Sali., Jug., Lxtix
arides par ces tourbillons de sable soulevés de terre, et qui, furieusement agités, remplissent la bouche et les yeux des voyageurs, les aveuglent et les emprisonnent dans je ne sais quel brouillard de poussière. L'auteur curieux de Salammbô n'a eu garde d'oublier là un de ces effets pittoresques où il excelle; il a rendu cette tourmente africaine avec une vérité saisissante.
« Souvent, au milieu du jour, le soleil perdait ses rayons « tout à coup. Alors, le golfe et la pleine mer semblaient « immobiles comme du plomb fondu. Un nuage de pous- « sière brune, perpendiculairement étalé, accourait en a tourbillonnant ; les palmiers se courbaient, le ciel dispa- « raissait, on entendait rebondir des pierres sur la croupe « des animaux, et le Gaulois, les lèvres collées contre les « trous de sa tente, râlait d'épuisement et de mélancolie *. »
Gorippus lui-même a trouvé là quelque inspiration ; je transcris ce morceau intéressant : il est si difficile de pouvoir citer des vers de Gorippus !
Africus ignivomus terrasque exurere flabris Incipit, et populi vires furiasque resolvit ; Flamine cuncta rigent igniti corpora venti : Aret lingua viris, faciès nibet, altus anhelat Pectora pulmo ciens, mittitque e uaribus ignem. Aspera subtracta fervescunt ora saliva, Et furit exustus siccis in faucibus ardor. Omnis ab interhis humor fluit anxius extis, Perfunditque cutem, quem mox exsiccat iniquus Aeris ipse calor, tepidumque a corpore sumit.
Quel Algérien ne retrouverait là, avec quelque excès dans l'expression, l'image pourtant précise et énergique de ses souffrances : et ce souffle de feu, cette sensation étrange d'un immense foyer tout proche, et comme ce voisinage d'une gueule de four embrasée; les forces anéanties, la tète congestionnée, la bouche sans salive, la gorge sèche, la poitrine en feu, et les poumons sans souffle, ce malaise et cette anxiété? Et puis, autour de
1, Salammbô ; cité par Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t, IV.
soi, comme en soi, tout se consumant, se desséchant st)us cette haleine de feu que souffle le désert ? Qu'est-ce donc, à l'intérieur, dans ces solitudes lointaines,, sur ces plateaux de sable et à travers ces dunes qui sont comme le domaine propre et le royaume du sirocco ! Yoici maintenant comme parle la science, elle est presque ici une traduction de la poésie : « Pendant la durée du sirocco, l'atmosphère est comme embrasée, rougeàtre, desséchante, obscurcie partiellement par les matières terreuses ou siliceuses qu'elle tient en suspension. Sous son influence, la respiration de l'homme est haletante; la peau, les muqueuses de la bouche et du nez sont sèches et arides, et, pour peu que pareil état dure, le cerveau ne tarde pas à manifester des symptômes de prostration. Les animaux, même les mieux acclimatés, souffrent comme les hommes : quelquefois les chevaux refusent de marcher et tournent le dos au vent. Les plantes herbacées, au lendemain d'un sirocco, sont flétries comme le sont dans nos climats des herbes coupées depuis 48 heures. Beaucoup de feuilles et de jeunes tiges sont pour jamais privées de vie. . . Voilà ce fameux Notus d'Hérodote contre lequel marchèrent les Psylles et qui les ensevelit tous '. » Ce n'est pas tout : cette antique plaie d'Egypte, la dévorante sauterelle, est aussi la plaie de l'Algérie. Nous retrouvons là Gorippus; donnons-lui encore ce souvenir. Au milieu d'une énumération des soldats innombrables qu'opposera l'Afrique aux troupes de l'empereur, il s'arrête, et, comme tout poète épique, petit ou grand, doit le faire, il imagine une comparaison : celle-là, je dois le dire, juste, originale, nouvelle et africaine.
Quis ceroere posset
Millia tanta virum? Vel sic locusta sub astris, Austro fiante, cadit Libycos diffusa per agros, Vere sub extremo ; vel cum Notus œthere ab alto