‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 82 sur 156 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des principes qui dirigèrent la politique de Rome, dans l'administration de ses provinces.

K Chez nous le soldat est brave et l'homme de robe est savant :

nous n'allons pas plus loin. Chez les Romains, l'homme de robe était brave et le soldat était savant : un Romain était tout ensemble et le soldat et l'homme de robe, s Labruyère.

Il y a, dans le langage administratif et politique des peuples modernes , deux mots , tout gros d'oppositions et de contrastes, d'antagonismes et de conflits, que les Romains ne connaissaient pas et qu'ils n'auraient guère compris : j'entends les Romains de la République et même, jusqu'à un certain point, ceux des deux premiers siècles de l'empire. On ne distinguait point chez eux, ni dans la société, ni dans la langue, entre le civil et le militaire. L'armée, au sens moderne, l'armée distincte de la société civile, et comme séparée du reste de la nation par une organisation spéciale et des lois particulières, par un esprit et des traditions qui lui sont propres, par une destination déterminée : le service militaire n'étant qu'une profession comme toutes les autres, un

emploi, une carrière, et non pas un devoir national et une obligation patriotique : ce sont là des idées qui n'apparaissent dans l'histoire romaine, comme dans celle aussi bien de presque toutes les sociétés antiques, qu'à une époque tardive et aux heures de la décadence '. Composée de citoyens-soldats, l'armée était la nation même, qui allait au combat comme elle allait au vote, non par métier, mais par devoir, et se rangeait pour la bataille, du moins à l'origine, dans le même ordre que pour les comices ^

La nation était sur le pied de paix, ou elle se mettait sur le pied de guerre, mais c'étaient les mêmes hommes qui déposaient la toge pour les armes, le costume de la paix pour la tenue de guerre; et lorsque, dans le cri fameux de Gicéron, ces deux mots, perdant leur vieux sens, s'opposent l'un à l'autre dans une si violente antithèse; lorsque, dans sa vanité naïve, le grand et honnête orateur donne le pas au bourgeois en toge sur le soldat en uniforme, et célèbre le triomphe du droit civil sur les audaces militaires, il faut penser que nous sommes arrivés, à travers les discordes sanglantes de Marins et de Sylla, à des temps nouveaux et à de nouvelles mœurs, aux jours néfastes de la république, aux dernières heures de la liberté ^.

Tout citoyen étant soldat, ou, pour mieux dire, le soldat et le citoyen ne faisant qu'un, la distinction n'existant pas entre les devoirs de l'un et de l'autre, et les fonctions civiles se confondant avec les fonctions militaires, il était naturel que le commandement en temps de guerre et l'autorité en temps de paix fussent réunis dans les mêmes mains; et que les mêmes hommes qui étaient le»

1. F. de Coulanges, Institutions militaires de la république romaine. Revue des Deux-Mondes, n" du 15 nov. 1870.

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