IIS
une forme moins abstraite et renfermés dans une sphère déterminée. Ils ne sont donc ni moins certains, ni moins nécessaires que les premiers. Toutes les questions qu’ils peuvent servir à résoudre se divisent en deux grandes classes : les questions de fait (rô o?t) , et , s’il est permis à la logique d’emprunter cette expression à la jurisprudence et à la morale, les questions de droit (ro 5 i3ti) , qui ont leur source dans le désir d’expliquer par la raison les faits qui nous sont livrés par l’expérience. Or, la raison est pour ainsi dire le code de la nature. Ces deux sortes de questions sont étroitement liées entre elles , car il n’y a point de fait qui n’émane d’une cause ou d’une loi, et de leur coté les lois et les causes ne sont connues que par les faits. Cependant , elles se partagent entre des sciences bien différentes : les premières appartiennent exclusivement aux sciences naturelles -ou physiques, qu’on appelle ici les sciences Esthétiques (rô uiy o~l tw> àSivai), sans doute parce qu'elles reposent sur le témoignage et les impressions des sens («wSwrtç) , comme Kant a appelé Esthétique Transcendantale sa théorie des lois de la sensibilité : les autres sont particulièrement du domaine des sciences
mathématiques (rô 3è 5 ijti tûv [M eânuxmû ») , qui ne reposent que sur des abstractions de la raison , ou sur des idées générales que l’observation des sens ne peut pas fournir 1 . De là résulte que les physiciens , ou les naturalistes , toujours occupés de faits minutieux, s’élèvent rarement à des idées larges et à des principes d’une certaine hauteur, tandis que les mathématiciens et tous ceux qui demeurent dans les généralités sont ordinairement privés du talent de l’observation ( oi rs xz'johiv éîWjOovvrsi to/.)æV.iç è'vix rwv v.x r j v/.x'z-m mx ïix'ii & àvcTt ). Ces belles paroles n’ont pas encore cessé d elre vraies et le seront dans tous les temps , jusqu’à ce que l’on ait réuni les sciences de l’observation aux sciences du raisonnement , et que les unes aient obtenu la même considération que les autres. Si , à ces deux sciences , c’est-à-dire , à la physique et aux mathématiques , l’on ajoute la philosophie première, dont il a été question un peu plus haut, on aura la division générale des sciences spécu-
1 Tà Stirt oiy.z>ipu xxt to oi5*rt ètr£a t&îOoi. . . . to //iv Sri t$v awOn- Ttxwv stofvxt : to oe ét«Srtr*j)v /jtx9/ 4 /xxrtxwv o vrot yàj» s/ojti rrrtv àtrfov ry.ç /roSsîçîtî, xxl rroMàxts itx "ix/rt to gti, etc. (Ch. 13.)
Hi ANALYSE
latives , telle qu’on la trouve fréquemment dans la Métaphysique L
Les sciences naturelles sont plus faciles et doivent être nécessairement les premières dans le temps ou le développement de l’intelligence humaine , parce que c’est à l’induction à nous fournir les généralités qui font la base du raisonnement. En revanche , les sciences mathématiques sont plus dignes du nom de sciences } elles sont plus certaines et plus rigoureuses dans leurs résultats , parce qu’elles n’ont qu’à déduire les conséquences de certains principes évidents par eux-mêmes. Voilà pourquoi la première figure du syllogisme , c’est-à-dire, le syllogisme dans toute sa régularité et sa perfection , est la seule forme qui leur convienne 2 . Les mathématiques ont d’ailleurs un autre avantage , c’est celui de parler aux sens par le moyen des figures, sans avoir le même inconvénient que les sciences
4 H fxiv tpuatXTi mpi â%ûplTrx /xh ôux àxfvrjra, 8è //a Ofl- /xxrixrjî tv ta mpl àxt vnjra //èv ou ^toptcrà 5 tac os , ôè rpômj xal 7r«pè "/Oipiirà. xal àxtvyjTa : uxiri rp&is av £iev tpikoaotplau Octop/jrixoti /xocQtîptartxyj, tpuatxvj , Oio\oyixi] (Métapll. , lir. E* ch. 1).
