‹ Esquisse d'une histoire de la tragédie françaiseChapitre 51 sur 88 · Romanesque des sentiments · texte numérisé non relu

Romanesque des sentiments

L'amour partout, au-dessus de tout; seul mobile, seul caractère, seul devoir.

Toujours humble, tendre, empressé, respectueux, incapable de crime.

Quinault passe à côté des sujets de Racine (dans A malasonte, Pausanias, BeUérophon).

Où est le mérite de Quinault?

1. Elégance aisée du style. Agréable expression d'un idéal mondain de galanterie et de belles manières.

2. Quinault reprend la matière de la Pastorale, la peinture du sentiment ni comique ni tragique; la comédie de l'amour, naissant, timide, contrarié, inquiet, jaloux; conflit de l'amour et de l 'amour-propre ou du préjugé social; malentendus des cœurs. Ici, réelle originalité.

Les héros de Quinault sont des personnages de Marivaux en costume grec ou romain. (Stratonice; Pausanias; BeUérophon.)

Vérité particulière de cette peinture (par rapport à une société très polie et très artificielle). Parfum poétique de tendresse élégante et discrète: poésie de ruelle et de boudoir, de bosquets de Versailles.

C'est un retour vers la tragédie lyrique: l'action psychologique n'est plus le ressort de l'intrigue mais produit des émotions qui s'épanchent en tirades.

Ces tirades deviennent aisément des récitatifs ou des airs: l'opéra de Quinault n'est qu'un prolongement de sa tragédie.

D'ailleurs, pendant cent ans, l'opéra français demeurera réellement une tragédie musicale (soumission de la musique au drame).

Quinault et Corneille, si inégaux de génie, sont les deux points de départ de Racine.

Si

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