OU DV
Syllogisme.
Si le principe de contradiction ou d’identité est le principe suprême , le critérium unique de toute vérité , ainsi qu’on le démontre très-
1 Voyez, un peu plus loin, ce qui est relatif à l'authenticité.
longuement dans le troisième livre de la Métaphysique , il est évident que le syllogisme doit être la forme générale de toute démonstration , car il n’est que l’expression de l’identité ; non pas sans doute de l’identité ontologique qui est le caractère fondamental de l’idée de substance ou d’être , mais de l’identité logique , comme celle qui existe entre plusieurs propositions particulières, vraies ou fausses, qui sont comprises dans une seule et même proposition générale.
En effet , lorsque , par exemple , j’affirme séparément que tel homme et tel autre sont mortels , je répète ce qui est déjà exprimé par cette proposition générale : tous les hommes sont mortels. En un mot , le syllogisme , quand il est bien fait , nous montre qu’en affirmant ou en niant ce qui est maintenant en question , nous ne faisons que répéter , au moins en partie , une vérité déjà reconnue. Il ne faut donc pas s’étonner si Aristote , peut-être le plus conséquent de tous les philosophes, s’est tant appesanti, nous a laissé tant de règles et de détails sur la construction du syllogisme et sur l’art de s’en servir. Ces règles et ces formes multipliées ont été si long-temps à peu près le seul objet de
ANALYSE
l’enseignement philosophique $ on a si longtemps gémi sous leur torture ] elles sont encore si universellement connues , qu’il n’est pas nécessaire , je pense , de les reproduire dans cette analyse avec une minutieuse exactitude 5 nous nous contenterons de les rappeler sommairement et de faire connaître , si nous le pouvons , la méthode et l’esprit qui ont dirigé leur premier inventeur.
Malgré l’immense confusion que l’on croit y découvrir à la première lecture , il y a pourtant , dans le traité particulier dont nous allons donner la substance, un plan aussi régulier et aussi sage que dans l’ouvrage dont il fait partie , ou dans les analytiques considérées dans leur ensemble. Il se divise en trois sections, dont la distinction est beaucoup plus naturelle et d’une authenticité bien plus facile à démontrer que celle des deux livres si généralement reconnus. Dans la première , on s’occupe simplement de la construction du syllogisme ou de sa forme proprement dite ( yéueitt rwv ctuaaoyiafjMv ) 5 dans la seconde , on expose les moyens d’en trouver les matériaux : elle pourrait être intitulé tvpers iç 5 enfin , dans la troisième , on
DE L’ORGANUM D’ARISTOTE. fl9
apprend l’art de combiner le syllogisme et de ramener le raisonnement , de le réduire à sa forme naturelle et primitive , lorsqu’il en a été écarté par le langage vulgaire ou oratoire. En tète de cette troisième partie , on pourrait écrire le mot acvdlxyitç * .
§ 1 er . De la Construction du Syllogisme
(■/ÉVS71Ç TÛ)V CJuÀXoytJfAWV ).
Pour construire un syllogisme régulier , il faut trois termes, dont le dernier doit être entièrement renfermé dans celui du milieu 5 mais celui du milieu peut être ou n’être pas renfermé dans le premier. Dans un cas , le résultat du syllogisme est positif $ dans l’autre ,
' Il est vrai que ce plan n’est pas indiqué dès le oommencernent , mais il est clairement formulé dans les textes suivants : ôu jâ&vov lawç û£t Ottôp et v» tïjv yévtaiv rûv auMoyw/ziv , xai t/jv Svvapuy fyuv tüO tt<5 tetv (premières analyt. , liv. i } ch. 27). — Et ttjv y£V£<nv tûv <rj>.>oyw//wv Oecopot /aev x»t toD tuptaxuv eXot/jtcv Suvapuv : en os roDç yeyevïiptivo'jç àvxXûoiptey lis rx rpoapTj- /xeva rtyjiuxrx , re),Oÿ cev tyot $ èi; àpyr,ç TrpôOeatî (ib. , ch. 52). II a été reconnu par un des plus savants éditeurs des œuvres d’Aristote, par Bulile (tome 2, Argumenlum Analylicorum ).
ANALYSE
il est négatif. Le terme le plus important est donc celui du milieu , qu’on appelle , pour cette raison , le moyen ( tô ulnov , terminus médius ). 11 est à la fois sujet et attribut (c xaù duré èv aXkâ xxi oûlo èv ro-jrw èiu ). Le premier, qu’on appelle le grand terme ( tô yiiïov , terminus major ) , tient exclusivement lieu d’attribut ( d-jrh èv àXXû ov ) , et le dernier, qu'on appelle le petit terme (tô êXarrov, terminus minor ) , représente toujours un sujet ( èv Si «XXô ecri ). Le grand et le petit terme sont aussi nommés les extrêmes (t« axpa). Les diverses manières dont on peut disposer ces trois éléments généraux et indispensables de tout syllogisme donnent naissance aux figures ( r« çyr}[xxTa ) , qui sont au nombre de trois. La quatrième figure, qu’on a placée plus tard sur 1»» même ligne que les autres , n’est pas mentionnée dans le traité des Analytiques , ni dans aucun autre ouvrage d’Aristote *.
Dans la première figure , les termes sont disposés dans leur ordre naturel , c’est-à-dire que le terme moyen , à la fois sujet et attribut ,
• * Ch. 4. — Voy. Kant , de la fausse subtilité des 4 figures syllogistiques.
est placé entre les deux extrêmes (*i( r>5 6hu ylvtzai ptVov ) dont il opère la réunion , sans demander aucun effort d’intelligence. 11 n’y a dans cette figure que des syllogismes réguliers. Elle est la plus parfaite et suffit à elle seule pour résoudre tous les problèmes imaginables. Les règles auxquelles elle est subordonnée sont les règles et les conditions générales de tout syllogisme 1 .
