‹ Esquisse d'une histoire de la logique précédée d'une analyse édendue de l'Organnum d'AristoteChapitre 4 sur 21 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

philosophie , de toute science en général , et qui a eu l’autorité d’un livre saint sur les plus grands génies du moyen âge.

Flous devons l’idée première de ce faible essai à l’Académie des sciences morales et politiques , qui proposa , il y a deux ans , le sujet de prix suivant :

1° Discuter r authenticité de fOrganum et des diverses parties dont il se compose ;

2° Faire connaître TOrganum par une ana~ lyse étendue ; déterminer le plan , le caractère et le but de cet ouvrage ;

3° En faire r histoire , exposer l’influence de la logique cl Aristote sur tous les grands systèmes de logique de l’ antiquité , du moyen âge et des temps modernes ;

4° Apprécier la valeur intrinsèque de cette logique et signaler les emprunts utiles que pourrait lui faire la philosophie de notre siècle.

PRÉFACE

XY

Quoique notre opinion particulière sur les rapports de la philosophie et de son histoire ne nous permit pas de nous conformer entièrement à ce programme , nous avons eu cependant le désir d’entrer dans la lice $ mais , par suite d’un accident qui ne peut intéresser le lecteur , notre mémoire arriva trop tard pour être admis au concours. Il serait resté long-temps encore sans voir la lumière, si un homme qui a rendu à la phi. losophie les plus éclatants services, l’un des membres les plus illustres delà savante Académie dont nous avons ambitionné le suffrage , ne nous avait fait espérer qu’il pourra être de quelque profit pour l’enseignement et pour la science. Puisse le public partager son avis et imiter son indulgence !

ANALYSE

DE

l’organum d’aristote.

IDÉE GÉNÉRALE DE CET OlIVRACE.

L’ouvrage dont noas allons nous occuper .

est sans contredit le plus ancien traité de Logique qui soit parvenu jusqu’à nous , et tout nous porte à croire qu’il est le premier monument de cette science. Quand il parut , on connaissait depuis

ANALYSE

long-temps l’art frivole des sophistes et des rhéteurs 5 Zenon et Platon avaient porté bien loin le talent de la Dialectique 5 mais on n’avait pas songé encore à exposer et à rassembler dans un système scientifique les formes de la pensée et de la démonstration, qui sont les conditions mêmes de la science. Cette tâche était réservée au génie d’Aristote.

Ce n’est pas Aristote qui a imaginé le titre à'Organum 1 \ mais aucun autre que lui n’a mis la main à l’œuvre dont, au reste, ce titre désigne assez bien le but et le caractère. En même temps que nous exposerons les doctrines qu’elle renferme , nous démontrerons ce fait qu’on a vainement cherché à révoquer en doute } mais il ne peut pas faire l’objet d'une partie distincte , sans nuire aux intérêts de la clarté , de l’unité et de la concision.

On comprend sous le nom collectif à'Organum plusieurs traités parfaitement distincts dont voici les titres authentiques, ou du moins généralement

v -~ 1 Diogène de Laërte est l'anteur le pins ancien qui fasse

usage de ce mot-là dans le sens que nous y attachons au*

I joiy d’hui : tô Xoyuiôv it/jciXopapôt àXX’wîôpyaiwvrpoa^ipt&ipiiyoy.

(Vit. Arist.)

adoptés et reconnus pour tels : le traité des

Catégories (juarr/opioa ou Kepl xarrryoplw) , dont le but est de faire connaître les principes généraux de l’intelligence , ou les formes de la pensée ; 2° le traité de 1 Interprétation (~spl épimieiaç) où sont exposées les règles générales et les formes du languge^ considérées seulement sous le point de vue logique, comme expression des opérations de l’intelligence et non pas des opérations de l’âme en général ; 3° les Analytiques (cbdkv rtxà r.pi-tpx xal v'j-epx) , où l’on trouve toutes les règles et les formes du syllogisme; 4° les Topiques , ou lieux communs (romxà), qui nous représentent dans leur totalité ce que l’on entendait autrefois et ce que l’on comprend encore aujourd’hui sous le nom de Dialectique (f) rsjrw? toü dialeyiTBzf l’art d’interroger et de répondre ; 5° les A rgu,mens sophistiques (r.spl owpumxûv où l’on indique

à la fois et les principaux sophismes, et les moyens de les résoudre. C’est à tort qu’on a voulu y joindre la rhétorique et la poétique ; la raison et l’usage s’y opposent.

