‹ Esquisse d'une histoire de la logique précédée d'une analyse édendue de l'Organnum d'AristoteChapitre 11 sur 21 · ISA · texte numérisé non relu

ISA

vyiebxù ( , xed èvexTixô);, xai ovx tovtov ràv Tpimv ïéyt— rat 1 . Par le rapport qui existe entre les termes primitifs et les termes dérivés nous pourrons découvrir un rapport semblable entre les idées ou les choses qu’ils expriment, et nous pourrons en tirer parti dans l’argumentation 2 .

Si nous ne savons pas apprécier une chose pour elle-même , si nous ne la connaissons pas assez dans sa propre nature pour en tirer des arguments spéciaux et solides , nous pourrons remonter aux causes qui l’ont produite (rà mcnrtxà ) , ou à celles qui peuvent la détruire (rà «pSapttxà). On peut aussi s’en rendre compte par les effets de sa naissance (yévwig) et de sa destruction (yOopà). Par exemple , d’un bien il ne peut jamais résulter de mal , et d’un mal dérive rarement un bien. Un objet que la moindre cause peut détruire n’est pas très-puissant de sa nature , et celui qui est long-temps à se former et à naître est destiné à vivre long-temps. Les applications de ce lieu commun sont innombrables 3 .

' Liv. 2, ch. 9.

3 Lit. 5, ch. 6. Liv, 4, ch. 4 et pass.

s Et: ijri râv ytvuriuy xal <p8opûv , xat nawrixwv xat p8«f.TUCÜ».

x. t. (tir. 2, ch. 9. — Liv. 5, ch. 6.

Les arguments fondés sur ia comparaison ( rè fuDlov , rô jjrrovj xai zo éfioîtoç) ne sont pas autre chose que les raisonnements à fortiori et à pari , comme on les appelait autrefois dans l’école , et comme on les nomme encore aujourd’hui. L’auteur s’explique sur ce sujet avec tant de clarté qu’il est impossible d’en douter un seul instant. Si nous admettons , dit-il , que le plaisir est un bien, une chose sera d’autant meilleure, elle méritera d’autant plus d’être comptée parmi les biens, qu’elle sera plus propre à satisfaire nos passions. Voilà l’emploi de l’idée de plus. Si j’attribue à deux objets une même qualité, et si en même temps celui qui doit la posséder au plus haut degré en est pourtant privé , le second la possédera encore bien moins. Voilà l’emploi simultané du plus et du moins. L’emploi du semblable , ou l’induction dialectique , comme on l’appelle ailleurs , se comprendra sans autre explication *.

Enfin, il arrive souvent que l’objet de la discussion nous échappe, parce qu’il est trop grand ou trop petit ; parce qu’il ne s’étend que sur un

1 Lir. 2, ch. 10. — Liv. 5, ch. 6.

point imperceptible , ou qu’il dépasse les limites de notre horizon 5 en un mot , parce qu’il n’existe pas en proportion de nos moyens de connaître. Il faut alors l’augmenter ou le diminuer par fa pensée 5 il faut ajouter ou retrancher , jusqu’à ce qu’il soit au point où nous le désirons. Mais tout n’admet pas un tel changement , voilà pourquoi ce dernier moyen n’est pas d’un usage aussi fréquent et aussi étendu que les précédents : cependant , comme il n’est applicable à aucune matière déterminée , il mérite encore d’être compté parmi les arguments généraux dont la liste vient d’être épuisée 1 .

2 ° Les arguments ou les lieux particuliers se divisent de la même manière que les matières de discussion auxquelles ils doivent servir. Ainsi, les uns seront exclusivement consacrés à l’accident , les autres au genre 5 il se formera une troisième classe de ceux qui ne sont applicables qu’aux qualités particulières , et une quatrième renfermera tous les moyens de construire et de renverser une définition. Nous allons parcourir

1 Xpîfai/jof ôï ôvx h airaat ô TOTTfis, ÈV oï>' rriy toô y.4 cXXoy lîrrt-

po^jjv ovpSodm yivwflxi (liv. i, cli. 11).

rapidement , sans en faire un inventaire rigoureux , ces divers arsenaux de la Dialectique où se trouvent entassées des armes souvent bien minces et bien faibles.

