‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 72 sur 156 · Appien : Punie, VIII · texte numérisé non relu

Appien : Punie, VIII

qu'une république puisse conférer à un de ses citoyens ; elle s'en remit à lui pour dicter les conditions aux vaincus. Garthage fut réduite à livrer ses vaisseaux, ses éléphants, à payer 10000 talents (58 millions de francs); enfin à prendre l'engagement honteux de ne plus faire la guerre sans l'autorisation de Rome K » C'est-à-dire que non-seulement elle abandonnait l'Espagne et les îles de la Méditerranée ; mais elle s'engageait encore à ne jamais rentrer en lutte contre Rome ou contre les alliés de Rome, à ne plus porter ses armes hors de l'Afrique; en Afrique même, à ne jamais les prendre, disons le mot, à ne pas se défendre, sans la permission du Sénat. Garthage descendait au rang de tributaire et perdait son indépendance politique.

A Rome, ajoute M. Mommsen, beaucoup trouvèrent cette paix trop douce dont nulle clause ne stipulait l'anéantissement de Garthage. Mais Scipion, et c'est à sa gloire, n'avait point de ces mesquines vengeances ; ce grand cœur eût pensé mésuser ainsi de la victoire, et se fût reproché comme un crime de lèse-humanité, comme un odieux attentat envers la civiHsation, « que de renverser brutalement l'une de ses colonnes M » Je crois volontiers à ces glorieux scrupules de l'âme généreuse d'un Scipion ; pour le sénat, dont le génie tout autre était tout romain et point grec, en s'en remettant, non sans quelque complaisance, à l'avis du jeune vainqueur, il entendait sans doute signifier surtout que Rome, à cette date, n'avait point encore la pensée d'englober dans sa domination tout ce riche bassin de la mer Méditerranée, à plus forte raison de fonder à son profit la monarchie universelle. M. Mommsen estime qu'elle n'a guère à cette heure songé qu'à la conquête et à l'annexion incon-

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