III. Samkhya et Yoga. Gaudapada, Vyasa
Vâcaspatimiçra.
Au cours de la période envisagée l'histoire du Sâmkhya n'est marquée que par des commentaires ("^) sur la Sâmkhya-kâriklJ dûs l'un à Gaudapâda {début du viii^ siècle), le Bhâsya; l'autre à Vâcaspatimiçra, la S. fattvo-kaumud' (850).
Le commentaire de Gaudapâda, qui passait naguère pour l'original de la version chinoise par Paramârtha (499-569) du commentaire de la «S. kârikâ, n'apparaît, depuis un travail de Takakusu, qu'un décalquB lucide, mais simplifié, du texte de Paramârtha.
La S. tattva-kau'tnudï fut à travers l'histoire le principal commentaire Sâmkhya. Vâcaspatimiçra y fait preuve de sereine objectivité; sans attaquer ni défendre la doctrine (sur kâr. 51), il montre à quelles difficultés ou objections répondent les stances. Il précise ainsi, à propos de la kâr. II, l'attitude réaliste en face des Yogâcâras; à propos de 33, la théorie du temps en opposition à celle des Vaiçesikas; à propos de 56, il discute les théories des Védântins, des bouddhistes, des Yoginssur la cause première. L'activité vitale bii paraît résulter non du manas seul, mais aussi de l'ahamkâra et de la buddhi.
l'ère des grands commentateurs 209
Au même temps appartiennent les deux principaux commentaires du Yoga : le Bhâsya, attribué à Vyâsa (yii^ ou viii^ siècle) et sa glose, le Tattvavaiçâradï, par Vâcaspatimiçra ("*). Quoique ce dernier montre ici la même impartialité que dans ses autres œuvres, son vocabulaire suffit souvent à témoigner d'une évolution des idées. Ainsi, quoiqu'il ne tende pas expressément à compléter le Yoga par la métaphysique sâmkhya, son emploi du mot vyakti au lieu du terme vrtti atteste une assimilation latente du citta des Vogins à la prakrti dynamiquement changeante des Sâmkhyas. L'Européen qui chercherait trop obstinément, à travers de semblables œuvres, des traces d'évolution dogmatique, risquerait souvent de faire fausse route; contre un tel préjugé nous devons nous tenir en méfiance, surtout lorsqu'il s'agit d'efforts qui procèdent non de partisans convaincus d'un système, mais d'esprits qui s'appliquèrent, en guise de gyinnastique intellectuelle, à en scruter l'économie interne.