Dans la seconde figure , le terme moyen joue deux fois le rôle d’attribut : une fois dans la majeure } une seconde fois dans la mineure ; et les deux extrêmes représentent les sujets de ces deux attributs. Tous les syllogismes qui appartiennent à cette figure sont irréguliers ( tDxidç
fùv ÔUK èaTM ao)lv/L7fÙ>i OV&XfMÇ SV TOUTCj» rr/Y)UXZL ) , et
conduisent à une conclusion négative , quelle que soit la quantité de leurs prémisses 2 .
Enfin, dans la troisième figure, le moyen est deux fois considéré comme sujet , et chacun des deux extrêmes comme un attribut. Pourvu que
1 Af.Xov Sè ort rivT£î w {y àtmo ri\t toi liai.... xxi orc Tràvrx rà Trpo$X?îjuaTa oeixyurat otà toûtoj toù ayjifj.x'roç (ch. 4 ),
2 Où yhzrxi xxrx^xTLxoj a'Aloyvjjïoç oeà roùroj a^/xaro» àX).à izâcmt arspy.Ttxol (ch. 5).
les attributs ne soient pas tous deux négatifs , la conclusion , et par conséquent le syllogisme, sera possible 5 mais il ne sera jamais régulier , non plus que dans la figure précédente ( rD.aag Ijlsv o'jv où ymzai «rjXXoyi'jfw; ovSs èv rourw eyriuart. Aùvaro; 3 serai )
Après avoir été étudiées séparément dans les moindres détails , ces trois figures sont examinées de nouveau d’une manière sommaire , et subordonnées à des conditions ou des règles générales, dont voici les plus importantes : \ ° Lorsque les deux extrêmes sont des termes particuliers, quelle que soit d’ailleurs leur qualité, le syllogisme est impossible. 2" Lorsque l’un est affirmatif et l’autre négatif , pourvu que ce dernier soit pris dans un sens général , la conclusion sera négative. Dans tout autre cas , la conclusion est positive. Or , tels étant précisément les caractères de la première figure , il en résulte que toutes les autres peuvent se ramener à celle-ci ( sert 3È ccvayoryeiv r.xvzai roùç 'ivXXoywfiovç ètç rovç iv Tw nptùriùT/rvxxrt y.z r ]i Xov eoXi^oyteuovi ) “ •
•Ch. 6. ;
a Ch. 7.
DE L'ORGAISUM D’ARISTOTE. 73
Outre ces figures , on a reconnu plus tard un grand nombre de Modes dont chacun a ses règles particulières qui varient suivant la figure à laquelle il appartient 5 mais ni le nom ni la chose qu’il désigne ne se rencontrent dans les œuvres d’Aristote *. Encore bien moins faut- il lui attribuer l’invention de ces mots barbares par lesquels on a désigné après lui toutes les combinaisons possibles du syllogisme. Seulement, après avoir fait connaître les formes générales de la démonstration et les conditions sans lesquelles il n’y a pas de conclusion possible , il veut savoir quelle sera la nature de cette conclusion , quand on établit dans les prémisses la différence du nécessaire , du contingent et du possible.
Si les prémisses sont toutes deux des propositions nécessaires , la conclusion sera également nécessaire 5 elle sera affirmative ou négative , selon les règles générales du syllogisme , et il n’y aura rien de changé que l’addition du terme
' On y trouve une ou deux fois le mot rpdjros dans le sens attaché par Kant à celui de modalité. Encore n’est-ce pas dans le texte, mais dans un titre dont l’authenticité est plus que suspecte; c’est celui des ch. 12 et 15 du traité de l'Intcrprëutiou : 7r£pt twv rûiv //cri Tpirroj.
ANALYSE
qui exprime l’idée de nécessité. Cette règle s’applique indistinctement à toutes les figures 1 .
La conclusion est encore nécessaire, quand même l’une des prémisses serait contingente , pourvu que l’autre soit une proposition nécessaire. Mais il faut , lorsque le syllogisme appartient à la première figure , que cette proposition f enferme le grand terme , c’est-à-dire , qu’elle ne peut être que la majeure. Dans les autres figures, il suffit qu’elle renferme l’un des extrêmes et qu’elle exprime une négation générale. Une proposition générale , mais affirmative , ou une proposition particulière , quelle qu’en soit la qualité , ne pourrait pas conduire à une conclusion nécessaire. Voilà à peu près tout ce qu’on peut recueillir dans trois énormes chapitres 2 .
Avant de rechercher dans quels cas la confusion est contingente , Aristote établit une distinction très-importante entre cette idée et celle du hasard. Le mot contingent , dit-il ( rô evàe- XOf-évov) , s’applique indistinctement à deux sortes de faits j les uns qu’on ne saurait prévoir et qui
' Ch. 8.
a Ch. 9, 10 et U.
ne se reproduisent jamais dans un ordre déterminé 5 les autres , que l’on prévoit facilement , parce qu’ils se reproduisent fréquemment et toujours de la même manière. Les premiers ne peuvent pas être l’objet de la science, et par conséquent ne sont jamais exprimés sous la forme du syllogisme. Les derniers se divisent d’eux-mêmes en deux classes : ceux qui peuvent être , mais qui ne sont pas encore , et ceux qui existent actuellement, mais qui pourraient aussi ne pas exister^ c’est-à-dire, les faits possibles et les faits réels 4 .
