Bureau de la Malle
tion de Carthage est de 608 ; cent ans après, au lendemain de la bataille de ïhapsus, c'est la Numidie seulement que César réunit à la province romaine ; les deux immenses Maurétanies demeurent encore indépendantes ! a Auguste, dans un règne de 58 ans, emploie toutee les ressources de sa politique habile et rusée, pour triompher des résistances de l'indépendance africaine. La Numidie, pillée et vexée par Salluste, menaçait de se soustraire au joug imposé par César : Auguste lui rend la liberté, un gouvernement national, un roi issu du sang de Massinissa. Mais ce roi a été élevé à Rome ; il a pris les goûts, les mœurs, les habitudes et l'instruction du siècle d'Auguste. L'empereur l'a formé de ses propres mains au respect, à l'adulation et à la servitude. C'est le modèle de ces reges inservientes , ces rois esclaves, si bien peints par Tacite. Juba est chargé de façonner son peuple à la crainte de Rome et à la soumission. Quand Bocchus et Bogud sont morts, laissant leurs états au peuple ou plutôt à l'empire romain, Auguste reprend à son élève la Numidie romanisée, si l'on peut hasarder le mot, par ses soins et par son exemple ; il la réduit en province et donne à Juba les Maures farouches, les Gétules indomptés, pour apprivoiser lentement ces bêtes sauvages des déserts africains. Ce n'est enfin que, lorsque ces rois esclaves ont rempli leur mission, lorsque deux règnes successifs de princes mariés à des Romaines, lorsque des colonies civiles ou militaires, formées de Romains, de Latins, d'Italiens, ont infiltré de plus en plus dans le pays l'usage de la langue, le désir des lois, le goût des mœurs, des habitudes, des vertus et même des vices du peuple conquérant ; ce n'est qu'après avoir si bien préparé les voies, que le sénat décrète la réunion à l'empire, que les deux Maurétanies sont à jamais réduites en provinces sujettes et tributaires*. »>