H. Duveyrier, p. 126, sq
In mare praecipitem magnoque a turbine raptam Ire jubet : dubiis horrescunt corda pavore Agricolis, segetes ne conterat horrida pestis, Neu vastet fructus teneros bortosque virentes, Mollibus aut ramis florentem Isedat olivam.
(Cor., II, 195).
Je m'aide ici encore de mes souvenirs et du récit de M. Duveyrier : « Il faut avoir vu, dit-il, des invasions de sauterelles pour se faire une idée de l'étendue qu'elles embrassent et des ravages qu'elles causent. Quelquefois leurs essaims, aussi épais que des nuages, obscurcissent le soleil à plusieurs kilomètres à la ronde, et font en volant un bruit sourd qui s'entend à de très-grandes distances.» Bien heureux nos pauvres colons, quand le terrible nuage, chassé par un vent bienfaisant, est jeté loin du Tell sur les flots où il s'engloutit ! mais « malheur aux contrées sur lesquelles s'abat le fléau, car la sauterelle détruit toute la végétation et dévore les champs les plus riches, comme si le feu y avait tout consumé ! » Le pauvre laboureur atterré et presque impuissant, entend ce terrible bruit de mâchoires qui dévorent en une nuit tout son bien, et sa moisson en herbe, et son frais jardin, et sa verdoyante orangerie, et sa vigne naissante, et son olivier délicat.
Un dernier fléau, la famine, fille de la sécheresse, du sirocco parfois, parfois de ces cruelles légions de sauterelles, fille aussi de la paresse et de l'ignorance ! Mais ce fléau-là, qui décime et décime dans le vrai sens du mot, nous ne le verrons plus sans doute ' : il recule devant les progrès incessants de la colonisation française, devant ces procédés de culture et ces exemples de travail qui s'imposent aux indigènes, devant les voies qui rapprochent et les chemins rapides qui suppriment le temps et la distance, comme il fuit dans les Indes devant les locomotives de l'Angleterre.
1. Comparez les tableaux de recensement de 1866 et de 1872, et lé tableau très-rassurant, ce semble, de 1877.
La fièvre aussi s'enfuit et disparaît. Il semble hors de doute que l'Afrique septentriouale ait toujours, dans quelques-unes de ses parties, dans certaines de ses régions basses et marécageuses, souffert de quelque insalubrité. Strabon^ Frontin% saint Augustin^ signalent certaines maladies pestilentielles nées de la durée des grandes chaleurs, des émanations des lacs^ des eaux stagnantes que laissent les inondations périodiques ; et ces maladies endémiques ne sont autre chose que la fièvre paludéenne.
Les inscriptions, d'ailleurs, font foi d'une piété toute particulière et d'un culte fort répandu en l'honneur des dieux et des déesses qui veillent sur la santé des mortels. A Lambèse, et non point à Lambèse seulement, nous trouvons plus d'un monument élevé par la dévotion des fidèles en l'honneur d'Esculape et de la bonne Santé (L A. 28) ; un consul désigné, légat propréteur, se met, lui, sa femme et ses enfants, sous la protection d'Iiygie (54). Esculape et Hygie, les divinités bienfaisantes, sont associés encore dans un autre monument de Lambèse, un petit autel placé dans le temple d'Esculape (I. A. 152). Mais ce n'est point là un fait local, et cette adoration craintive et intéressée n'est point particulière à l'Afrique romaine. Ce qui est caractéristique et ce qui met en toute évidence l'insuffisante salubrité et le mauvais renom de certains parages, c'est l'inscription que voici, par exemple : elle est d'Àumale [Auzia) ; c'est la pierre funéraire d'une jeune femme, sévère gardienne de son honneur et de sa bonne renommée, et qui a vécu vingt-six ans « sans avoir eu la fièvre! » Quel privilège était-ce donc que d'échapper à cette maladie cruelle, pour qu'on mentionnât cette bonne chance sur uneépitaphe! (L A. 3648).