De cette distinction résultent plusieurs cas particuliers qui peuvent exercer de l’influencesurlanature de la conclusion e t donner naissance àdes règles nouvelles. Au moins devaient-ils fixer l’attention de celui qui le premier a cherché, par la méthode d’observation , à déterminer les lois et toutes les formes possibles du raisonnement. Ils sont au nombre de trois : 1 ° les prémisses peuvent exprimer toutes deux l’idée d’un fait contingent, mais réel ’i 2° elles peuvent exprimer toutes deux l’idée
• Tû IvU/satiM x* ri Süo Xiytrm Tpiiroas : /*iv rû toî ciri tA
Itiîlll flVIttOat alî.ov Ôë Tpi7tOV T» OtciftOTOV , 8 xai ÎUTÙS xxi ;ï)\
ûurws oyvaTOv, etc. (Ch. 12.)
ANALYSE
du possible, dans le sens que nous y avons attaché tout-à-l’heure, d’une chose qui n’existe pas encore, mais qui est dans les lois de la nature ; 3° lorsque 1 unerenferme l’idée du contingent proprement dit (tô vrxpxpv), l’autre peut exprimer celle du possible (rô evSsxppsvav). Chacune de ces trois circonstances est observée successivement dans les trois figures du syllogisme, oùilfaut encore que l’on prenne en considération la quantité et la qualité des propositions. Sans doute ces observations détaillées , qui remplissent à peu près dix chapitres 1 , ne conduisent pas à des résultats très-utiles 5 mais ces résultats , pouvait-on les connaître sans les chercher T Aristote lui-même , après qu’il y est arrivé , n’y attache pas plus d’importance qu’ils ne méritent , puisqu’il dit expressément que toutes les formes possibles du raisonnement se réduisent aux trois figures, qui elles-mêmes peuvent se ramener à la première, en dehors de laquelle il n’existe pas de syllogisme régulier 2 .
1 Depuis le cb. 13 inclusiv., jusqu’au ch. 22. Pienjières analyl. , liy. 1.
5 Xl&oxv à—6ôt:i;(v xal rrdtyrx auWoyiafi&v àv&yxn ylviatiou otà rptw* r i» irpoupr,pi£vwv 9X') 1 uAt(üv. Toutou os ôuj>0évTO{ ôrjlov ùs âîtas tc
DE L’ORGANIJM D’ARISTOTE.
Tout syllogisme , à quelque figure qu’il appartienne, et quelles que soient ses prémisses , a pour but de prouver qu’une chose existe ou n’existe pas. Or , ce but peut être atteint de deux manières : l’une , directe (pii roO èxS eoOai), lorsqu’on part d’un principe reconnu vrai , dont on tire une conséquence légitime } et l’autre, indirecte ( 5ià toïi àSwacTov ), lorsqu’on renverse une hypothèse absurde par l’absurdité de ses conséquences *. On peut donc , sans rien changer aux règles générales qu’on vient d’exposer , distinguer deux espèces de syllogisme : le syllogisme démonstratif hi Sejxtixoi ) que nous nommerons plus justement, avec Kant, le syllogisme catégorique ^ celui dont on fait un si fréquent usage dans les sciences mathématiques , et qu’on appelle dans notre langue , comme dans celle d’Aristote, la réduction à F absurde ( iiç, ro «Sûvarov à-ar/oy/r^ ou simplement àizxyur/y]). Mais ce genre de démonstration n’est qu’un cas particulier du syllogisme
«ruXXoytojuos éTursXeiOyToi Si à roù rrpÜTO'J <jyf t uxros xxl àvàysrat èis to'jç èv toûtw xaQdXov avWoyujfjtobç (ch. 22).
1 Etti Sè xat oià roiï àSuvàrovxat roO sxQsotxi Trois?» T7jv dcrrôosit-iv. . .
(ib.)
ANALYSE
hypothétique Çbi è/. ônoOé'jeoK). Un peu plus loin 1 , il est question d’une troisième espèce de syllogisme dont on ne parle pas beaucoup, parce qu’il n’est pas d’un usage aussi général que les précédents,, et qu’il appartient à la Dialectique plutôt qu’à l’art de la Démonstration : c’est le syllogisme dis jonc t if ^ désigné par ces mots : rj où rüv yivm SiaipETfç, ou simplement Sizipeou;. Cette division de tous lessyllogismes en trois classes , catégoriques , hypothétiques et disjonctifs , est celle qui a été reconnue par Kant, et dont il sait tirer un parti admirable dans sa Dialectique Transcendentale 2 . Elle représente , comme on sait , la catégorie de la Relation. Le nécessaire, le réel et le possible, qui font la matière des considérations qui précèdent, sont compris sous le titre général de Modalité. Enfin, la distinction des différentes figures est entièrementfondée sur la Quantité et la Qualité. Ainsi, le syllogisme est envisagé sous les mêmes points de vue que la proposition, et le traité de l’interprétation est à la fois l’antécédent logique et l’antécédent chronologique de l’ouvrage que nous examinons maintenant.
* Ch. 31.
