‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 45 sur 156 · Ceterum fides rei ejus pênes auctores erit. Jug., XVII · texte numérisé non relu

Ceterum fides rei ejus pênes auctores erit. Jug., XVII

2. Je renvoie ici le lecteur, poui- éviter une citation trop longue, au passage même de Salluste, c'est-à-dire au chapitre XVIII tout entier.

désormais de tenir beaucoup plus de compte d'un texte un peu trop dédaigné, et de prendre plus au sérieux un témoignage où ne manquent point les inexpériences ni les erreurs de détail, mais dont le fond s'éclaire singulièrement des recherches et des découvertes de l'archéologie et de l'anthropologie contemporaines.

Les premiers habitants de l'Afrique furent les Gétules et les Libyens. Eh bien! ce sont là les autochthones, ceux dont les hiéroglyphes égyptiens font mention sous le nom de Lebous, ceux dont un papyrus plus récent désigne le pays sous le nom de Tamahou ; ce sont les indigènes bruns, les vieux témoins peut-être de cet exhaussement du sol qui a formé le golfe de Gabès, fermé le détroit qui l'unissait aux Ghotts, et mis ainsi à sec cette mer saharienne que M. le capitaine Roudaire voudrait réouvrir aujourd'hui; ce sont les antiques fabricateurs de ces instruments en silex, de ces jiierres taillées qui sortent du sol africain plus nombreux chaque jour; c'est, en un mot, la race berbère qui vit aujourd'hui près de nous, et dont les purs échantillons, échappant à toute conquête, se sont réfugiés dans les inaccessibles retraites des montagnes du plateau central. Mais voici que l'armée d'Hercule se débande en Espagne ; les Mèdes, les Perses et les Arméniens qui en faisaient partie, traversent le détroit de Gibraltar, passent en Afrique, se mêlent, par mariages, les uns aux Gétules, les autres aux Libyens, et s'absorbent petit à petit dans le courant de la race indigène. Or, vers 1600 avant Jésus-Christ, se produit, dans l'Europe occidentale, un grand mouvement de populations : les Kymris, venant du Nord, refoulent certains groupes de Celtes jusqu'en Espagne, et les habitants de cette contrée, poussés euxmêmes par l'invasion, s'échappent en directions diverses, les uns par les Pyrénées vers l'Italie, sous le nom de Ligures, les autres par le détroit de Gibraltar.

N'est-ce pas là l'armée d'Hercule? Les Mèdes, les Arméniens de Salluste, c'est-à-dire, sous un nom hasardeux, des peuples d'origine aryenne, ne sont-ils pas ces hommes blonds aux yeux bleus, venus du Nord par les îles de la Méditerranée et la péninsule ibérique, et qui couvrirent la Tunisie, surtout l'Algérie et le Maroc, d'une traînée ininterrompue de monuments mégalithiques de toutes sortes, de dolmens et de sépultures où nous ne retrouvons pas seulement leurs ossements, mais leurs instruments et leurs armes, tantôt de pierre polie, tantôt de bronze et de fer ? Et cette invasion d'hommes blonds n'explique-t-elle pas la persistance sur tout le territoire de l'Atlas, et particulièrement dans l'Aurès, de ces nombreux blonds aux yeux bleus, dont la présence, tout à fait insolite dans ces altitudes et au milieu de populations des plus brunes, est comme un souvenir et cpmme un témoignage du passé ? Mais encore une fois, à cette race de la pierre pohe et des monuments mégalithiques, à cette race d'immigrants blonds, préexistait en Algérie, en Afrique pour mieux dire, une autre race, celle de la pierre taillée, celle-là autochthone, celle de nos indigènes actuels, qui en majorité sont bruns, la race berbère. Or on sait « qu'une race conquérante, lorsqu'elle n'est pas absolument en majorité, finit toujours par disparaître, et que la race antérieure reprend le dessus avec ses traits physiques et autres. Une autre cause favorisait d'ailleurs en Afrique l'extinction .de cette race étrangère : les blonds s'y acclimatent plus difficilement et sont à coup sûr dans des conditions de vitalité moins favorables. » (D"" P. Topinard i.)

1. Comme nombre, on peut évaluer les gens de race berbère (et ceux qui, d'origine arabe, devenus sédentaires, ont plus ou moins adopté la vie et les mœurs Kabyles), à près des 2/3 de la population générale de l'Algérie. Le général Hanoteau estime que le classement exact des deux races (Arabes et Kabyles) démontrerait que l'élément arabe est en faible minorité dans In population totale de l'Algérie. (Capitaine Rinn, l'Algérie assimilée).

La race berbère autochthone a donc absorbé ces gens du nord ; bien d'autres conquérants ont passé par l'Algérie depuis ces compagnons d'Hercule, les Romains, les Arabes, les Turcs. Des Phéniciens (Liby-Pbéniciens) , des juifs, des nègres se sont aussi mêlés à eux; on trouve chez eux de nombreux métis qui ont tous les caractères mixtes des races croisées; mais de fait, en vertu de la loi que nous énoncions, tous ont disparu, noyés dans la masse indigène, laquelle se conservait dans ses montagnes, ses forêts ou ses déserts, et restait ainsi ou redevenait ce qu'elle était à l'opigine sur le sol de son vieil Atlas.

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