III. La question des unités
(a) Unité d'action. Réalisée presque automatiquement. Cependant on admet l'unité d'une misère faite de plusieurs
catastrophes frappant sur la même victime: [Garnier, Anligone];
conception opposée au sens classique ultérieur.
(b) Unité de jour. Première règle conçue clairement d'après la Poétique d'Aristote. Elle est généralement observée, et on souligne ce respect.
[Jodelle, Cléopâtre captive. — Desmasures, David Combattant.— Rivaudeau, Aman, Avant parler.]]
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Cependant on y manque parfois; [G. Bounyn, la Soltane]
ou bien on laisse la chose dans l'indécision [Garnier, Porcie, Cornclie]
(c) Unité de lieu. Castelvetro, 1570, et Jean de la Taille, 1572, sont les premiers à la formuler nettement.
Mais elle est déjà pour Scaliger, 1561, une suite de l'unité de jour; et Rivaudeau, 1566, indique la tendance et l'interprétation qui triompheront au xviie siècle. Mais la majeure partie des poètes n'ont pas de doctrine nette.
Les questions ne se posent pas pour eux comme pour nos oit emporains. Ils n'ont pas les mêmes préoccupations de f éalité exacte.
Dans l'état embryonnaire des études d'archéologie théâtrale, le modèle grec ne se localise pas clairement.
Le poète français fait venir sur la scène les personnages dont il a besoin: il n'a pas souci de préciser le lieu. Tantôt il l'indique, quand sa source l'y invite, ou que la nécessité l'y force; mais souvent il ne l'indique pas.
Assez souvent le sujet suppose une pluralité de lieux. Ne pas conclure que l'auteur a en vue le décor des mystères, la décoration simultanée.
[Jodelle, Cléopâtre captive. — G. Bounyn, la Soltane. — Garnier, Porcie.]
Mais une certaine pluralité de lieux est permise par le décor classique de Vitruve, tel que Serlio l'interprète.
[Cléopâtre, les Juives, Cornélie s'y réduisent aisément.]
Ou bien on laisse la chose — peut-être sans même y penser — dans l'indécision et la confusion.