‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 79 sur 156 · Ni multitudo togatorum fuisset.... Sali., Jug., XXI · texte numérisé non relu

Ni multitudo togatorum fuisset.... Sali., Jug., XXI

2. Italici, quorum virtute mœnia defensabantur... Jug., XXVI.

paraître moins sûres. Salluste cite la ville de Vacca * comme le centre d'affaires le plus important et le marché le plus fréquenté du royaume, et comme habitée ou hantée par un très-grand nombre de négociants italiens.

Voilà pour le sénat plus qu'une espérance, plus qu'une tentation : c'étaient là de solides points d'appui et de valables raisons de confiance. Et cependant, dérogeant en Afrique au système qu'il appliquait partout ailleurs à cette époque, il ne voulut point déclarer province romaine cette Numidie que lui livrait la prise de Jugurtha et que lui avaient comme entr'ouverte et préparée l'esprit d'aventure et les efforts de l'immigration italienne. C'est qu'il voyait que, pour bien garder la nouvelle conquête, et faire la police et l'éducation malaisée de cet étrange et immense pays, il eût fallu toute une armée d'occupation qui tînt à la fois en respect les hordes turbulentes du désert et les révoltes des Numides.

Or, il n'était en aucune façon dans la pensée de personne, à Rome, d'entretenir encore en Afrique une si lourde armée permanente. On se contenta de mesures provisoires et d'une organisation temporaire, qui permissent du moins de surveiller et de voir en même temps venir 2. On annexa à l'empire de Bocchus la Nu-

1. Badja, 0. de Tunis : « oppidum Numidarum, nomiue Vacca, forum rerum venalium totius regni maxume celebratum, ubi et incolere et mercari consueverant Ttalici generis multi mortales. » (Jug., XLVII, XXIX.)

2. « Salluste nous a laissé, sous le titre de la Guerre de Jugurtha, un tableau politique de genre, merveilleux par la vivacité de sa couleur, et l'unique document original qui nous reste au milieu de la tradition pâlie et effacée de l'époque. Mais ce tableau, fidèle à la loi poétique, et non à celle de la composition historique , se clôt par la catastrophe de Jugurtha. Et quant aux autres sources, nulle part nous ne trouvons exposée d'une façon complète la condition faite ensuite à la Numidie. Salluste (c. LXV) ; Dion (Fragni., 79, 4, Bekk ) indiquent bien que Gauda a succédé à Jugurtha ; et une inscription de Carthagène lève tous les doutes, en l'appelant roi et père de Hiempsal II. Dans l'est, les frontières entre la Numidie d'une part, et l'Afrique romaine et Cyrène de l'autre, restèrent les mêmes que devant : nous le savons par César (Bell, civ., 2, 38 ; Bell. Afr., 43, 77) et par la constitution provinciale postérieure. Il était naturel au conti-aire, et

midie occidentale, c'est-à-dire, vraisemblablement, le pays qui s'étend du Mulucha jusqu'à la ville de Saldas, et qui plus tard s'appellera la Maure tanie Césarienne (prov. d'Oran et d'Alger). Encore fallait-il payer la trahison du roi maure par des agrandissements dignes du crime et du service rendu ; cette partie de la Numidie, il la convoitait depuis longtemps et la réclamait des Romains; Jugurtha tout le premier l'avait fait miroiter à ses yeux comme le prix de son alliance, et Sylla la lui avait promise comme le salaire de sa défection *. Quant à ce qui restait, Bocchus une fois rémunéré, du royaume amoindri de Jugurtha , les Romains n'en voulurent point pour eux-mêmes : ils le donnèrent à un pauvre prince maladif, faible de corps et d'esprit, Gauda, fils de Mastanabal, demi-frère de Jugurtha, dernier survivant des petits-fils légitimes de Massinissa, et qui, dès 646, avait, à l'instigation de Marins, porté ses prétentions jusque devant le sénat ^ C'est sur ce chétif et malingre vassal, peu fait pour lui porter ombrage, que Rome se repose momentanément du soin d'administrer le pays qui touche à sa province : elle ne procède d'ailleurs à aucune modification de frontière ^ Bientôt l'Afrique tout entière sera enveloppée dans

Sallttste le fait d'ailleurs pressentir (c.XCVII, Cil, CXI), que le royaume de Bocchus reçût des agrandissements immédiats et importants : aussi voyons-nous plus tard, ce qui confirme l'assertion, la Mauritanie, confinée jadis à la seule Tingitane (Maroc), englober le pays de Césarée (Alger) et celui de Sitifis (Sétif), et la moitié occidentale de la province actuelle de Constantine. Mais comme c'est par deux fois que la Mauritanie a reçu des Romains les agrandissements dont il s'agit, en 649 d'abord (lOS), après l'extradition de Jugurtha, et en 708 (46) après la dissolulion définitive du royaume numide, je suis porté à croire que la contrée Césarienne a été donnée par les Romains dans la première circonstance, et celle de Sétif dans la seconde. >> Note de M. Mommsen. i. Jug., Cil, XGVII.

2. Quelques-uns placent immédiatement, dès 106, sur le trône amoindri de Numidie, non pas ce Gauda^ mais sou fils, à ce qu'il semble, Hiempsal II, qui, dans l'histoire de M. Mommsen , parait n'avoir été que le successeur de Gauda.

3. César, B. civ., 2, 38 ; Afr., 43, 77. Dans ce qui suit, je ne vais guère faire autre chose qu'extraire de la grande histoire de Mommsen et puiser dans le courant de son récit tout ce qui intéresse l'Afrique.

le tourbillon des guerres civiles, et les Numides, les Maures eux-mêmes, vont être activement mêlés désormais à tous les événements politiques du monde romain. Marins vaincu, exilé, perdu, songe à ce pays de sa gloire naissante, au théâtre de sa grande fortune ; c'est en Numidie qu'il vient chercher un refuge :

« Nuda triumphati j'acuit per régna Jugurthœ; »

il espère y gagner le roi Hiempsal II; mais poursuivi par les cavaliers du prince numide, il se sauve dans l'île Kerkénah '. Puis il rentre triomphant à Rome. Il meurt, et Ginna est consul : c'est, pendant cette dictature précaire, le tour des partisans de Sylla d'exploiter le secours de l'Afrique. Q. Metellus et M. Grassus essaient de conserver la province au parti des Optimales ; mais ils sont forcés de céder la place au préteur marianien Hadrianus ; d'ailleurs, au premier bruit des succès de Sylla, ils courent le rejoindre en Italie. Hadrianus organise donc à son aise la résistance dans la province d'Afrique; mais là, poussant à l'excès les pratiques révolutionnaires, il commence par affranchir les esclaves. Les marchands romains d'Utique se soulèvent, surprennent le préteur dans sa demeure officielle et l'y brûlent avec ses gens ^. Néanmoins la province reste fidèle à la faction; le gendre de Ginna, le jeune Domitius Ahenobarbus, officier énergique, y prend le commandement et pousse sa propagande jusque dans les royaumes clients de Numidie et de Maurétanie ^ Hiempsal II tenait pour Sylla : il est jeté à bas de son trône par un prétendant démocratique, Hiarbas, avec l'assistance des Ginnaniens -, et des dissensions pareilles sont fomentées

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