‹ Esquisse d'une histoire de la tragédie françaiseChapitre 52 sur 88 · I. Vers 1660 changement dans le goût public · texte numérisé non relu

I. Vers 1660 changement dans le goût public

La société polie se désintéresse de la politique et des matières d'Etat. La vie est remplie par l'intrigue et l'amour: l'amour seul (sauf pour le vieux Corneille) fournit la matière tragique. Evolution de la préciosité vers / 'honnêteté, la délicatesse sobre des manières et des sentiments. La galanterie fine remplace l'outrance héroïque; la fierté n'est plus l'idéal, mais l'amabilité; l'éducation du monde crée un "naturel" exquis. Mais sous le changement des manières, changement plus profond dans les âmes. Passage de la galanterie à la sensibilité.

[Autour d'Andromaque et Bérénice (1667-1670), les Lettres portugaises (1669), Zayde (1670), et bientôt la Princesse de Clèves (1678).

Cf. von Waldberg (71 14).]

La passion, maintenant, est sentie comme jouissance, non plus seulement comme impulsion: le sentiment, même douloureux, est la seule vie désirable.

En même temps, par trente ans de vie de société, et par une génération de chefs-d'œuvre, l'esprit français a pris confiance en lui-même. S'il garde le respect, très indépendant au fond, de l'antiquité, il rejette l'Espagne et l'Italie.

[Cf. Boileau, Art Poétique; le P. Bouhours (5399).]

Empire croissant de la langue et de la civilisation françaises, favorisé par le prestige militaire et politique de Louis XIV, et par l'état des autres littératures européennes.

[Cf. F. Brunot (3038), complété par des articles récents et par un tome v.]

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