‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 66 sur 156 · T.-L., ibid. Voir tout ce chapitre · texte numérisé non relu

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câlineries de l'épouse nouvelle, et cette femme était Sophonisbe ! Syphax n'avait rien à refuser à cette Salammbô, à celle qu'il maudira plus tard, qu'il appellera sa perte, sa folie, sa furie, mais qui, à l'heure qu'il est, le possède tout entier, le fascine, et, par je ne sais quels charmes, lui a pris toute son âme ^ On obtient donc de lui qu'il adresse une ambassade à Scipion, heureusement encore en Sicile, et qu'il lui dénonce nettement l'alliance précédemment conclue. • « Scipion ne devait plus compter sur ses promesses; mari d'une Carthaginoise, de la fille d'Hasdrubal , uni par un traité au peuple carthaginois, il souhaitait par-dessus tout que la lutte commencée se continuât hors de l'Afrique, afin de pouvoir se désintéresser de la querelle; que si P. Scipion ne renonçait pas à ses projets et marchait sur Garthage, Syphax serait forcé de combattre pour la terre où il était né, pour la patrie de celle qui était maintenant sa femme, pour les tombeaux de ses pères, pour son foyer, pour ses pénates. » (XXIX, 23.) Scipion perdait du coup un puissant appui et une grande chance de succès; il répondit immédiatement à Syphax, pour essayer de le ramener encore ; il cacha d'ailleurs soigneusement l'objet de la mission numide et le contenu du message, répandit des bruits tout contraires, et hâta d'autant plus les derniers apprêts du départ. Lorsque le grand jour fut venu, lorsque Scipion, du haut de son vaisseau

1. T.-L., XXX, 13. « niam furiam pestemque omnibus deliuimentis animum suum avertisse atque aliénasse. » — Dans ce livre se dessine plus nettement cette tragique et poétique figure de Sophonisbe ; Tite- Live nous la montre, savamment éplorée, et dans un deuil plein de cbarme et d'art, placée comme une triste statue sur le seuil de la demeure royale, au moment où Massiuissa vainqueur, et maître de sa vieille Cirta, court au galop de son cheval prendre possession du palais d'un rival détesté. « Forma erat insignis et florentissima œtas. » Et toute cette scène frémissante, cette prière à genoux, ces pleurs qui l'embellissent, cette main f>ressée et ces baisers suppliants qui troublent, ce merveilleux petit discours qui ressemble plus à une caresse qu'à une prière ! Massinissa est bon, il a pitié ; mais surtout il est jeune : il s'éprend d'une folle passion ! (XXX, 12, 13, 14, 13.)

amiral, au milieu d'un solennel silence, eut appelé la protection des dieux sur Rome, sur lui-même, sur tous ceux qui l'accompagnaient, il donna l'ordre du départ ; et la flotte, levant l'ancre, aux acclamations d'une foule immense , disparut bientôt en pleine mer. Le lendemain, le pilote signala le cap de Mercure ; un brouillard épais , vers midi , empêcha le débarquement ; la nuit se passa ainsi, non sans quelque inquiétude; le matin venu, un vent frais dissipa les brumes : toute l'étendue de ces admirables rivages, sous l'éclat du soleil levant, se déploya aux yeux de la flotte dans leur merveilleuse beauté. « Quel est ce promontoire? demanda le général en chef. — C'est le Beau promontoire. — J'accepte l'augure : qu'on aborde ! * » Gomment ne pas penser, nous aussi, en nous reportant aujourd'hui à près de 50 ans en arrière, à ce départ superbe de notre flotte, au magnifique spectacle de cette armée qui s'embarquait pour venger le drapeau, pour délivrer la mer et nous donner une France nouvelle, à ces adieux qui la saluaient, à ces cris et à ces vœux émus qui retentissaient dans l'immense rade de Toulon, à cette arrivée de nos soldats devant la pointe de Sidi Ferruch, à ce débarquement hardi sur cette plage inconnue, où tant de dangers nous attendaient, et tant de gloire !

Aussi bien, à défaut de Syphax, Scipion pouvait espérer une autre et précieuse alliance; ses précautions étaient dès longtemps prises; il s'était ménagé un autre çof : il comptait sur Massinissa. C'avait été là, chez le futur Africain-, une diplomatie de longue date ; de bonne heure il avait pris soin de se préparer et de cultiver pour l'avenir une haison politique qu'il sentait devoir être eflîcace. Dès sa première campagne d'Espagne, une bonne fortune s'était offerte, qu'il n'avait eu garde de

l.T.-L., XXIX, 27. « Placet ùllieli, in(|uit, hue dirigite uaves. »

perdre. Un jour, après un combat victorieux, on lui avait amené, parmi les Numides prisonniers, un jeune homme d'une rare beauté, qu'on lui dit être de sang royal. L'enfant, doucement interrogé par lui, répondit qu'il s'appelait Massiva; orphelin, élevé par Gala, son grand'père, son oncle Massinissa l'avait amené en Espagne avec les contingents numides qui renforçaient l'armée carthaginoise; Massinissa l'avait jusqu'alors éloigné des combats, à cause de son jeune âge. Mais ce jour-là, à l'insu de son oncle, il avait pris des armes et un cheval, s'était jeté dans la mêlée; puis, son cheval s'étant abattu, il avait été fait prisonnier. Scipion lui demanda s'il serait heureux de retourner auprès de son oncle : l'enfant répondit oui, en pleurant des larmes de joie. Scipion lui fit cadeau d'une bague et d'une agrafe d'or, d'une toge à large bande de pourpre^ d'un cheval harnaché , et le congédia sous une petite escorte de cavaliers.

Ce sont là de nobles et touchantes actions, et qui nous font voir, dans le grand homme, une âme généreuse et tout à fait aimable ; mais comme il savait bien pourtant ce qu'il faisait ! * Des procédés si déhcats ne pouvaient en effet que toucher l'âme noble aussi et chevaleresque de Massinissa. Dès ce moment sans doute, il se rallia tout bas, et voua à Scipion cette sorte de culte enthou^ siaste qui ne se démentit jamais. Dès ce moment il fait des avances ; il se ménage bientôt une conférence secrète avec un lieutenant de Scipion, Silanus % et, à la suite de cet entretien, repasse pour quelque temps en Afrique, afin de disposer ses tribus à embrasser ses nouveaux projets. Forcé de cacher encore son jeu, il revient à Gadès, à l'armée de Magon; mais il s'en échappe dès qu'il peut, et s'abouche avec Scipion dans cette curieuse entrevue que nous avons racontée plus haut, et où son

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