‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 86 sur 156 · Orelli-Henzen, n · texte numérisé non relu

Orelli-Henzen, n

3. « Il s'agissait, dans les mœurs romaines, non de préparer un homme pour tel ou tel emploi, mais de l'élever pour son pays, et dès lors de développer en lui toutes les qualités, tous les talents que son pays lui demanderait un jour. C'est par là qu'à Rome l'éducation du citoyen était si variée et si féconde.... Toutes les forces de l'esprit étaient tendues à la fois.... c'était la vie active même. » (D, Nisard).

devaient passer régulièrement par cette lente filière d'emplois, et s'avancer d'un pas égal sur cette route échelonnée d'honneurs. Les dispenses étaient fort rares : des traditions sévères et des règles certaines fixaient la limite d'âge de chaque magistrature, et les diverses conditions auxquelles on pouvait l'obtenir ; et la faveur des princes respectait le plus souvent ces lois salutaires. Tout consul pouvait donc léguer à ses fils un pareil tableau d'avancement : tout gouverneur d'une grande province pouvait transmettre à la postérité, sur la plaque de marbre éternelle, le souvenir de ces glorieuses étapes.

Ainsi, le fait caractéristique des institutions romaines était de former des hommes capables de toutes les fonctions ; de les exercer aux luttes du forum comme à celles du champ de bataille, de les rompre à toutes les difficultés de la politique et de l'administration. L'aptitude aux exercices miUtaires, la science des lois civiles et religieuses, l'intelligence des questions de finances, l'art de la parole, le talent de commander une armée ou de diriger une flotte, d'administrer la ville ou de gouverner une province ^ : Rome exigeait, Rome obtint longtemps tout cela de ceux qui convoitaient ses honneurs. Il n'était pas jusqu'à la vie privée, jusqu'à l'éducation domestique, qui ne fût, surtout qui n'eût été, dans toute la belle partie de l'existence du peuple romain, le prélude et l'apprentissage de la vie publique. On connaît les regrets éloquents de l'un des personnages du Dialogue sur les orateurs % rappelant avec émotion cette austère et sage discipline qui présidait dans le bon vieux temps à l'éducation des enfants, qui ne faisait voir à leurs yeux, entendre à leurs oreilles, ne donnait en pâture à leurs âmes innocentes et droites que du vrai, du bien et du beau.

Page 1