D'abord , il faut savoir distinguer les accidents des autres faits qui les accompagnent 5 il faut les discerner avec soin des qualités générales, essentielles ou individuelles } et pour cela il faut considérer leur extension et les êtres dans lesquels ils se manifestent ; il faut examiner s'ils n’entrent pas dans leur nature ou s’ils ne sont pas en contradiction avec elle. C’est aussi une nécessité d’avoir égard au temps et à la durée } car des accidents n’arrivent qu’une fois, et toujours d’une manière imprévue ( hr.o-zzp ëtvyjv ) : les faits qui reparaissent fréquemment et dans un ordre déterminé sont ceux qu’on appelle contingents ( ri; ixlmhj ) : enfin , ce qui dure éternellement , c’est le nécessaire ( è; oo>âyv.r,ç ). Tek sont les lieux particulièrement applicables au sujet , que nous avons pu distinguer des arguments généraux auxquels ik sont mêlés *.

1 Liv. 2, ch. 1. — Cette place ne paraîtra pas trop

ANALYSE

Le principe général, le premier argument dont il faut faire usage pour reconnaître un genre , c’est qu’il doit être un attribut de toutes les espèces qui lui sont i m médiatement subordonnées 5 il faut qu’il entre comme élément essentiel dans leur définition ; mais il n’est pas nécessaire qu’il admette lui-même tous les attributs de l’espèce. C’est le principe qu’on exprimait autrefois dans l’école sous la forme suivante : le genre a plus d’extension et V espèce a plus de compréhension. Le genre n’est pas compris non plus , il ne peut pas être distingué des classes inférieures , sans la différence , pas plus que la- différence sans l’espèce. C’est par leurs espèces que les genres se distinguent entre eux. Ainsi , deux espèces qui n’ont absolument rien de commun appartiennent évidemment à deux genres différents 5 et si , au contraire , deux espèces se rencontrent en un point , si elles se ressemblent par une de leurs qualités essentielles, on peut en

grande, si l’on songe qu’elle esl occupée en grande partie par les arguments généraux qui s’y trouvent bien plus développés qn’ailleurs.

conclure qu’elles appartiennent au même genre. Dans tout genre , il y a des extrêmes et des moyens ç par conséquent , les moyens et les extrêmes ne peuvent pas être pris dans plusieurs genres differents*.

Il y a deux sortes de qualités qu’on nomme particulières : les unes essentielles et permanentes , les autres relatives et passagères. Celles-ci ne sont au fond pas autre chose que les accidents , dont les différents caractères nous sont déjà connus. Il n’y a donc que celles-là qui méritent de faire l’objet des règles suivantes. D’abord , il est nécessaire que ces qualités soient mieux connues que le sujet auquel on les attribue \ car c’est par elles seulement que ce dernier peut être déterminé. Par conséquent, elles ne doivent pas être exprimées par des propositions ou des termes embarrassés et obscurs : une seule et même chose ne saurait avoir plus d’une qualité particulière. Il ne faut pas qu’elles soient purement sensibles , car alors elles ne seraient plus

* Liv. 4. Il commence ainsi : Mtrà oè tout* mpl twv npits ro yévos , et finit par ces mots : IIspl /xàv ôuv ro3 yfvovs , xxOfaip ilpr , tm /AiOoôsuriov.

ANALYSE

ni essentielles ni permanentes. Elles entrent dans la définition , mais elles ne peuvent pas la constituer tout entière. Il ne faut pas les confondre avec les qualités exceptionnelles qui rentrent dans les accidents , ni avec les qualités naturelles qui toutes ne remplissent pas les deux conditions énoncées plus haut. Elles forment, en un mot, le caractère distinctif ou le trait c aractéristiqu e de chaque être 1 .

Tout ce qu’on a dit jusqu’à présent peut également servir à la définition, qui est impossible quand on n’a pas appris à distinguer entre elles les qualités qu’elle admet et celles qui en sont exclues. Cependant , il reste encore beaucoup à dire sur cette matière que l’auteur est loin d’avoir épuisée dans les Analytiques , et à laquelle il donne ici la plus grande place et le rang le plus élevé. Nous ne le suivrons que dans les considérations d’une certaine importance.

