‹ Esquisse d'une histoire de la tragédie françaiseChapitre 10 sur 88 · VII. L'Ecossaise, de Montchrétien · texte numérisé non relu

VII. L'Ecossaise, de Montchrétien

Voilà sept pièces où l'on peut prendre une idée, el la meil-

leure idée, de la tragédie française de la Renaissance, telle que l'école de Ronsard l'a conçue, et de ses diverses espèces.

Il faut les lire pour juger comment l'intérêt des sujets est traduit par le style et les mètres.

Caractéristiques individuelles. Jodelle manque de talent. Grévin et de la Taille, médiocres écrivains, assez gauches. De la Taille a un véritable instinct dramatique. C'est le plus homme de théâtre de tous. Simplicité large, éclat sincère de Desmasures.

Eloquence nerveuse, pathétique puissant, dans la rhétorique surabondante de Garnier: goût excessif, mais souvent heureux, de l'antithèse. AjàJi-*-^-\

Sensibilité touchante de Montchrétien, non sans mignardise et mollesse: lyrisme abondant, souvent frais et délicieux.

Pour sentir le progrès réalisé dans le passage des Mystères à la Tragédie (ou, si l'on veut, le changement), comparer Saûl le furieux, ou mieux David combattant, aux parties correspondantes du Mystère du Viel Testament.

[Pour Saiil, Viel Testament, vers 30,372 — 30,866, t. iv, p. 145 et suiv.

Pour David, Viel Testament, vers 29,490 — 30,117, t. iv,. ■p. 105 et suiv.]

Cette comparaison fait apparaître le caractère artistique de la tragédie, et comment le style y devient le moyen principal de l'art.

(a) Ce n'est plus l'histoire sainte en images, mais une idée préside à l'usage des données de la Bible et organise l'œuvre tragique.

(b) Le dialogue n'est plus réduit aux paroles nécessaires pour expliquer le tableau, la gesticulation et les mouvements des acteurs; mais on y trouve un style, c'est à dire la recherche d'une beauté spéciale dans l'emploi des mots, et l'utilisation du langage pour faire apparaître les mouvements cachés de la vie intérieure.

Moins de vie, de mouvement, de réalité; mais plus d'art, plus de pensée, plus de poésie.

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