3 Critique de la raison pure, p. 268, 7* édit.
Telles sont en substance les règles les plus utiles qui se rapportent exclusivement à la construction du syllogisme. D’abord noyés et comme perdus dans une multitude de faits minutieux , qui ne pouvaient pas être négligés par le premier qui a voulu fonder l’art de raisonner sur l’observation du langage, et parce qu'il faut avoir examiné une prodigieuse quantité de faits , avant de trouver un petit nombre de lois ou de règles véritablement utiles , ces résultats sont reproduits avec beaucoup de lucidité et accompagnés d’observations nouvelles dans un résumé assez étendu 1 , qu’on prendrait pour une répétition surabondante, si l’on ne connaissait pas l’esprit, la méthode et la division de ce traité. Puis, avant d’abandonner ce terrain et d'indiquer les matériaux du syllogisme , l’auteur fait une réflexion générale dont l’importance égale au moins la justesse , et qui pourtant n’est que la conséquence légitime de ces observations syllogistiques que le critique le plus pénétré de respect pour le génie antique , dont les dépouilles pourraient encore enrichir bien des intelligences modernes ,
* Ch. 23, 24 et 25 ; Premières Analyt. , liv. 1.
ANALYSE
ne peut s’empêcher quelquefois de traiter avec dédain et déliré avec impatience : « Nous savons, » dit-il, par tout ce qui précède , que les propo- » sitions générales et affirmatives ne peuvent se » démontrer que par la première ligure $ les pro- » positions générales et négatives se démontrent » par la seconde et par la troisième 5 les proï> positions particulières, par toutes indifférem- » ment, et dans chacune de plusieurs manières. » Or, les problèmes les moins faciles à résoudre » sont évidemment ceux qui n offrent qu'un seul » moyen de solution ; donc il n'est rien de plus » difficile à démontrer que les principes géné- » raux , soit positifs ou négatifs , mais parlicu- » lièrement les premiers , parce qu’un seul fait » suffit pour les renverser , et il en faut au » contraire un très-grand nombre pour les » rendre dignes de confiance. On s’aperçoit en » même temps qu'il est bien moins facile d’édi- » fier que de détruire *. »
1 C’est à peu près la traduction du ch. 26 : to /xh ouv xara- «paruov to xaGdXo J 3ià rot» Trpüroj a/fifAx roç SetxvuTxi jutovoy xxt 3tà toutou /*ova^ô>$. . . • (p&vzpov ouv ort to xaQtJXoj xxrejyopixov xaTaçxvjâacu fxiv ^aXsîTwrxrov , avaax-jàjat 3e pàarov , xai yàp ty rive
§ 2. Des Matériaux du Syllogisme.
De tous les matériaux qui peuvent entrer dans la construction du syllogisme , soit comme moyens, soit comme objets de démonstration , les uns représentent exclusivement des sujets et ne peuvent jamais servir d’attributs} les autres représentent exclusivement des attributs et ne peuvent jamais servir de sujets. Les premiers sont les êtres individuels qui ne parlent qu’à nos sens et dont l’existence ne peut pas être démontrée 5 ils sont au-dessous de la science : les derniers sont les idées abstraites et universelles, qui servent de base à toute démonstration } ils sont au-dessus de la science. Enfin , il y en a qui tiennent le milieu entre ces deux extrêmes , qui peuvent servir en même temps et de sujets et d'attributs, et ceux-là sont les véritables objets de la science et des démonstrations scientifiques. Dans cette simple division, il n’est pas difficile
fô] wjrap^n àv^p>iT«t. — Aua ùk or.X oy on xxt t b avaffxs jàÇuv Sori «5 xxTxs xcuà(uv p*ov (ch. 26).
ANALYSE
de reconnaître l’auteur de la Métaphysique , qui cherche constamment à marier la sensation à l’idée, ou la raison à l’expérience, et qui repousse également l’empirisme et le rationalisme exclusifs, en accusant le premier d’être contraire à la science et le second à la réalité. Cette harmonie se fera encore mieux sentir par la suite *.
Quand on a choisi son sujet , il faut le définir 5 il faut en déterminer la nature et les propriétés 5 il faut remonter à ses principes , le suivre dans ses conséquences , et en un mot 4’embrasser sous toutes ses faces. Pour bien connaître les qualités d’une chose , il est nécessaire de les diviser en trois classes : les unes essentielles , générales , et qui entrent nécessairement dans sa définition (ocra èv tw Tt èdr! ) 5 les autres, particulières , mais permanentes ( -à Ï5u*) , et enfin les simples accidents (ri ai tpëeêrjxoTa) OU circonstances fortuites ,
■ XrràvTü>v Crj rwv ovrcov rx fxiv èan TOtaSra Cjttz xxrà prjûsvof aXXov r.xTr/yopetaOju <J.Xr*05>ç , xarx ùï tovtwv aXXa : rà oè àvrà //èv xar ’ uXXoüv Tnxrr t yo(jtÏTM xxrx tovtgov oè uXXa ou x*T7jyop«Tat : Tà 3è xxi »/ rà aXXcovxaî àvTÔ)U£T£pa,etC., ch. 27 . — 7 Conf., Mctaph., liv. B , pass. la Critique de l’école de Zenon et des naturalistes (01 V JGUoXÔ'/Oi)) .
DE L’ORGANTJM D’ARISTOTE. 83
sans généralité et sans durée *. Mieux on observera toutes ces règles, et plus prompts et plus sûrs seront les résultats. Ce serait peut-être ici le lieu de parler de la déGnition ; mais il en sera question plus tard, dans le traité de la Démonstration proprement dite et de la Dialectique.