Il établit d’abord une distinction entre les règles générales de toute définition et celles qui nous apprennent à bien définir. C’est par celles-ci qu’il faut commencer , parce qu’étant les plus difficiles

' Liv. 5.

à mettre en pratique, elles ouvrent un plus vaste champ à l’argumentation 1 . Or, pour bien définir, il faut remplir deux conditions : il faut être clair et il faut être précis . Tous les défauts qu’on peut reprocher à son adversaire se ramènent à la violation de ces deux règles fondamentales 2 . On pèche contre la clarté , lorsqu’on emploie des termes équivoques (èt é/Mw^ov êan rô èvpyj[j^vov)j quand le sujet est complexe (v'iswayû*; hyi^vov) et qu’on ne l’a pas divisé avant de le définir} enfin , quand on se sera servi d’expressions métaphoriques, ou d’un langage à part, qui n’est pas consacré par l’usage. On manque de précision lorsqu’on emploie , ou des termes trop généraux , qui ne désignent pas exclusivement le sujet de la définition , ou des termes inutiles , qui n’en expriment pas l’essence, ou des termes limités dans leur extension , qui ne la comprennent pas tout entière } enfin, lorsqu’au lieu d’être une proposition réciproque, ce que nous donnons

1 AotTT&v Si ii copierai , ü il ft/j xxXcos copierai irüç ptETiriov

iiruv rrpô>TOv fxiv ovv ènexiTrrtov il /x*i xa).wç copierai $ btir

Xtipwipôiov ii 7T£pl T03 t 0 7} 7T£pl e'x « vo yfvETat (1ÎF. 6, ch. 1).

2 H/jti Si toü [ài\ xaXwî fÂtp7i Suo, cv uiv ro àea<p«î rr\ ipfJLrpmâ tz/pwQau .. . . Sîurspov Si El iTri^Xsiov Mprixt ràv Xiy ov to 5 Siovrof (ib).

ANALYSE

pour une définition n’est qu’une tautologie stérile qui remplace un mot par plusieurs autres , sans éclaircir l’idée (« t«ù ro jïXsovan'.tç iipr^eiv)

La définition en général étant par sa nature l’expression des choses considérées dans leur essence ( ro rt f,v Lvai ) , et son but étant d’expliquer ce qu’on ignore ,* il faut avant tout que les termes dont elle se compose expriment des idées plus connues et plus primitives ( npirspa * al yvMpiptùTEpa) que celle qu’on veut définir. Mais on peut donner cet avantage à une idée sur une autre , pour deux raisons diamétralement opposées : ou parce quelle la précède dans l’ordre absolu de la logique , comme le point précède la ligne et celle-ci la surface ( yvutpipMzepov ôtcXmc , x«5 ' ûèurô ) ; ou parce qu’elle lui est antérieure dans l’ordre contingent qui préside au développement de nos facultés intellectuelles (ywpipompo» Ÿfuiv ) $ c’est ainsi que la notion de corps ou de solide nous est donnée par nos sens avant toutes les abstractions géométriques. Cette dernière manière de procéder manque tout-à-fait d’exac-

1 Liv. 6, ch. 3 et 3. Le ch. 2 traite de la clarté , le ch. 3 de la précision.

titude et de précision ( zvyoûcoc otavoLz ) ; la première est beaucoup plus scientifique ( èntamyja' vücwte/jov ) et doit seule nous servir de base dans l’art de définir 1 . Par conséquent, toute bonne définition doit reposer sur des idées générales qui représentent en même temps la nature particulière de la chose qu’on désire connaître 5 on veut parler en un mot du genre prochain et de la différence prochaine 2 . Malgré la prédilection que lui inspirent les définitions de celte espèce , l’auteur avoue cependant qu’elles ne sont pas toujours possibles et qu’il faut quelquefois désigner un objet ou par la cause qui lui a donné naissance , ou par l'usage auquel il est destiné , ou par tel autre moyen plus propre à le rappeler à l’esprit que l’application des règles générales que nous venons d’exposer 3 .