3 To>v flr^yju4T / j>v iTnon^uovtxbv //AXtora rb Trpûrov lortv# Airs
naturelles , c’est-à-dire , sans cesser pour cela d’être des sciences démonstratives et de raisonnement. Les vérités qu’elles enseignent , on les voit , mais c’est avec la pensée (-aura o h-iv olov ôpxv Tri vor/7 n').
De même qu’il y a deux espèces de sciences , les unes fondées sur l’observation et les autres sur le raisonnement , il y a aussi deux espèces d’ignorance : le paralogisme, ou l ignorauce par transposition (oyvoîa xarà iufàeaiv) , et l’ignorance proprement dite, ou par négation (àyvotaza-à àno- <pa<7tv). La première résulte d’un raisonnement vicieux , d’un syllogisme dont les termes ou les propositions n’ont pas été disposés selon les règles. La seconde vient de la privation d’un sens ou d’un défaut d’observation L
Puisqu’il n’y a que deux objets que l’homme ait la puissance et le désir de savoir : les faits et les causes } puisqu'il n’existe par conséquent que deux sortes de science et d’ignorance , il ne faut pas admettre plus de deux moyens de
yàp /Aa 07 j/AûCTixal tô>v imtmiju&y Sià toutou aipouat ràff arrooef^tts (ch. 44).
• Ch. 16.
ANALYSE
connaître : la démonstration et l’induction , dont l’une nous conduit du particulier au général , ou des phénomènes sensibles aux principes les plus élevés de l'intelligence $ et l’autre du général au particulier . ou des principes à leurs conséquences 1 . Cependant , comme la première , c’est-à-dire, le raisonnement proprement dit, peut admettre deux formes différentes : la forme logique OU directe ( ).o yiy.ûç , Ssôcrixw (èraSîi&s ) e t la forme analytique, ou la réduction à l’absurde ( i'jxt.v Totoü; , à.r.y.ywyri èi; ào-jvxzov ) , on pourrait compter à la rigueur quatre sortes de démonstration , opposées deux à deux \ savoir : le syllogisme à l'induction, et la démonstration directe à la forme analytique 2 .
Après avoir distingué ces quatre chemins qui
1 Mavràvo/xev q lxa.yuyr, y r, àîroostçsi : tqrt o "h /xkv ùkô&clÇiç U TWV /.xQôlo j : $ ù È7rx/coyr] èx tûv xarà fiépo s (ch. 18).
2 O Jrr,ç o rriç [xïv xaOMou : t r t j Sè xarà jxipoç : xal
ri:s jàzv xaT/iyoptXYjs -nîs oè 0T£py;Ttx^s , à/A^iaêr t TSÏTai 7roTspa
(ch. 24. — Les chapitres précédents, depuis le 18 e , démontrent pour tous les cas possibles ce que Ton a déjà établi d'une manière générale au commencement de ce traité : savoir , que le nombre de principes et de moyens ne saurait être illimité.
sc croisent et qui tous , cependant , doivent nous conduire a la vérité, la question est de savoir lequel est le meilleur , lequel est à la fois le plus sûr et le plus court $ et c’est d’abord entre le syllogisme et l’induction qu’il faut choisir. Or, il semble , au premier coup-d’œil , que l’induction vaut mieux que le syllogisme , parce que nous connaissons avec plus de précision les faits que nous avons observés 5 nous nous faisons une idée bien plus claire des choses que nous avons éprouvées ou vues de nos propres yeux. Ensuite, l’observation des faits particuliers ne peut pas nous faire illusion comme les principes généraux sur lesquels se fonde le raisonnement , et nous porter à admettre des réalités en dehors de la nature, à prendre des abstractions pour des êtres, à l’exemple de Platon et de Pythagore. Mais, en vérité , il faut préférer la démonstration par syllogisme ( rj xaQclov «7ré5eiÇiî rfiç xarà fdpoç ) :
\ 0 parce que les choses particulières sont périssables, tandis que les généralités, comme les genres et les espèces, subsistent toujours ; 2° parce que les idées générales nous représentent la cause et l’essence des choses ; ce qui constitue le vrai savoir , comme nous l’avons dit un peu plus haut :
ANALYSE
3° enfin les faits particuliers sont illimités en nombre, et par conséquent ne peuvent pas se prêter aune démonstration rigoureuse ; en d’autres termes , il est plus facile de trouver les principes du syllogisme que ceux de l’induction et de l’observation. Voilà qui prouve encore une fois, d une manière évidente, la prédilection d’Aristote pour la forme syllogistique , dont il est 1 inventeui j mais qu’on ne vienne plus nous dire qu il ne connaissait pas l’induction dont il détermine avec tant de justesse le caractère et les fonctions, et qu’il met si bien à sa place dans les sciences naturelles , où Bacon n’a fait que la réintégrer avec une pompe et une dignité auparavant inconnues *.
