‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 96 sur 156 · Dans le Fezzan, près de Djerma · texte numérisé non relu

Dans le Fezzan, près de Djerma

l'empereur, croyant la lutte terminée, rappelait d'Afrique la 9^ légion, que n'osait retenir le proconsul nouveau, Dolabella, par peur de mécontenter l'empereur.

Cependant Tacfarinas faisait dire dans toutes les tribus que l'empire, entamé par les autres nations, elles aussi révoltées, se retirait peu à peu de l'Afrique; que ce qui y restait de troupes romaines serait facilement cerné et jeté à la mer,, si tous ceux qui préféraient l'indépendance à l'esclavage voulaient faire un dernier effort. Il grossit ainsi son armée, vient camper devant Tubuscum^ et investit la place. Dolabella accourt avec ce qu'il a de soldats; une fois de plus les Numides prouvent qu'ils ne peuvent supporter le choc de l'infanterie romaine ; ils se débandent. Dolabella se met à leur poursuite; il fait d'abord trancher la tête à quelques chefs suspects qui préparaient une défection , appelle à lui les troupes restées fidèles à Ptolémée, organise des colonnes mobiles, lance en razzia de tous côtés les chefs et les goums dévoués, cerne enfin et surprend auprès d'Auzia (Aumale), les Numides qui s'y sont repliés, et se croient en sûreté dans ces hauteurs boisées et inaccessibles. Ils dormaient, leurs chevaux à la corde ou errant dans les pâturages : ils se laissent égorger comme des troupeaux. Le Romain, exaspéré par le souvenir de ses peines, et rencontrant enfin cet ennemi tant de fois échappé, s'enivrait de vengeance et de sang. Le mot d'ordre était de s'emparer de Tacfarinas : le Numide, voyant ses troupes anéanties, son fils prisonnier, les Romains vainqueurs, se jeta au milieu des traits, aimant mieux mourir que de se rendre, vendant d'ailleurs chèrement sa vie. La guerre, cette fois, était achevée.

N'en déplaise à l'orgueil romain, la guerre avait duré sept ans; c'est seulement au bout de sept années que

1. Peut-être Tubusuptus ou Tupusuctus, Tiklat, dans la vallée de l'oued Sahel, d'où Tacfarinas se repliera sur Aumale.

Tacite pousse enfin le cri de délivrance : « is demum annus populum romanum longo adversum Numidam Tacfarinatem bello ahsolvit. »

On s'explique aisément, ce semble, que, pendant le temps où se prolongea une crise aussi redoutable, Tibère n'ait point cru devoir modifier l'organisation exceptionnelle qu'Auguste avait donnée à l'Afrique romaine, et qu'il ait maintenu au proconsul la plénitude d'autorité que lui avait abandonnée son prédécesseur. C'est le proconsul, qui, pendant toute cette période, est le chef de l'armée d'Afrique, c'est-à-dire non-seulement de la légion HJe Augusta, la légion africaine, et des troupes auxiliaires qui en faisaient comme les ailes ; mais encore de tous les renforts dont la guerre de Tacfarinas nécessite l'envoi extraordinaire, et, par exemple, de la légion 9^ hispanica. Chacune de ces légions est commandée par un officier général qui porte le titre de legatus Augusti, légat impérial ; mais elle n'en est pas moins, avec son chef, sous les ordres du proconsul.

L'inscription relative à Velleius Paterculus, dont j'ai déjà parlé, est une preuve très-intéressante de l'état de choses institué par Auguste, conservé par Tibère, et qui durera jusqu'à Caligula. « Cette inscription se lit sur une borne milliaire qui a été découverte en Algérie, près des ruines de la station antique d'ad villam Sele, dans le voisinage du village moderne d'El-Arrouch, sur le bord de la voie romaine qui conduisait de Rusicade (Philippeville) à Cirta (Constantine). Cette inscription doit se lire ainsi :

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