1 Liv. 6 , ch. 5. — Mtj 8ià 7rporfpci>v xal yvapifteoripcoy optÇéftsvos , 60 % copia rat. — To fJ-iv oSv Stà yviopiptcoripwv t(p7ja0oci rbv 2pov Stx'di Iotiv èxXàêav. x. r. X.

2 Ch. 5 et 6, liv. 6.

8 Viennent ensuite des détails innombrables qui ne méritent pas d’être connus, et des arguments généraux que nous connaissons déjà. Tel est le sujet des chapitres suivants, jusqu’à la fin du liv. 6 et du liv» 7 tout entier.

ANALYSE

§ 3. La partie des Topiques que nous venons de parcourir et dont l’étendue n’est pas moindre que l’importance , a pour objet ce que les rhéteurs sont convenus d’appeler F invention ; elle renferme une classification détaillée de tous les arguments possibles , comme l’indiquent positivement ces mots qui la terminent; « phi o -jv ■ cime , Se wv èvmpf,<iopsv Ttpôs Ixarra rwv jcpoQjipexceav hteyelpeev , uyêSov cxovûç èir/piBprivzoee. La partie dans laquelle nous entrons , peut-être la plus remarquable par des aperçus d’une rare finesse, nous dit comment il faut nous servir de ces armes toutes préparées, suivant les circonstances et les personnes. En un mot , elle traite de la disposition dialectique , comme le prouve également cette phrase par laquelle elle commence ; pevà Si Taira r.tpi Ttx&toç , xai mx; Seè ipwcâcu /sxre'ov.

Mais lorsqu’il est question de dialectique , il faut toujours se représenter deux adversaires qui sont aux prises , deux personnes qui discutent dans un but d’amour-propre , et qui cherchent , par des questions captieuses, à s’embarrasser mutuellement. Le prix qu’elles espèrent est de briller aux yeux des sots , toujours portés à donner raison à celui qui a parlé le dernier. Il

Faut donc que ce traité, sous peine d’être incomplet et de manquer à sa destination, nous apprenne en même temps et l’art A' interroger ou de poser les questions , et l’art de répondre ou d’éluder les difficultés , et enfin , comment on soutient une thèse en général, comment il faut diriger la discussion dans son ensemble. Tel est aussi le plan qu’a suivi l’auteur et que nous espérons mettre en évidence , sans enlever une seule règle , une seule idée , à la place qui lui est consacrée dans le texte.

1 ° I nterr oger Çèponâai) en termes de dialectique , c’est argumenter à la manière de Socrate , c’est présenter , sous formes de questions , toutes les difficultés qui peuvent embarrasser un adversaire, tous les moyens , de quelque nature qu'ils soient, dont on peut (sure usage dans la discussion. Or, ces moyens, considérés du point de vue le plus élevé , sont de deux espèces : les propositions nécessaires qui servent à la construction du syllogisme ( àvoc/*odaç, nporchut St mv q avllo- ■/iifjjôç ylvexai ) ; et les propositions accessoires ou contingentes ( j : «pi ràj «wayxaùzs ). Il faut toujours commencer par celles-ci et réserver les

ANALYSE

autres pour la fin , en les ménageant autant que possible *.

On distingue les propositions accessoires par l’usage qu’on en fait , et , considérées sous ce point de vue , elles sont elles-mêmes partagées en quatre classes: les unes servent de base à l’induction ( èratywjojs yolpiv ) > ^ es autres ne sont que des moyens d’amplification ( it; ôymv rov liyou ) ; il en est qui servent à cacher d’abord le but qu’on veut atteindre (itç xpv^ot roû mpiterpccapjxzoç ) $ enfin les dernières sont au contraire destinées à le mettre au jour et à répandre la clarté sur toute la discussion ( rpàç rô asKpé'rrepov mai rov )i/ov )

Ce qu'on entend ici par induction , ce n’est pas l’opération de l'esprit considérée en ellemême et comme moyen de trouver la vérité pour son propre compte 5 c’est une forme d’argumentation par laquelle on arrache â son adversaire une suite de concessions qui renversent son

* Tàg jxiv àuv àvayxaiàs 5c a>v 6 auXXeyi 9}ihi , àux ijOùf Trpordc- Tiov , AXX àr(WTâT€ov Sri àvu>TÀrci) ^liv. 8).