Le syllogisme étant reconnu le meilleur moyen de démonstration , il est facile de prouver que la forme directe doit être préférée a la forme indirecte , ou la réduction à l’absurde. Car , en quel cas une proposition est-elle absurde ? c est lors^qu’elle est en contradiction avec les principes
< ô xaSdlov iiSûç n&Xi.ov OIÔEV / Mpxu rj à xarà plpts. — MâUov St toü àirtOJ xai toü Stà Tt larlv >) xaOdXou àmSStiÇts (cil. 25, 36 et 27).
DE LORGANUM D'ARISTOTE.
généraux de toute démonstration , c’est-à-dire , avec les prémisses du syllogisme direct : donc celui-ci est nécessairement anterieur et doit servir de base à toutes les autres formes. D’ailleurs, une démonstration est d’autant plus sévère et plus forte qu’elle a moins d’hypothèses, de postulats , et de prémisses de toute espèce, c’est-à-dire qu’elle conduit plus brièvement au résultat 5 ce qui n’est pas le caractère de la réduction à l’absurde *. En résumé , la science la plus certaine et la plus complète est celle qui embrasse à la fois les faits et les causes. Mais lorsque cette réunion n’est pas possible , les sciences abstraites , celles qui traitent des principes et des causes , ont l’avantage sur les sciences de pure observation qui n’ont pour objet que des faits 2 . Car les faits nous sont donnés par la sensation qui varie suivant les temps , les lieux et les circonstances (ouiQocve'rfau ocvx/yjxïov rô ri x«i no ü xai vCv) , tandis
* H Sii tüv iXamivuv êiXriwv tüv àXXüy rüv àvrüv
uiTap^évTuy (ch . 27, 28).
3 Gh. 50 et 31. — Dans les cbap. suivants, jusqu'à la fia du premier liv. , on fait connaître la différence de l'opinion (S4^o«) ,et de la science (imTrtpni) , dont il est traité avec bien plus de développement dans les Topiques, liv, i,cb, 1,2,3.
ISO
que les principes sont universels , et par conséquent nécessaires.
En laissant de côté les répétitions , les détails inutiles et les preuves superflues qui ne manquent pas dans cet ouvrage, voilà , si je ne me trompe, à quoi se réduit la doctrine d’Aristote sur le but général de la démonstration et les principes proprement dits. Voilà aussi ce qui fait la matière du premier livre. Mais les principes généraux ne sont pas, comme nous le savons déjà , les seules conditions de la démonstration et de la science } il y en a d’autres dont la nécessité est tout aussi incontestable 5 ce sont les définitions auxquelles le second livre est exclusivement consacré. Il n’existe pas un seul texte qui puisse même nous faire soupçonner qu’ Aristote ait ainsi morcelé tous ses ouvrages par chapitres et par livres , lorsqu a chaque instant il renvoie ses lecteurs de l’un de ses ouvrages à l’autre, en les désignant par les titres qu’ils ont conservés jusqu’aujourd hui } mais la division dont il est question maintenant n en est pas moins fondée en raison , et la lecture la plus superficielle suffit pour la faire trouver.
DE L’ORGANUM D’ARISTOTE. ISi
La définition (opnu.%) est l’expression des qualités essentielles d’une chose ou de sa nature spécifique. Elle répond à la question t! èrrzl 5 de là cette expression r 0 ù i<ni , par laquelle on la désigne quelquefois. Des qualités essentielles sont des qualités générales et nécessaires par lesquelles on se rend compte de tous les faits particuliers. Or , comme on l'a démontré précédemment , les idées nécessaires , les idées universelles ne sont pas les résultats , mais les moyens et les principes de la démonstration , c’est-à-dire, du syllogisme. Par conséquent , les définitions ne peuvent pas être démontrées 5 elles méritent d’être comptées au nombre des principes et nous sont fournies , comme tous les autres , par l’observation et l’induction , car il est impossible de remonter aux causes si l’on n’a pas d’abord étudié les faits *.