Ce n’est pas sans raison , comme il est facile de s’en convaincre dès à présent et comme nous le démontrerons encore mieux par la suite , que

ANALYSE

ces divers ouvrages ont été réunis en un seul j ils forment , dans leur ensemble , un système complet dont toutes les parties s’enchaînent et s’appellent mutuellementdans l’ordre même selon lequel elles sont généralement disposées. Après les lois générales ou les formes de la pensée , on est naturellement amené à parler des lois et des formes générales de l’ expression. Or , tout ce que l’homme peut exprimer et concevoir est nécessairement vrai , ou probable , ou faux } de là résultent les trois parties suivantes : d’abord , les formes de la vérité ou les règles et les lois de la démonstration QnmTŸipn dT.'.$eix.uY.Yii tel est le nom que donne Aristote aux analytiques) 5 ensuite les formes de la probabilité et de l’erreur , ou les règles de la dialectique et de la sophistique , qui, réunies , forment l’art de la discussion ^■Ksipdinwç xal àr/wmiYÀs Xiyo*). Les deux premières parties sont purement auxiliaires : elles ne représentent par leur caractère théorique et spéculatif qu’une sorte d’introduction ou les prolégomènes indispensables d’une science dont le but est évidemment pratique. La science elle-même, que dans la suite on a appelée la Logique , et qu’ Aristote désigne toujours sous le nom de Méthode , est

DE L’ORGANUM D’ARISTOTE. Il

exclusivement renfermée dans les trois dernières parties.

Delà il ne faudrait pas conclure que VOrganumat été conçu d’un seul jet 5 que toutes les parties dont il est formé ont été composées successivement dans l’ordre même où nous venons de les énumérer et de les classer. Il ne serait pas difficile de démontrer le contraire : ainsi , dans le traité de l’interprétation 1 on cite les Analytiques, et dans les Analytiques 2 on parle des Topiques qu’on désigne encore quelquefois sous le nom de Dialectique. Mais après avoir été composés isolément * comme autant d’ouvragés indépendants les uns des autres , ne peuvent-ils pas avoir été réunis dans un même corps de doctrine ? Est-il possible de croire qu’en les comparant entre eux, Aristote, le génie et le créateur de la Méthode , ne les ait pas au moins disposés d’après un plan général ? D’ailleurs, qu’on ne l’oublie pas, ce plan est tout entier dans la table des matières, et je dis en outre qu’on le retrouve fréquemment énoncé dans le texte. En effet , après avoir déjà plusieurs

1 Ch. 10, édit. Bukle.

a Premières anal. , tir. 1 , ch. 1 et 50,

ANALYSE

fois insisté sur la nécessité de fonder toute démonstration sur certains principes ou attributs généraux qui ne sont pas autre chose que les Catégories , Aristote reconnaît trois espèces , ou du moins trois formes de démonstration, trois sortes de syllogisme : 1 ° le syllogisme logique {csvXktr/icuiti diroSsixtizoî) j 2 ° le syllogisme dialectique (pvX/jjyi'iwx, Sia/.EXTixoç) 5 3 ° le syllogisme sophistique (vvAloyiauLç èpiariv-ôç OU ffotpurrnwç ëkéyxpi) * • Ailleurs , il va plus loin } il dit expressément qu'au syllogisme démonstratif sont consacrées les analytiques 5 que dans les Topiques, il enseigne l’art de conjecturer et les règles de la discussion } enfin, que dans un autre traité, il s’occupe spécialement du syllogisme sophistique et des moyens de le résoudre 2 . Ce système de Logique est également indiqué dans la Métaphysique, où l’on distingue trois manières de connaître et d’étudier ces choses : l’une, philosophique , par

* Topiques, ch. 1 , liv. i. Ib. tir. 8, ch. 9.

3 rupi utv ojv twv àTroSuxrtxûv Iv toîs AvaXtmxotç itphm. Tltpi Si twv SiaXomxwv xal impauTtxwv iv rots Trpèrepov (Les topiques qui précèdent immédiatement les argumens sophistiques). II«pl 8t twv àywvijrixwv *ai Ipimxwv vùv l.cywpiiv (oofiorix. tityxch. 2).

laquelle nous découvrons la vérité 5 l’autre , dialectique , qui ne donne que des probabilités , et la troisième , sophistique , qui n’est qu’une forme, une apparence sans réalité 1 .

Après avoir indiqué sommairement le but et le plan de XOrganum, nous allons essayer maintenant de donner une idée plus étendue de chacune de ses parties.

4 Eürt 5è r, StsXsxTud) rraparrtxr] n-ept wv $ fÙOOBflx yvG»pt<mxjj \ y Zi ootpirnxri oatvo/xcvjij ovtfa Pàô (Met. lir. 3 , cil. 2 , cd. Brandis). Ilïpi ôtfàv ôt otxXsxnxoc nupùivrxi oxottsiv U nüv èvùo-Cjv jxivov (Ib. liv. 2, cil. 1).

ANALYSE

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