1 Lif. 8.

DE li’ORGANÜM D’ARISTOTE.

système et le forcent d’accepter le nôtre. Cest la partie la plus essentielle de la méthod e Socratique , dont la puissance est assez connue pour n’avoir pas besoin d’autre recommandation *.

En tenant les esprits en suspens sur l’opinion qu’on veut soutenir , on diminuera beaucoup la résistance j on ne s’exposera pas à voir attaquer avec opiniâtreté les moindres moyens qui pourraient la défendre. Or, pour atteindre à ce but , il faut procéder d’abord avec lenteur, avec calme , en s’emparant de toutes les issues qui peuvent rester ouvertes à notre adversaire $ il faut au contraire se précipiter vers la fin et annoncer sa conclusion , quand il n’est plus temps de la repousser. On se gardera d’insister avec trop de chaleur sur les points importants , si l’on ne veut pas que , par esprit de contradiction , ils nous soient contestés plus vivement 2 . Quand on n’a que de faibles raisons à faire valoir, il

' Ib.

3 ot h-nlv , on //dharx ttouiv , ov; ào^Vou yàp ovrog

tou rrf.bg rijv Oiaiv , pukW ov ro ooxowv àuTOtg nHoMKV» (ib.

supr.)

faut se charger d'ornements; il faut multiplier les distinctions et les divisions ; il faut les noyer, pour ainsi dire , dans une foule de réflexions inutiles , mais toujours vraies ou intéressantes ; en un mot, on essaiera de les faire passer à la faveur du désordre : tel est le but de l’amplification dialectique

Mais les moyens précédents ne réussissent pas toujours ; excellents toutes les fois que nous n'aurons pour adversaires que des gens du monde (npài tovç m'/lwi) , ils sont impuissants contre les hommes instruits qui connaissent aussi bien que nous les secrets et les ruses de la Dialectique (itpôç roù« ôuxlexztxovç). Dansce cas, il faut marcher directement à son but par le moyen du syllogisme; il faut énoncer franchement la proposition qu'on veut démontrer, et se servir tout d’abord de ses plus solides arguments. Tek sont à peu près , avec les comparaisons et les exemples , les moyens qui concourent à répandre la clarté. En général , avec les forts comme avec les faibles , la question dialectique doit être posée sous une

1 Eti rà /«twivnv *«l Trapt^iêiUuv t« f/riSfa jçpiîmpia irpô* ri» liy o» ; ireXiw» ynp tvrwv , aônlov iv ôiroftpri <|>t»5ij (tb).

DE L’ORGAWUM D’ARISTOTE.

forme tellement pressante qu’on ne puisse y répondre que par oui et par non *. ,

2° La manière dont TTfaut répondre (ànix-pt ««) n’est pas la même pour tous , mais elle varie selon le but qu’on veut atteindre. Ceux qui cherchent uniquement à s'instruire doivent oublier tout amour-propre et convenir sans hésiter de tout ce qui leur semble vrai. Ceux qui n’ont d’autre intérêt que la vanité, qui ne cherchent qu’à contredire toutes les opinions qu’on soutient en leur présence, de quelque nature qu’elles soient d'ailleurs, ceux-là doivent être sobres dans leurs réponses , dans la crainte que leurs adversaires ne tirent parti de leurs propres paroles. Enfin, ceux qui veulent uniquement s’exercer dans l’art du raisonnement et de la parole } ceux qui cherchent la discussion et non la dispute (uè âyüv oç xa'piv , aXÀà r.dpoa xai <mt|;ea>?) ont à observer plusieurs règles différentes, oui dérivent de la nature même de la question. Mais aucune de ces règles , qui

1 Èm Trporaotÿ ôiaXsxTUUi Trpèç cxrtv t&noxpfai'jOM val »? ou (liv. 8, ch. 2). Cet article embrasse les trois premiers chapitres du huitième livre , et liait par ccs mots : lias /üv ou»

if'urny.arlÇuy xat t&ttuv Ssî , oyjüov ixavà rà iipr.pfax.

ANALYSE

remplissent plusieurs chapitres , ne mérite d'ètre citée *.