Mais il faut distinguer deux espèces de définitions : les unes immédiates (oipua), exclusivement
1 4>dtvspov ia rtv Srt rb dtùro isri rôjn lari x*l Six rt lari. — npinpov ri Sidrt Suvxnv yvwpiatu toû în (ch. i, 2 , 3). Dam
les chapitres suivants , jusqu’au huitième, on essaie de dcmontrer'qne les définitions ne peuvent être prouvées d’aucune manière, ni par voie^de syllogisme, ni par voie de division, ni par d’autres définitions.
ANALYSE
composées de catégories , nous font vraiment connaître l’essence des choses et leurs causes les plus élevées. Les autres, médiates (f dmv è/ovra), n’expriment que des qualités et des propriétés secondaires. Les premières seules sont désignées du nom de principes et doivent être considérées comme les définitions par excellence. Les autres ont besoin de démonstration et ne diffèrent que par la place qu’elles occupent de la conclusion d un syllogisme (ryj Oéca Suttpépuw -rik àTroôsil'ewç). Ces deux genres de définition ont été appelés par les logiciens modernes des définitions de choses. Aristote les désigne également par une expression commune (Xôyoç roü n rtt<) , pour les distinguer des définitions de nom (Xcyoç toü n oYifAzivsi , ou simplement Àôyoj o vofjjxzwSm) •, qui font seulement connaître la signification des mots 1 ,
Puisque toute définition vraiment digne de ce titre nous fait connaître le principe de la chose définie et n’est que l’explication d’un fait
‘Ch. 8 et 9 . — Twv Tt èffrîrà fj . èv àjxia a xxl ap/«t êtaiv. Tûy û ê^6vrcov f/i aov xai wv iari ri irspov àlnov rr,ç èvaiixç iarl ot àrro ot£-
?ems (ch, 8). — Le chapitre neuvième renferme la distinction des définitions de nom et des définitions de chose.
par sa cause , il faut , avant d'aller plus loin , déterminer la signification de ces deux mots et classer avec méthode les idées qu'ils expriment. Or, toutes les causes , tous les principes que la raison peut concevoir se divisent en quatre classes : 4° la cause formelle, ou les qualités qui représentent l’essence des choses ( tp zi f,v ehca ) ; 2° la cause logique qu’on désigne plus généralement sous le nom de principe, et dont les effets sont des conséquences ( zb zivm Svrwv àvxyxri rovr’ltvat ) ; 3° la cause efficiente ou le premier moteur ( ri npürov èxtvryjs ) ; 4° la cause finale ou le motif d’une action libre ( zb zivoç ëvexa ). Toutes peuvent être démontrées jusqu’à ce que l’on arrive aux causes premières qui sont précisément les moyens de toute démonstration et qui font l’objet de la Métaphysique, où elles sont effectivement reconnues toutes quatre et désignées sous les mêmes titres , à l’exception de la seconde qui est remplacée par la cause matérielle ( ü Qx, xoà
vnoKStpsvo'j ) •
Ce n’est pas assez de connaître le but et le
1 Ch. 10 et li. Compar. ces chap. avec le troisième du liv. 1, et le premier du quatrième liv. de laMcUpli.
ANALYSE
caractère général de la définition , il faut encore savoir comment elle doit être composée et quels sont les termes qui ont le droit d’y entrer. Or, si toute définition est l’expression de l’essence des choses, et si d’un autre côté toute qualité vraiment essentielle est une qualité générale et absolue , il est évident qu’elle ne peut admettre que des termes de même nature. Mais il faut que dans leur réunion ils n’expriment que l’essence ou la nature d’une seule chose. En un mot , si l’unité est la qualité fondamentale de toute proposition, elle est surtout celle de la définition 1.