Après avoir exposé le très-petit nombre de règles générales qui appartiennent au point de vue où nous sommes placés maintenant , l’auteur examine , suivant son habitude , quel usage on en doit faire dans les différents cas particuliers que nous avons énumérés précédemment 2 , et si elles pourraient servir également pour toute espèce de syllogisme. Jusqu’à présent on peut compter trois espèces de syllogisme, comme nous savons : le catégorique ou le démonstratifs X hypothétique ^ ou la réduction à l’absurde, et le disjonctif. Mais le dernier n’étant dans l’opinion d’Aristote qu’un argument très-faible (àaSev/îs rrMsiyaphc, ), et souvent même un véritable paralogisme ( 0 fxkv yà.(j ost Sci'iai atTetzai ) , n’appartient
* Auuptréov twv é7rou(vwv ocra re iv tco tI ecra, xal ocra tSioc
xal oaa w s xamyopstrat , etc. (Ch. 27.)
* Ch. 28 .
ANALYSE
pas beaucoup à l'art de la démonstration ou à la méthode syllogistique dont il est exclusivement question dans ce traité ( (j.Upàv n pô/jtov inzl ris psSoSou). Quant aux deux premiers ,
il n’existe entre eux aucune différence , ni dans les matériaux , ni dans la forme , ni dans le résultat. Ils se composent également de trois termes et de deux propositions 5 ils admettent les mêmes figures et l’on peut indifféremment les employer l’un ou l’autre pour arriver à la même conclusion. Par conséquent, il faut aussi qu’ils aient les mêmes lois et les mêmes règles *.
On comprend sans peine qu’il y a peu de chose à dire sur ce sujet , envisagé comme il est sous un point de vue purement matériel. En effet , lorsqu’on connaît exactement la construction du syllogisme , quand on l’a étudiée , comme il l’a fait jusqu’à présent , dans son ensemble et dans ses détails , il n’est guère possible de ne pas connaître en même temps les propositions et les termes dont il doit se composer 5 par conséquent , il ne reste rien à ajouter sur
1 Nùv OS TOSPOt/TÛV fifÂlV ècrrà) SfjXov OTt èt$ TXUTOC êXeTTTfoV OeiXTtXWJ
T» SoiAojUtvots aiAXoyiÇéoQotxai èt$ rô àoûvxrov ayàystv (ch. 29 et 30).
l’art de les trouver qui fait précisément l’objet de la section que nous examinons maintenant. Les véritables matériaux du syllogisme, c’est-à-dire, du raisonnement , ne sont ni les propositions, ni les termes , mais les faits, de quelque nature qu’ils soient, visibles ou invisibles. Or, les faits ne sont connus que par l’observation. Ainsi , l’art de trouver les matériaux du syllogisme n’est pas autre chose que l’art d'observer , ou la méthode que Bacon et Descartes ont découverte deux mille ans plus tard. Cependant, Aristote a fort bien senti l’insuffisance du raisonnement et de toutes ses formes. Quoiqu’il n’en ait pas tracé les règles, il a compris aussi bien que les philosophes modernes; il proclame hautement la nécessité de l’observation et de l’expérience. De son propre aveu , la méthode syllogistique n’est bonne qu’à abréger les recherches et à fixer notre attention sur un petit nombre de principes incontestables ; mais elle ne peut pas nous dispenser de l’expérience , car c’est elle au contraire qui doit nous fournir les principes de toute science et les bases du raisonnement ( rx; pi v zpyxç rà? ~tp\ hAnxw iuT.ziplzi i'JTt mepxSoùvxt )• Ce n’est qu’après avoir
exactement observé les faits ( Xwp dévzuv ixxvôiç tüv ,
RG
ANALYSE
yeavopémv) qu’on peut se flatter de raisonner juste et de démontrer la vérité 1 .
§ Z. De la réduction du Syllogisme à ses éléments et à ses formes primitifs.
Il arrive souvent qu’une démonstration est entièrement défigurée dans l’expression, qu’elle est mutilée ou délayée. Il faut alors la ramener à sa forme primitive et la réduire à ses éléments indispensables. La marche qu’il faut suivre dans cette œuvre de décomposition n’est pas celle qui a été prescrite dans la construction du syllogisme. Là , on commence par les termes 5 puis avec les termes on construit les propositions , c’est-à-dire, les prémisses, et enfin l’on arrive à la conclusion. Ici , au contraire , la conclusion étant donnée , il faut d’abord chercher les prémisses , avant de porter son attention sur les autres éléments, parce qu’on trouve plus facilement le composé que le simple. C’est donc avec raison que l’on
1 Exv XiipOïî rà mpi îxawj , f,uinç<ni $»] rii airs-
Se(Ç«î iroiptus ipipatvfÇstv (ch. 30).
donne à cette partie le titre d ’ Analyse (àva).wis) *.
Il n’est pas tout-à-fait aussi facile qu’on le pense de trouver les prémisses d’un raisonnement qui n’est pas exprimé sous la forme logique. Souvent elles sont cachées par une foule de propositions inutiles , étrangères , ou qui n’appartiennent qu’indireclcment à l’objet de la démonstration. Quelquefois elles sont complètement omises, parce qu’il y a des vérités si évidentes qu’il suffit de les énoncer pour les faire adopter sur-lechamp. Si tout syllogisme bien fait conduit à une conclusion nécessaire , il n’en résulte pas que tout ce qui est nécessaire soit la conclusion d’un syllogisme. Il faudra donc retrancher le superflu et suppléer à ce qui manque. Les prémisses étant trouvées , il faudra les comparer entre elles et distinguer la majeure de la mineure 2 .
Après avoir ramené le raisonnement tout entier à ses propositions essentielles , on essaiera pareillement de réduire chaque proposition à ses
1 IlfÛTOv ùtï ircifstaOat toc$ ovo Trpordccreis èxXx/x&fcvetv to5 aiAXoyta-
iàoj y pâov yàp lu rx oieXstv , % rx : ytiÇu 073 rx oity-
y.uubx : rx ££ wv aûyxetrxi (ch. 32 ).
