre, en effet, a je ne sais quelle prodigalité particulière, où plus d'un émigrant heureux, surtout actif, laborieux et sage a bien mené sa chance et sa fortune, où de plus il n'est pas donné à tous d''aller voir , la légende se crée bien vite, et il se fait, comme dans le désert, des mirages perfides et trompeurs. Gomme il est bon, en pareil cas, d'interroger un juge perspicace et sincère, un narrateur discret et sobre, un Salluste, qui nous ramène au vrai point de vue et à une saine appréciation des choses! Gomme il dit bien ce qu'il a vu, sans parti pris, sans exagération d'aucune sorte, et comme il a bien vu ce dont il parle! Il marque en traits solides, tout d'abord, les deux vertus maîtresses de la terre africaine ; elle est riche et fertile * cette terre^ et je crois qu'il est permis ici d'étendre largement le sens du mot fertile, et d'enfermer avec Salluste, dans le sein de ce sol opulent, tous les germes qui sont la richesse et la joie de l'agriculture ; puis cette terre du grain, du raisin, de l'olive, des fruits de toute espèce, est aussi la terre du bétail. Mais ce pays heureux, il faut l'aller chercher à travers les vagues d'une mer irritée, et qui bat un rivage ouvert et presque sans défense. Ce sol, ne nous y trompons pas, est comme la fortune chez le poète : il vend bien ce qu'on

1. Un Cicéron eût-il dit simplement fet^tilis, et ne se fût-il pas laissé aller au fertilissimus ?

Pomponius Mêla, lui aussi, a heureusement exprimé en quelques mots la nature et la physionomie du pays : « Quantum incolitur, eximie fertilis ; \erum quod pleraque ejus iuculta, et aut arenis sterihbus obducta, aut oh sitim cœli terrarumque déserta saut, aut infestantur multo ac malefico génère animalium, vasta est magis quam frequens. » De situ orbis, 1, 4. — V. de St-Martin, p. 140.

croit qu'il donne ; à qui l'effleure d'une charrue paresseuse et légère, il est rebelle ou peu généreux; il ne prodigue ses trésors qu'à celui qui, le délivrant d'abord de toutes les plantes parasites j le défrichant au prix de ses sueurs, le déchire profondément, disons-le aussi, savamment i. Ce sol, ce sol brûlé pendant les longs étés, il faut en labourer, il faut en parcourir les immenses espaces, les plaines flamboyantes, les plateaux dénudés, sous les feux d'un ardent soleil, dans la fournaise des monts stériles, sans l'abri protecteur de l'arbre, de l'arbre bienfaisant d'où tombent l'ombre et la fraîcheur : arbori infecundus! ^ Il y faut enfin s'habituer, se résigner à cette parcimonie des pluies célestes, à cette pauvreté des sources de la terre, coelo terraque penuria aquarum, à la rareté de ces eaux précieuses qui ne sont pas seulement la vie et la santé de l'homme, qui sont aussi les aides indispensables, les instruments de son travail, voire des chemins rapides qui marchent et transportent ^.

Contre ces inclémences et ces duretés de la nature, les Romains avaient essayé de lutter^ et nos colons tâchent de se défendre. Il n'est guère contestable que nos devanciers n'aient entrepris et mené à bien, pendant leur domination séculaire, cette œuvre lente du reboisement dont nous sommes, nous aussi, si justement préoccupés, et qui semble, depuis cinquante ans, avoir heureusement modifié et déjà un peu tempéré le climat de

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