Pour trouver ces termes et les fondre ensuite dans un tout aussi homogène et aussi parfait , il faut avoir recours à deux procédés, l’observation et la classification, dont Aristote a parfaitement compris la nécessité , mais pour lesquelles il n’a pas laissé de règles assez précises. C’est de la dernière qu’il est question d’abord : elle consiste à diviser un genre dans ses espèces , un tout dans ses parties , ou une idée concrète
* Twaûra Xrurrlov wv ïxaarev jttiv ini it\iov ûiràpijst , àravra Si pii Irrl irXéov ; raùniv yàp dtviyxj] ouoiav fivou roi -nf A/ paroi (ch. 1 2).
dans ses éléments abstraits $ à disposer ces éléments dans un ordre continu , d'après leur généralité et leur importance , et à choisir parmi eux les termes les plus propres de la définition , eux qui conviennent à tout le défini et au seul défini (ours ir?.£MV irpoaxeirac , ours ccmùeimt ôv$év ) , en un mot , ce que les logiciens modernes ont appelé le genre prochain et la différence prochaine. L’observation consiste à étudier séparément les individus et les faits particuliers , à saisir leurs ressemblances et leurs différences , afin d’arriver à une classification exacte et à une définition claire : car la perfection d’une définition est dans sa clarté, comme celle d’une démonstration consiste dans sa rigueur. Par exemple, si je voulais définir la fierté, j’observerais séparément tous ceux qui ont été doués de cette qualité : Achille , Ajax , Alcibiade , pour savoir ce qu’il y a de commun entre eux , et j’arriverais à cette conclusion , qu’elle consiste à ne pas tolérer une injure. Puis j’observerais d’autres hommes, comme Socrate et Lysandre, qui ont également fait preuve d’une âme noble et fière, et je reconnaîtrais qu’il existe encore un autre germe de fierté qui nous rend indifférents à la bonne comme à la mau-
ANALYSE
vaise fortune. S’il y a de la ressemblance entre ces deux qualités , je les réunis en une seule qui les embrasse l’une et l’autre ; s’il n'y en a pas , je les laisse séparées. Par conséquent , l’observation doit nécessairement précéder la classification *. Cette méthode n’est pas seulement propre à la définition , elle est aussi la seule qui puisse nous conduire à la solution d’un problème 5 et , en général , tous les faits particuliers doivent être expliqués par les faits généraux auxquels ils sont immédiatement subordonnés , et ceux-ci ne peuvent être connus que par l’observation et la comparaison des premiers.
Avant de terminer son traité de la démonstration , il semble qu’ Aristote éprouve le besoin de
* Ch. 12 et 13. — Eis oè ro xaTOTX6’j<ü;av Spov Sex roû Stxtpsoiuv , Tpi'uv SiT <jTOx4Çto0xt , etc. — — Z^tuv Stî tmËi.imvrix erci î/zotxxxl àSwitpopa TTpWTOV n onravra txut&v clouai.... otov ét ri tint fity aioi]/ûx la 1 etc.
Le chapitre quatorzième n’est guère que la répétition des deux précédents. Il traite de la relation de cause à effet ; il prouve que chaque chose doit être expliquée par la cause la plus prochaine. D’où résulte que toute science doit s’appuyer sur des définitions ( mfcrat « imsniptai St ôpfa/xoj yivovrxi). On Teut sans doute parler des sciences de raisonnement.
soulager sa conscience d’un poids importun.