2 Ib.
ANALYSE
termes indispensables , et l’on commencera ses recherches par le terme moyen ; car, celui-là étant trouvé , il ne sera pas difficile de déterminer les deux autres. Or , le moyen ainsi que les extrêmes ne conservent pas toujours la place qui leur appartient 5 on essaiera de les reconnaître à d'autres caractères beaucoup plus essentiels et moins trompeurs. La démonstration de ce seul point remplit plusieurs chapitres 1 , parce qu’on le prouve successivement pour toutes les figures , au moyen des lettres de l’alphabet, comme cela se pratique dans tout l’ouvrage. Il ne faut pas croire non plus qu’un terme du syllogisme ait toujours besoin d’être matériellement représenté par un terme de la langue, ou par un seul mot } ils sont quelquefois exprimés par des propositions entières , comme il arrive fréquemment dans les sciences mathématiques. Lorsque cela n’a pas lieu , il peut arriver que les mots qui les représentent soient détournés de leur signification ou de leur forme primitive 5 ce qui change entièrement les conditions de la démonstration.
* La moitié du ch. 52, depuis ccs mots : «r* -rois ipou s; les ch. 35 cl 54 tout entiers.
DE L'ORCATSUM D'ARISTOTE.
Il ne faut donc pas craindre de remplacer un terme par un autre , un mot par une phrase , et plus souvent encore une phrase par un mot , quand cela peut servir à rendre le raisonnement plus intelligible et sa forme plus simple *. Il faut pourtant faire une différence entre le syllogisme démonstratif et le syllogisme hypothétique. Il ne faut pas tenter de ramener ce dernier à une forme plus simple , parce qu’il repose sur une simple convention à laquelle on ne doit rien changer , même dans l’expression. 11 en est de même de la réduction à l’absurde , qui n’est qu’un cas particulier du syllogisme hypothétique. On ne parviendra pas, par ce moyen, à convaincre son adversaire , si l’on ne conserve religieusement tous les termes dont il s’est servi pour exprimer son hypothèse 2 .
Une fois le syllogisme reconstruit dans la tota-
* Ch. 35 , 36 et 37. — A:c ol xat /«r*\<x/x»âvîiv « ro ÙJrb ôvvarai, Iyôjâol ra avr àvojxàruiv xxi \6yo jç àvrt Xôywv , xai <Xsi àvri \6yoj ro’JvofÀX la/zêàvtiv (cil. 37).
2 Tojj tÎTTOÛzcrscos ajMoyiT/Aovÿ o*j raparfov àvxyctv o j yxp ot« aiAXoyt3//oj osù.iy/xfvoi swtv , otà TJvO/ixr,i (i>/xo).oy nj^ivot ttxvt a
(ch. 38).
lité de ses éléments, tant simples que composés , il est facile de voir par la nature de sa conclusion à quelle figure il doit appartenir. Alors on peut, si l’on veut , lui en substituer une autre , en déplaçant les termes et les propositions , sans changer leur valeur 5 car toutes les figures peuvent se résoudre les unes dans les autres , et par conséquent être ramenées à la première , qui seule réunit toutes les conditions de la perfection. Les syllogismes qui ne pourraient pas soutenir cette épreuve ne seraient pas légitimes et ^appartiendraient à aucune autre figure*. Puis viennent quelques préceptes sur la place que doivent occuper l’affirmation et la négation, sur l’art d’éviter la tautologie et la contradiction , dans le cas où le syllogisme renfermerait des propositions indéterminées. C’est ce passage qu’on veut désigner dans le traité de l’Interprétation, où le même sujet est développé avec beaucoup d’étendue 2 .
Les trois points de vue sous lesquels on vient * Ch. 59.
1 Ch. 40. Voy. TT*pl ip/jLïivûas (ch. 10).
d’examiner le syllogisme sont seulement la matière de ce qu’on appelle le premier livre des premières Analytiques. Aussi , est-il assez difficile de déterminer nettement de quoi traite le second livre ; car il sort absolument du plan que l’auteur s’est tracé dans le premier. Les commentateurs de l’école ont dit que celui-là considérait le syllogisme dans le moment de sa formation , in fieri , et celui-ci , dans le moment où il est déjà tout formé et tout construit 7 in facto. Cette obscure subtilité n’avance pas beaucoup la solution de la question. 11 est pourtant impossible de nier l’authenticité de ce fragment, et l’on voit dès les premiers mots , qui rappellent brièvement les divers points de vue que nous venons de parcourir , que sa place est immédiatement à la suite de tout ce qui précède, et qu’il fait réellement partie du traité sur le syllogisme. 11 me semble qu 'après avoir donné une description complète de cette forme de démonstration , qui est évidemment l’objet de sa prédilection , qu’il regarde comme la plus générale , la plus régulière et la plus décisive, Aristote devait chercher s’il n’en existe pas encore d’autres; il devait essayer d’en donner une idée exacte ,
ANALYSE
quoique moins étendue, ainsique les diverses transformations ou applications du syllogisme luimême, Or, je ne crains pas d’affirmer que tel est précisément l’objet de ce second livre , qui ne rentre pas dans le plan, mais qui est un supplément nécessaire du premier.
