‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 41 sur 156 · Hérodote, XL 32. Viv. de St.-Martin, p · texte numérisé non relu

Hérodote, XL 32. Viv. de St.-Martin, p

et qu'ont conservée les Arabes ; la langue du vaincu parut au conquérant, comme toujours du reste, une façon de jargon sauvage^ et le mépris du vainqueur lui fit prendre son mot bredouiller, baragouiner, pour caractériser une langue à laquelle il ne pouvait d'abord ni ne voulait rien comprendre. Une remarque de M. Renan vient à l'appui de cette hypothèse : « Il faut se rappeler, dit-il dans une note de ses Apôtres, que dans l'ancien hébreu, comme du reste dans toutes les langues anciennes, les mots désignant étranger, langue étrangère, venaient de mots qui signifiaient bégayer, balbutier; un idiome inconnu se présentant toujours aux peuples naïfs comme un bégaiement indistinct. » Le nom de Berbers appliqué par les Arabes aux indigènes de l'Afrique ne serait donc, comme le Barbare des Grecs, qu'une manière d'assez méprisant sobriquet.

Il y a d'autres explications : quelques-uns disent que les Berbers se rappellent avoir eu pour père commun Berber, fils de Mazigh, petit-fils de Gham, fils de Noé. (Mac-Garthy) , M. Duveyrier voit l'origine du nom de Berber dans les Bérâber du Maroc; mais ce n'est là, ditil, qu'une fraction de la race, et il n'admet pas qu'on tire de là le nom ethnique qui convient à la race tout entière. Les Berabra de la vallée du Nil seraient encore des Berbers. (Viv. de St-Martin). Il n'y a là rien moins, on le voit bien, que lumière et que certitude.

Reste ce nom de Kabyles, dont on se sert tous les jours en Algérie , le plus usité certainement dans la langue quotidienne et les usages locaux, et qui d'ailleurs, dans la science, a fait place au nom de Berbers. Eh bien? Ce mot de Kabyles est-il un mot berbère ? Est-ce le nom générique? est-ce même l'une des appellations dont se désignent les indigènes? — Non encore, me répondait-on. Kabyle, comme Berber, ne semble être qu'un mot arabe, et ne remonte qu'à la conquête : c'est le pluriel

d'un mot qui signifie tribu, confédération. Les Kabyles, ce sont les confédérés, les gens des tribus. Quand les Arabes furent en présence de cette population autochthone qui ne semblait point se rallier sous le drapeau d'un nom de race, et qui paraissait au contraire se diviser en ligues distinctes, se fractionner en clans sans nombre, ils les appelèrent K'baïls : les bommes des tribus; tout comme, à un autre point de vue, mais dans cette même incertitude et cette même pénurie d'un nom ethnique, ils les nommèrent berbers ou bredouilleurs, d'un nom pris chez eux-mêmes et tiré de leur propre langue.

M. Duveyrier chercherait plutôt le nom générique des indigènes du Nord de l'Afrique, dans le seul nom patronymique qu'acceptent les représentants purs et vrais de cette race indigène, les Berbers du Sahara, ceux que les Arabes et que l'usage ont baptisés à tort du nom de Touareg. Ces peuples repoussent le nom de Touareg (en arabe, les délaissés, les abandonnés), et n'acceptent d'autre nom que ceux d'Imôhagh, Imôcharh, Imàjirhen, lequel signifie les hommes libres, un nom qui siérait bien sans doute à leur hère indépendance. Or, c'est le nom, à très-peu de chose près , que les Berbers du Maroc donnent , eux aussi , à leur race : Amàzigh , pluriel Imazîghen. Il est, d'ailleurs, à remarquer que les Marocains, comme les Touareg, donnent à leur langue les noms presque semblables de temâhaq ou temâcheq, de tamâzigh ou tamâzirht. De plus, les généalogistes du moyen-âge assignent , les uns , Mâzigh , les autres , Tamzigh, ceux-ci pour mère, ceux-là pour père, sinon à la totalité, du moins à une grande partie des Berbers. Remontons enfin jusqu'à l'antiquité : Hérodote appelle Libyens tous les peuples qui habitent l'Afrique septentrionale; mais il distingue parmi eux les sédentaires des nomades, les agriculteurs des pasteurs, les Mazies, M«$u«;, Maziques, et les Auses. Dans Justin j

Hiarbas , rex Maxitanorum , demande la main de Didon (XYIII, 6). Allons plus loin encore : on retrouve ce nom de Maksi dans des inscriptions assyriennes; et ce nom de Maksi correspond, à n'en pas douter, au mot Amaksi, lequel, dans tous les dialectes berbères, signifie pasteur. Les fameux Hicsos, les pasteurs, sont probablement des Berbers. Eh bien! il est permis d'aflBrmer que ce nom de Maksi et de Maziques est identique à ceux de Mâzigh, d'Amazigh et d'Imôhagh; que les Imôhagh contemporains descendent des Imazighen du moyen-âge , des Mazigh des généalogistes et des Mazies de l'antiquité ; et qu'un nom qui se transmet à travers tant de siècles, presque sans altération, « est bien celui qu'un peuple a le droit de porter et de revendiquer * , d

A tort ou à raison, dans l'état actuel de l'usage aussi bien que de la science, c'est le nom de Berbers qui prévaut. Et qui donc encore expliquera ce double nom de Maures et de Numides? Ces deux appellations classiques, d'où viennent-elles et que veulent-elles dire? A coup sûr, si grande qu'ait été leur extension dans l'usage romain, elles peuvent si peu compter pour une dénomination générique, analogue à celle même de Libyens, qu'elles s'opposent au contraire politiquement et géographiquement l'une à l'autre et désignent deux fractions rivales d'une même race. Maures paraît bien être une appellation phénicienne; ainsi désignait-on à Tyr les gens de l'extrême Occident : Maouharin, les Occidentaux ; le mot Maghreb qui est arabe, a la même acception et vient de la même racine. Cette dérivation paraît plus probable que celle qui se tire de Maupo? noir, bien que la consonnance des mots, jointe à la convenance physique, ait répandu de bonne heure cette acception chez les Grecs et chez les Latins, et plus tard l'ait rendue générale dans le

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