Ayant établi qu’il est impossible de rien démontrer , si l’on ne part de certains principes universels et évidents par eux-mêmes ( on fùv hvx èvàéyjToct ÈrtVraorSai oc ànodecc-ecûç pri ytvwîrxovn ràç Tcpôtraç apyài; r àç àaïToyç ), on dirait qu’il craint que cela ne ressemble un peu au système des idées innées , contre lequel il nous a déjà prévenus plus d’une fois dans le cours de cet ouvrage. Il essaie donc de se mettre à l’abri d’un tel soupçon. Les principes , dit-il , ne sont pas des connaissances toutes faites dans notre esprit, qui surpassent toutes les autres en vérité et en clarté ; mais nous les faisons nous-mêmes, et voici comment : nous commençons par saisir les choses individuelles et les faits particuliers , au moyen de la sensation. Ces premières données demeurent dans notre esprit , et la sensation devient ainsi la condition du souvenir. Puis les mêmes souvenirs fréquemment reproduits donnent naissance à l’expérience. Enfin , en recueillant ce qu’il y a de commun entre tous les objets de l’expérience , en nous élevant successivement d’une généralité à une généralité supérieure ,
ANALYSE
nous obtenons tous les principes de la science et de l’art : ceux de l’art , quand nous cherchons à produire , quand nous entrons dans le champ de l'action } et ceux de la science , quand nous restons dans les limites de la spéculation. Il est donc évident que toutes nos connaissances nous viennent de la sensation } mais nous avons en nous la faculté de les généraliser et de les élever au rang des principes par le moyen de l’induction. Cette faculté inductive et abstractive , s’il m’est permis de l’appeler ainsi , c’est l’intelligence (vous), que l’on considère dans le traité de l’âme comme une force immatérielle et immortelle. Il est à remarquer qu’elle joue absolument le même rôle , qu’elle porte le même titre, dans le système d’Aristote, que la raison dans celui de Kant: elle est la faculté des principes ( dos V ermœgen der Principien ). Cette théorie , que l’on retrouve tout entière dans les premières lignes de la Métaphysique , est donc très-bien formulée par le fameux adage de l’École: Nihil est in intellectu quod non priùs fuerit in sensu. Et même , on ne blessera pas plus la vérité historique que la vérité philoso-
phique , en y ajoutant cette sage restriction de Leibnitz : Nisi ipsc intellectus *.
Et nous , avant de quitter cet ouvrage si compliqué par ses innombrables détails, mais qui renferme ce qu’il y a d’essentiel et de vraiment original dans la Logique d’Aristote, nous croyons qu’il est nécessaire d’en retracer en quelques mots le dessin général.
Le traité des Analytiques doit renfermer toute la science de la démonstration , et tel est le titre sous lequel il est expressément désigné.
Cette science est divisée en deux parties si bien
' Mon bat n’était pas seulement d’analyser; j’ai voulu expliquer le chapitre qui renferme cette théorie. C’est le dernier et sans contredit le plus important de l’ouvrage. On pourra du reste juger de ma fidélité par les textes suivants, qui en représentent la substance : Ex ptiv olv ànOr,izus -/ivmn yxvA/xv) , ùamp Xé/ouev : ix ôt uvxptxç jroMixcs to ü àuroû yvsoutvr.z ifimipla ; eu yàp ItoMuxl pnMpioti rtÿ ipiGpiû lu7rup(a pii* te-iv 5 ix ôl ijxnupUl r, ix rravrbi xptpwiaxvTOi toS xafliioj iv Tif 4 , ' J X. 1 f toû tvo{ 7rapà ri iroXXà , 5 iv iv irromv iv iv>f ixtlvoe; rô àvri , Ti£V7}i àp^A
xeti Imarf^/ÀTS SüXov Sri ®Tt nptt» r* Trpûra inqupf yvop iÇ«v
Avayxxtov ; xai yàp V £io8r,jis ôimo tô xxGo/.ov iftmiu.... imi 5 ÔJîiv à.\r,Mcnpov Iroi/iTxi sivxt ImzT^jr.z >j yoüv , voû{ iv «7] tüv
4pj(üv.... voûî litijrSpw àpx»i (ch. 15, liv. 2 , deuxièmes Analytiques).
ANALYSE
distinctes qu’on pourraità la rigueur les considérer comme deux traités à part. Dans le premier il n’est question que de la forme de toute démonstration , ou du syllogisme 5 dans l’autre on s’occupe de la démonstration elle-même , c’est-àdire, de ce qui en fait le fond et la base.
Dans le traité du syllogisme, vulgairement appelé les premières Analytiques, on considère trois choses : c’est d’abord l’ensemble de sa construction , puis les matériaux qui doivent y entrer , et enfin le moyen de les dégager de tout ce qui leur est étranger ou de les ramener à leur forme scientifique , quand ils ne sont pas clairement et explicitement désignés.
Le traité de la démonstration proprement dite, vulgairement appelé les secondes Analytiques , se divise en deux parties, dont on a fait deux livres : le premier s’occupe des principes et le second des définitions. Or , les définitions et les prin— cipes.sont, dans le système d’Aristote, la base et le fond de toute démonstration.