‹ Esquisse d'une interpretation du mondeChapitre 10 sur 158 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

tation ne restera pas purement spéculative; elle passera dans la pratique par la force efficace qui appartient aux idées. Le réel appelant Tidéal et réciproquement, nous ne pouvons concevoir ni le réel ni l'idéal sans vouloir conformer 1 un à Fantre. — Bien plus, interpréter le monde, c'< st déjà le transformer en y ajoutant quelque chose qui n'y était pas d'abord compris : notre propre interprétation. Celle-ci est un microcosme qui vient se superposer au macrocosme: par là l'homme n'est plus seulement, comme le croyait Leibniz, un miroir de l'univers, il est un des agents de révolution universelle. Non moins que Thomme d'action et plus encore peut-être, le philosophe contribue, par ses idées, à l'histoire de l'univers.

LA PHILOSOPHIE ET LA SCIENCE AUX POINTS DE VUE DE L ETRE ET DE LA PENSÉE

Est-il vrai d'abord, comme le répètent volontiers nos positivistes et « phj'biologues », que, les sciences particulières s'étant détachét'S toutes du tronc de la philosophie pour vivre d'une vie indépendante, l'arbre antique et vénérable perde aujourd'hui sa sève, se dessèche et meure? La philosophie disparaîtra-t-elle au profit des sciences, seules qualiliées désormais pour interpréter le monde et la vie?

Il y a tout au moins, remarquons-nous d'abord, une chose qui ne saurait disparaître : c'est Vidée même de la philosophie comme recherche de ce qu'il y a de radical et à'itniversel dans la idéalité. Or cette idée exerce une action et tend à se réaliser ; si sa réalisation complète est impossible, sa réalisation progressive n't^st pas démontrée iuipossible. Par cela même que la conception de la philosophie est un idéal, elle est aussi une force; elle meut l'intelligence, elle meut toute l'âme et l'empêche de se murer dans aucune science particulière, pas plus que l'univers n'y est muré.

Mais la philosophie est plus qu'une idée; elle a, elle

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aussi, cA aura toujuurs sa ivalité, quelque iucouiplttc qu'on la juge; elle a sa iialure ^lléciliqlIe et sa valeur prcjpre, que la première tâche du philosophe actuel est de mettre eu pleiue luHiière.

La philosophie est, selon nous, le plus haut eflorl de cette volonté qui lait le fond de notre être et que nous avons proposé ailleurs d'appeler la « volonté de conscience », par opposition à la « volonté de vie » de Schopenhauer et à la H volonté de puissance » admise par Nietzsche. En effet, la philosophie est une tentative pour prendre conscience, aussi profondément et aussi largement qu'il est possible à l'homme, d'abord de ce qui constitue notre réalité propre, puis de celle des autres êtres et du monde entier. La philosophie pourrait se détinir : la recherche pro«;ressive de la conscience radicale et intégrale. Les savants positivistes de l'avenir, comme ceux du présent, auront beau traiter par le dédain ce qu'ils appellent la « maladie philosophique », la philosophie n'est pas une lualadie, elle est ce qu'il \ a de plus normal dans la volonté de conscience : l'ambition de tout embrasser et de s'unir au tout par la pensée, par le sentiment, par la volonté.

C'est à cette consriencc universelle qu'aspire déjà, mais sans pouvoir l'atteindre en sa sphère propre, la science ellemême. Supposez achevée l'optique, elle ne sulUra pas pour donner à un Sauuderson, outre la connaissance parfaite de toutes les lois de la lumière, la conscience de la lumière, du bleu, du rout;e, du vert et de leurs nuances. On ne peut pleinement coiUKiitre une sensation sans l'éprouver. La science ne peut donc être une connaissance complète du réel sans la conscience, parce que tous les éléments de la connaissance sont, en dernière analyse, des faits de conscience et tout les éléments de la réalité connaissable des faits révélés à la conscience. Mais, dans l'avenir comme par le passé, la conscience ne pourra jamais être appliquée à 1 interprétation du ré'el que par une étude cjui domine toutes les science* objectives : la philosophie.

La science dite positive d'un objet cherche ce qui constitue, non pas sa réalité pcupre, mais seulement ses relations. La phdosophie essaie et essaiera toujours de connaître

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