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IV. Raisons en faveur des règles

(a) Part de la mode de l'italianisme; pédantisme des beaux esprits; snobisme du beau monde.

Ne pas exagérer cette influence, ni

(b) la part de la superstition de l'antiquité.

Plaidoyer des adversaires pour les modernes, pour l'indépendance du goût français, pour celle du sens individuel. Vives attaques contre l'antiquité.

[Laudun; Ogier; Scudéry; Traité de 1637; Mareschal — même Corneille.]

| Mais les défenseurs des règles conviennent que la raison Iseule doit décider, et prétendent que la raison est pour les règles.

[Chapelain (dans Arnaud, p. 337); d'Aubignac, Pratique (t. i, p. 20-21).]

(c) Accord de tous sur le principe de la vérité de l'imitation. La vraisemblance, loi suprême du théâtre.

[Mairet, Préface de Silvanire; Chapelain; d'Aubignac]

La vraisemblance est alléguée:

contre les règles (tant d'événements en 24 heures, en I

lieu),

[Laudun; Ogier; Traité de 1637;]

pour les règles (deux heures, un plancher de scène qui ne change pas),

[Mairet, Préface de Silvanire.]

Cette dernière conception de la vérité dramatique est matérialiste et mécanique plutôt que pittoresque ou poétique. Les objections faites à la vraisemblance des 24 heures conduisent à identifier la durée de l'action à la durée de la représentation. De même pour le lieu, elles conduiront à la salle unique d'un palais.

[Chapelain (dans Arnaud, p. 343); d'Aubignac, t. i, p. iio-iii; Corneille, Discours.]

V. L'extrême irrégularité du théâtre français rend sensibles aux yeux les conventions scéniques, et par là l'invraisemblance sensible à l'esprit.

[Pour le temps, cf. Racan, Lettre à Ménage (Bibliothèque Elzévirienne, t. ii, p. 317).]

La précision du décor simultané en rend l'invraisemblance

criante.

[Voir les critiques de l'abbé d'Aubignac, dans sa Pratique du théâtre.]

L'invraisemblance était voilée dans la comédie et la pastorale par la facilité de rapprocher des lieux fictifs, ou de choisir des lieux contigus. On assemble ce dont on a besoin dans un seul décor. Maison ne dispose pas ainsi des lieux historiques et illustres des sujets sérieux. La fantaisie géographique choque, au delà de certains limites.

VI. Le nouveau public, gens de cour et précieux, a moins de spontanéité d'impressions que le public populaire, moins

d'imagination, un esprit critique éveillé, le souci de la perfection technique, le sens du ridicule.

L'argument de la vraisemblance, appliqué à la réalité de la mise en scène du temps, est tout puissant sur lui.

Une fois éveillé, ce sens critique rejette toutes les solutions intermédiaires, et va aux interprétations les plus étroites des règles.

Il va au delà des 24 heures, à 12 heures, à une durée égale à la représentation.

[D'Aubignac; La Mesnardière, Poétique, 1640.]

Il rejette le décor italien; le large usage des rideaux; l'indétermination équivoque du lieu (Cid). Il mesure l'espace de l'action sur la grandeur réelle de la salle.

Minutie et scrupule de ce réalisme.

[La Mesnardière, ch. xi, p. 411 et 416; D'Aubignac, t. i, p. 93-95 et 109;

Chapelain trouve la prose plus vraie que le vers. (Dissertation publiée par Arnaud).]

VII. Mais le public, même poli, veut du plaisir. Et les poètes veulent le succès.

En vain les théoriciens méprisent-ils le plaisir.

[Chapelain, dans Arnaud, p. 346.]

Or les pièces nues des anciens, seules compatibles avec les règles, donnent moins de plaisir que les pièces qui ont la "variété des événements."

Accord unanime sur ce point.

[Laudun; Ogier; Traité de 1637; Mareschal. — Corneille, en tête de la Veuve. — Mairet, Préface de Silvanire.]

Refus des auteurs de sacrifier un beau sujet aux règles.

[Corneille, Au lecteur, 2e partie de ses Œuvres, 1648.]

La solution, préparée par Hardy et Tristan, fut trouvée par Corneille: placer les événements hors du temps et de l'espace, dans le cœur humain.

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