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1 400 ? Sâmkhya »
Répétons que l'on commettrait de graves méprises en restituant la philosophie de l'Inde selon une chronologie de ce genre, même fondée sur des certitudes historiques. Par exemple, bien que les Yogasûtras paraissent imputables au v^ siècle, on ne saurait douter que les Yogâcâras du iv^ siècle aient connu une doctrine yoga très évoluée, puisque leur nom s'y réfère: au surplus le Mahâbhârata, aux abords de notre ère, fourmille d'allusions à cette doctrine ; même le fondateur du Bouddhisme eut pour maître un yogin. Et encore : en dépit de la date exceptionnellement tardive des Sâmkhya Siîtras, le système Sâmkhya est fort ancien, puisqu'il procède, par delà les épopées, des antiques Upanisads; d'ailleurs, en ce qui le concerne, les stances ou Uârikas d'Içvarakrsna ont joué le rôle de véritables siîtras, peut-être aux abords de 200 ap. J.-C.
Pour obvier au danger d'une excessive confiance dans les données chronologiques, nous pourrions examiner les darçanas selon une ordonnance consacrée, qui les groupe par couples. Ainsi Yoga et Sâmkhya présentent certaines affinités, au moins tels que les épopées les présentent. Vaiçesika et Nyâya, voués à l'épistémologie et à la logique, étaient prédestinés à s'associer : de fait ils fusionnèrent. Vedânta et Mîmâmsâ revendiquent de communes origines védiques, et le Vedânta prend volontiers le nom de seconde Mîmâmsâ (Uttara M.), par opposition à la Mimânisâ tout court, ou Première (Piirvâ). Mais alors, bien que l'on respectât cer-
taines traditions, on ferait trop bon marché de l'histoire. Le Vaiçesika est antérieur au Nyâya, la Mimâmsâ antérieure au Védânta. Les plus anciens systèmes, sans conteste possible, sont cette exégèse des Védas, la Mimâmsâ, essentiellement brahmanique; les doctrines réalistes, d'inspiration indépendante, par exemple ksa,triya, en tout cas sans caractère brahmanique bien accusé : le Vaiçesika et le Sâmkhya; une pratique très primitive, le Yoga, qui en fait ne se relie à la pensée d'aucune caste particulière. Voilà, sans que nous ayons le droit d'établir entre eux une gradation, les facteurs qui dominent du plus haut et du plus loin la totalité de l'intelligence indienne.