Dion Cassius, LXXVIII
dans cette magnifique résidence, et comme un véritable roi. Dès les premiers temps de l'empire, c'était déjà un personnage grand parmi les plus grands. La province d'Afrique était la première des provinces sénatoriales, comme la Syrie était la première des provinces de l'empereur. Les proconsuls d'Asie et d'Afrique avaient, je l'ai dit, douze licteurs, alors que six licteurs seulement étaient attribués à leurs collègues. Enfin, dans la constitution d'Auguste, on ne pouvait aspirer à l'un ou à l'autre de ces deux proconsulats exceptionnels que cinq années au moins après l'exercice du consulat, que dix années après, dans la constitution de Tibère *. On voit donc que tout rehaussait la dignité et l'autorité du proconsul, les longs et grands services, l'âge, l'appareil extérieur, comme aussi
1. Voir, dans la Revue archéol. de sept. 1873, une note intéressante de M. Desjardins sur le cursus honorum d'un légat de Pannonie Infér. devenu ensuite gouverneur de la province sénatoriale consulaire d'Afrique.
Un certain Sabinus, après avoir parcouru la première partie de sa carrière et rempli la préture, reçoit la curatelle de la via latina nova; après quoi, en qualité de Jiandicus per ^miliam et Liguriam, il est chargé de rendre la justice dans une des grandes juridictions ou districts judiciaires qu'avait établis M. Aurèle. Il revient alors pour un temps aux emplois militaires, commande d'abord une légion, et ;4evient aide-de-camp de l'empereur Caracalla, en même temps qu'il est mis à la tête d'un détachement qui prend part à des opérations militaires en Germanie (213) : prsepositiis vexillaris Germanicse expeditionis, cornes Augusti.
Le gouvernement de la province. impériale de Rétie est sa dernière fonction prétorienne.
Consul ordinaire en l'année 214, puis pontife et augure, il est ensuite chargé de ces attributions encore mal connues, que désignent assez obscurément ces différentes formules -.judex ex délégations cognitiomim Cœsarianarum, ou judex ex delegatu principum, ou bien encore judex ex delegatio7iibus sacris, vice sacra judicans, ou enfin a cog?ntio7iibus utrobique; c'est-à dire qu'il est, soit, à Rome, l'assesseur de l'empereur, qui avait, comme on sait, la haute juridiction civile et criminelle, soit le délégué du prince dans les grandes questions litigieuses qui intéressaient les provinces, et qui se jugeaient sur place.
En même temps peut-être prœfectus alimentorum et chargé d'une mission considérable, electus ad corrigendum statum Italia:, il est enfin nommé gouverneur de la province consulaire impériale de Pannonie Inférieure, et ce n'est qu'après tant de charges et tant d'honneurs qu'il reçoit enfin le gouvernement de la province sénatoriale consulaire d'Afrique, c'est-à-dire le gouvernement qui, avec celui de l'Asie proconsulaire, était le plus élevé de tous dans la hiérarchie des fonctions provinciales.
le nombre et l'importance des hauts fonctionnaires qui servaient sous ses ordres *.
C'est ainsi que, dans son état-major, il comptait jusqu'à cinq légats : le légat commandant l'armée, legatus legionis, et un légat chargé de l'administration de chacun des quatre diocèses qui formaient la province d'Afrique, à savoir les diocèses de Garthage, d'Hippone, d'Hadrumète, d'Oea ou de Tripoli.
Cette subdivision en diocèses intéresse trop, ce semble, l'histoire administrative de la province d'Afrique, pour que je ne m'y arrête pas d'un mot.
Les inscriptions mentionnent chacun de ces diocèses, ainsi que plusieurs des légats qui étaient chargés de les administrer.
Dans une inscription de Séville, par exemple, nous
1. Je trouve, dans un assez récent compte-rendu d'une séance de l'Académie des Inscriptions, l'intéressante communication que voici : « Un assesseur du proconsul d'Afrique. — Une inscription grecque relevée dans le cimetière Israélite de la ville de Kef (l'ancienne Sicca Veneria de l'Afrique proconsulaire), vient d'être adressée à l'Académie par M. Héron de Villefosse, actuellement en mission dans le nord de l'Afrique. M. Léon Renier rend compte de ce texte, et son érudition parvient à en tirer des renseignements historiques intéressants. L'inscription est ainsi conçue au début :