En effet , à part les quatre premiers chapitres, où l’on prouve séparément pour chaque Ggure (fait assez évident par lui-même) que la fausseté des prémisses n’empêche pas toujours la conclusion d’être vraie , il ne renferme pas autre chose que l’énumération des divers moyens de démonstration qui se distinguent du syllogisme, au moins par leur forme extérieure. Mais tous ne doivent pas trouver une place ici , parce que les uns ont déjà été exposés plus haut, et sont dans le texte l’objet d’une répétition que l’on pourrait excuser, s’il le fallait, par les développements nouveaux, quoique bien minutieux, dont ils sont accompagnés. Tels sont, par exemple, ceux que nous avons nommés la Conversion (tô àvrurpetpew), ou le raisonnement immédiat, et la réduction à l’absurde ( dnar/or/ri èiç àû-jv'jzro'j ) , dont chacune remplit plusieurs chapitres. Telles sont encore les conditions de la contradiction dont on peut se
servir pour la réfutation ( T.phç tô xvccaxevetÇeiv ). Les autres n’appartiennent pas à la démonstration , mais à la discussion , c’est-à-dire , à la dialectique et non à la méthode proprement dite. Nous les retrouverons plus tard dans les Topiques et les Arguments Sophistiques. Nous voulons parler du Cercle (tô xû x).w x«J àX)jôXcov ôcixvûaSai),
de la pétition de principe (tô ev àpyÿ sarizhOau) , de celui qu on appelle : tô p) i:ocpd touto avpJoxivziv tô ôô? , et qui n’est pas autre chose que le non causa pro causa ÿ des moyens de surprendre son adversaire par une conclusion inattendue (tô Yjczanlloyi- Çcaôat) 5 des moyens d’éviter une telle surprise (zpà; tô p? xaraj uÀ/oy , de l’argument proprement dit(ô oc), ou syllogisme de la contradiction (avTtcpab-sw; auXXoy «rpèc) , et de quelques autres sophismes désignés ici sous le nom général de surprise : x«r« TT/V vmlïr}‘v àKxrr, * .
Les seuls dont nous puissions rendre compte,
1 Voici l’ordre dans lequel ils sont énumérés, avec l’indication des chapitres qui leur sont consacrés : 1° tô xix).a Sstxvujflai (ch. S, 6 et 7). — 2° Tô avrwrp itpivj (ch. 8, 9, 10). — 5° Airàyu-/ïi ii{ àôiivarov (ch. 1 1 , 12, 15, 14). — 4° Tltpl tüv àvTuutptàKov (ch. 15 , 16 , 17). — 5° Tô èv 4px ! f ài-rsïïOas (ch. 18), — 6" Tô pli] irapà toi)to (ch . 19). — 7* Karà tAXo-
ANALYSE
sans anticiper sur l’avenir et sans retourner vers le passé, sont les suivants :
1° V Induction ( ènccyur/ri ). N’en déplaise aux partisans exclusifs de Bacon et de la philosophie moderne , Aristote a certainement connu l’induction } il en a compris la nécessité et le véritable caractère , car voici à peu près en quels termes il en parle : « Il n’y a que deux moyens d’arriver •» à des connaissances certaines : le Syllogisme et » l’Induction. On raisonne par Syllogisme quand v il existe un terme moyen 5 quand il n’y en a pas , » on raisonne par Induction. L’Induction est en > quelque sorte l’opposé du Syllogisme. Celui-ci v est naturellement le premier et le plus génév râlement connu 5 mais celle-là est , à mon » avis, l’argumentleplusclairCèvap/cWjooç) 1 . » Un peu plus loin , il la définit : un raisonnement par
y£Çe<j0at (ch. 20 et 21). — 8° Tb /atj xaraotM>oy£Ç£crôat (ch. 22). — 0° KaràT/jv Û7T(î),r J \|/iv &7T&T71 (ch. 23 et 24).
1 Àiràyrx moT£yo//£V Tl otà <jy).Xûyio/A0y , rj lt* iTraywyifc. Ilv jaïv écm //leroy y Sia tou fxiaoj o auWoyLtsjÂbi : wv oè j).r\ l<m 81 £:raycoy>js. K ai Tp67roy riva àvrlxziryA ri èîraywy^ tc*> ayMoyio/xûi ; 0 juiv yàp Sià toC ftlaou to axpov tu rpfrco os uvystv : jî 8i otà roü rp Irov rb xxpov rcJ ftsoep. Qùaa fûv oyv rrp ôrzpoç xal yy wpi/A&rspos ô otà roû /liai ou av\)eyia/jJbç : jîptly oè iyapylorspos o Stà lîraywy ijs (ch. 25 ).
lequel on démontre le général à l’aide du particulier *. L’exemple qu’il choisit pour nous faire comprendre la nature de ce genre de démonstration , nous montre que lui-mème l’a parfaitement comprise , et qu’on l’a faussement accusé d’avoir confondu l’induction avec l’exemple à pari , dont nous parlerons tout-à-l’heure. Si quelqu un, ditil , voulait prouver que tous les animaux sans bile vivent long-temps , il ferait observer ce fait dans l’homme, le cheval , le mulet et d’autres animaux qui n’ont pas une grande abondance de bile, et l’on serait obligé de lui accorder la conclusion générale que nous venons d’énoncer. Il faut remarquer que tout en distinguant l’induction du syllogisme , en énonçant explicitement qu’il reconnaît deux espèces de raisonnement , l’un qu’il appelle Syllogisme , et l’autre qu’il nomme Induction ( dvrUsrat ri ir.ar/wyri zâ> , o i
( rôW ),iya>v ) 3 là 'Tvlïoyt'Tfuùv xxl ot Oi knor/w/riî) , il cherche pourtant à plier celle-ci à la forme syllogistique , comme il le dit non moins explicite-
* Attxvuvrîi TÔ xxOiXo J ûià toù ôrjVov uval ri) xxO ËxxWJ (Analyt. post. liv. 1, cli. 1 (voyez ib. , ch. 18).