3° Avant de soutenir une thèse (ùrdyzn Qéaiv ) , il faut d’abord examiner si elle peut être raisonnablement défendue ; en un mot , si elle est soutenable. Or , elle ne l’est pas , toutes les fois qu’elle aboutit à des conséquences absurdes , ou quand elle favorise les passions et les mauvaises mœurs } enfin , lorsqu’elle est en opposition avec le sens commun, c’est-à-dire , avec des croyances généralement adoptées 2 .

Après avoir choisi son sujet , il faut encore le méditer en silence pour le posséder sous tous les points de vue et pour prévenir autant qûe possible toutes les objections. Parmi ces dernières, les unes n’ont pas d’autre but que de prolonger la discussion et de ne pas nous laisser le temps de

* A cet article sont consacrés les chapitres 4 , 5 , 6 et 7 , dont le premier commence par ces mots : llept ôs àmxplmus irpû TOV flh ÔlOpiTTÎOV, etc.

3 Cet article commence au chapitre 8 par ces mots : Tré^uv îi *al 0éotv ôp tspav iuriv ivrt? Stt npar/yuafaocsn ; il s’étend

jusqu’au chapitre 12, mais il n'y a que les chapitres 8 et 9 qni en aient fourni les matériaux , les deux autres étant à peu prés stériles.

DE L’ORGAMDM D’ARISTOTE.

conclure , ou bien elles portent exclusivement sur la forme, tandis que les autres attaquent le fond même de nos idées et le raisonnement sur lequel nous voulons qu’elles soient fondées.

Ce sont incontestablement les plus sérieuses et même les seules que l’auteur nous enseigne à prévenir. Dans ce dessein , il reproduit longuement ce qu’il a dit dans les Analytiques , et qu’il doit répéter encore dans les Arguments Sophistiques , sur les diverses espèces de raisonnements et les vices dont ils peuvent être entachés. On nous pardonnera sans doute de ne pas l’imiter dans cette circonstance. Nous remarquerons seulement , pour ne rien oublier , qu’outre les trois sortes d’arguments et de syllogismes mentionnés ailleurs, c’est-à-dire, le philosophique , le dialectique et le sophistique , il en reconnaît ici un quatrième , l’ aporèm e (ànlpYipx) , qui établit une égalité parfaite entre le pour et le contre, et qu’on définit pour cette raison : le syllogisme de la contradiction (p\)Xhr/vjpài SiaXsxrtxôç àvTKfoheuy;')- Ce n’est pas autre chose que le dil emm e , qui en effet n’est mentionné nulle part, sous ce nom, dans toute l’étendue de l 'Organum. Aristote fait preuve

ANALYSE

d'une profonde sagacité, en le comptant, malgré son apparence de rigueur , parmi les arguments dialectiques qui ne peuvent rien pour la découverte, ni même pour la démonstration de la vérité.

En général , la Dialectique nous donne l’habitude d'envisager une question sous toutes les faces et d’examiner en toute chose le pour et le contre. Si elle nous offre l’avantage de nous former à la discussion , de nous rendre habiles à manier la parole, elle est aussi d'une grande utilité pour la science et la philosophie elle-même , car l'impartialité est une des premières conditions de la vérité. Mais il ne faut pas discuter à tout propos et contre tout le monde ( [npôç roùj n^ovra?) $ il est rare que la discussion ne produise pas d’aigreur , alors même qu’elle a commencé dans les dispositions les plus calmes et les intentions les plus pures *. Ce conseil d’une rare sagesse mériterait d’être suivi encore aujourd’hui , et couronne

1 Ou Su ouvwràv» rrpô* roui Tu^ivras , foiyxr, yàp m>-

yjif oloyiav su/iSaiyuy. K. ai yàp ât yuptvaÇSptcvot àôuv*™ümv Ajr^taSat Teù SiaXtywflai ;u> I Ayuiytorawi (liv. 8, ch. 12).

dignement cette oeuvre bizarre qui a coûté tant de finesse et de patience. Mais ne nous bâtons pas de la juger ; elle renferme plus qu’une autre des germes de liberté dont nous verrons les développements dans la seconde partie de cet ouvrage.

ANALYSE

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