VIII. Conséquences des unités
(a) la concentration du poème dramatique;
[Les unités la rendent plus rigoureuse, et forcent les résistances. Mais Corneille y allait de lui-même sans savoir les règles: structure de Mélite.]
(b) élimination des modèles espagnols trop irréguliers;
(c) mais aussi difficulté de réduire aux règles les sujets offerts par la légende ou l'histoire; d'où peu à peu le mérite technique prend le pas sur la valeur humaine ou poétique:
(d) l'unité d'action entraîne l'unité de ton ; d'où l'élimination des scènes triviales et comiques, de la tragi-comédie.
Toute une esthétique est attachée aux trois unités.
IX. Avec elles, la société polie introduit les bienséances. Le modèle en est en elle; et on leur sacrifie la vérité historique. [D'Aubignac, t. i, p. 62, et 304-5.]
Elles obligent à tricher, à truquer, pour éviter les effets nécessaires des passions.
[L'Académie, sur le Cid (Corneille, t. xii, p. 469); d'Aubignac sur^Horace (t. i, p. 58-59); Corneille, sur le parricide d'Oreste (Discours, t. i, p. 80).]
La Mesnardière, Poétique, 1640, marque le moment où les manières de la société polie prétendent s'imposer à la tragédie: non seulement à l'expression, mais à la psychologie.
Les sujets violents déplaisent aux belles âmes, et les sentiments brutaux sont peu naturels.
[La Mesnardière, ch. v, p. 33; ch. viii, p. 225.]
Les rois et les amants sont condamnés à la politesse. [La Mesnardière, ch. ix, p. 243-252, et p. 294.]
Idéal socialement respectable; esthétiquement dangereux. Il introduit au théâtre une humanité et une dignité de convention.