L. Renier, Notice sur l'inscr. de Vell. Paterculus, p
trer dans les mains du prince tous les ressorts de l'autorité militaire, il retira au représentant du sénat le commandement des troupes d'Afrique, et le confia à un légat impérial propréteur. Le proconsul gardait l'Afrique ancienne : l'Afrique nouvelle, c'est-à-dire la Numidie, et les troupes qui y étaient cantonnées, furent remises à la garde d'un légat nommé par l'empereur.
Il y a là, dans l'histoire de l'administration romaine en Afrique, une véritable étape, à laquelle il est important de s'arrêter. C'est là, sous couleur d'une irrégularité détruite, d'une anomalie supprimée, un changement considérable sur lequel il convient d'insister, parce qu'il jette sur la politique des empereurs une vive et instructive lumière.
Les empereurs redoutaient beaucoup, non pas l'autorité, ni le contrôle ou même le prestige du Sénat, qui n'était plus que l'ombre d'un grand corps poHtique et n'avait plus d'indépendance, mais la personnahté de certains sénateurs, et ce qu'on pourrait appeler les individualités considérables. C'était là une conséquence naturelle du peu de stabilité et de la perpétuelle inquiétude d'un gouvernement monarchique sur lequel pesait incessamment la menace de quelque coup d'État prétorien, de quelque compétition lointaine, se rapprochant de Rome et grossie à chaque pas par de nouvelles légions. Les empereurs, surtout les mauvais princes, appréhendaient à bon droit que l'on ne proclamât quelque part, dans un Corps d'armée, au fond d'une province, un de ces personnages bien en vue, un de ces grands citoyens populaires que leurs talents, leur vie privée, leurs services militaires désignaient au respect et à la reconnaissance publics, et qui faisaient souvent avec le prince un vivant et outrageux contraste. Aussi était-ce une règle adoptée depuis Auguste, et cette défiance impériale était devenue raison d'Etat, que les Sénateurs ne pussent jamais sortir
d'Italie, sans la permission de l'empereur. Leur grandeur, on le voit, les retenait au rivage : ils étaient comme gardés à vue * .
C'est en vertu de cette précaution systématique que l'Egypte, cette riche province et comme unique, qui aurait pu, entre des mains ambitieuses, devenir aisément une monarchie sécessionniste, ne pouvait être gouvernée que par un simple chevalier romain, prœfectus augustalis JEgypti ; titre pompeux, exceptionnel, situation considérable, qui plaçait ce fonctionnaire bien haut dans la hiérarchie équestre , puisqu'il venait immédiatement après le préfet du prétoire et avant le préfet de l'annone, mais qui enfin le laissait, le reléguait dans l'ordre des chevaliers (Tac, H., I, 11).
Qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que, le jour où les yeux d'un Galigula tomberaient sur le proconsul d'Afrique, où son attention serait appelée sur ce Sénateur appuyé d'une armée redoutable et disposant des céréales de ces fertiles régions, l'empereur s'émùt d'un si périlleux état de choses, et coupât court à une situation qui devait lui sembler si menaçante ?
Que l'on se figure en effet quel personnage ce pouvait être que ce proconsul de la province d'Afrique, avec ses légats, son questeur, ses riches appointements ^, et ce cortège de douze licteurs, dont il avait, avec son collègue le proconsul d'Asie, le brillant privilège. Des descriptions du troisième siècle nous le montrent trônant à Garthage,
1. C'est ce qui explique coinment le3 nouveaux empereurs, au moment où on les proclamait dans les provinces, avaient autour de leur personne un si petit nombre de sénateurs. Ils ne pouvaient avoir en effet, à ce titre, que les légats de légions, ou les rares sénateurs qui étaient bien dûment et officiellement autorisés à l'absence, en tant que revêtus de fonctions publiques. C'est ainsi que nous voyons dans Tacite, au moment de la guerre de Judée, Vespasien, récompensant tous les officiers qui se sont distingués sous ses yeux, faire sénateurs un grand nombre de chevaliers et accorder des distinctions nouvelles aux sénatevirs très-peu nombreux qu'il a eus sous ses ordres, au père de Trajan, par exemple.