ment 1 , et comme le prouve cette expression très-fréquemment employée : i oti ( ou et )
èKcc/uyrtç rruXhayaphç,
2° L ’ Exemple (■Kxpacier/fia). C’est un argument par lequel une chose est affirmée d’une autre , parce qu’elles ressemblent toutes deux à une troisième. Ainsi , pour démontrer qu’on est malheureux , lorsqu’on prend les armes contre ses voisins , on citera la guerre deS Thébains contre les Phocéens, qui était à la fois une guerre malheureuse et une guerre entre peuples voisins. L’exemple diffère du syllogisme , parce que le rapport sur lequel il est fondé n’est pas celui du tout a sa partie ( oXov Tipbi pzpoç, ) , mais un simple rapport de similitude ou d’égalité ( wç lûpoi r.pog pspoç ). Il différé de l’induction , parce qu’il ne repose que sur la connaissance d'un seul fait , au lieu de s’appuyer sur l’observation de tous les faits semblables ; c’est , en un mot ,
1 induction oratoire (et: ar/oryri pr,ropixŸi) , comme il
1 Ou uôvov ot SiaXsxrixoi xxi â-oûzixruoi oMoyta//oi oix rwv 7 rp aufnpiww ytvovrat àUàxxt ot pr.roptxot, xat farlus r.rvyoüv
manç xxiir, xtxQ orroiav owv ;/;Ûooov (cb. 25).
le définit très-bien dans le deuxième chapitre de sa Rhétorique *.
3° La Conjecture. Telle est du moins la seule signification raisonnable qu’on puisse attacher au terme àr.ar/w/ri que les commentateurs latins ont traduit par abductio. On la définit : une opération par laquelle on réunit deux termes dont le moyen ou le rapport n’est pas assez clairement déterminé. Elle n’est pas encore la science , mais elle en approche beaucoup ( nalvruy ; êyyvnpov eivac avuSaivti rris èTuornfm;') •*.
4° U Objection ( ëvoreanç , instantia en latin ). C’est le nom qu’on donne à l’argument par lequel on cherche à démontrer une proposition contraire à l’une des prémisses de notre adversaire. Elle peut être générale ou particulière, c’est-à-dire qu’un fait peut être combattu par un fait contraire ou simplement contradictoire. De là résulte que pour faire une objection vraiment digne de ce nom, il faut se servir de la première ou de la troisième figure , qui seules
1 Ch. 26.
3 Ch. 27.
ANALYSE
peuvent démontrer qu’il y a contradiction ou opposition entre deux termes *.
5° L’Enlhymème (èv0iu> jpa). Dans l’opinion d’Aristote , il n’est pas seulement un syllogisme imparfait dans l’expression, mais il n’est pas moins imparfait dans la pensée, puisque les propositions ou les termes dont il est formé ne représentent que des probabilités (cruXXo ywpç ôreW; sty.srwv). Il conclut ordinairement du signe avant-coureur d’un fait à ce faitlui-mème (ouXXoyi^uôç if Du reste , on peut distinguer dans cette forme du raisonnement les mêmes éléments, et par conséquent les mêmes figures que dans le syllogisme. C’est un syllogisme oratoire (pmopiwv avXloy wpv, comme il le nomme dans sa Rhétorique 2 .
6° Parmi nos diverses manières de raisonner , Aristote reconnaît aussi la science de Lavater , la Physiognomonique (rô fuzioyvu>p. ovefv), qu’il essaie de plier comme toutes les autres à la forme syllogistique. Mais il ne prononce pas d’une manière absolue sur sa réalité 3 il ne l’admet que
' Ch. 38.
* Ch. 29.
d uni maniéré hypothétique et l’étend beaucoup plus loin qu on ne l’a fait dans ces derniers temps. Si l’on nous accorde , dit-il , que les passions que nous tenons de la nature, telles que la colère, le désir, agissent en même temps et sur l’ame et sur le corps , on sera aussi obligé de convenir que chacune de ces passions a son expression particulière, et la physiognomonique sera possible (5w)7aÔM£9a «puaroyvwfiovEîv). On pourra donc , d après leur seule conformation extérieure , déterminer le caractère des espèces et des individus. Ainsi, admettons que le courage soit le caractère particulier du lion , il faudra qu il existe dans son organisation physique un signe particulier qui corresponde à cette qualité , et toutes les fois qu’on trouvera le même signe , ou , comme nous dirions aujourd’hui , le même trait physionomique , dans une autre espece , soit dans l’espece entière ou seulement dans un individu , quand ce serait même dans un homme , on pourra lui supposer du courage t. L Écossais Th. Reid a été bien plus loin ;
Ch. 50. — To ôi yu9t#yvG> J uovuv Suygrr&y ianv it ns SlSuatv i,u« t usT*64Mu> Tioü/ia xxl r>iv yujtfvôaa far! vOnxzxxfyfjxTx, etc.
ANALYSE
il a compté le principe de cette science ou de cette manière de raisonner parmi les vérités premières qui nous sont connues sans le secours de l’observation et de l’expérience. « Les pensées » et les passions de l’âme ne sont pas plus visi- » blés que lame elle-même , et , par conséquent, » leur connexion avec les signes sensibles ne peut » pas être révélée par l’expérience $ cette décou- » verte dérive nécessairement d’une source plus » élevée. Elle est due à une faculté particulière, » à une sorte de sens que la nature semble nous » avoir donné à cet effet , et l’opération de ce » sens est tout-à-fait analogue à celle des sens » externes *. » ,
Srrottïu partir. — Deuxièmes Analytiques ,