‹ Esquisse d'une interpretation du mondeChapitre 100 sur 158 · II. IIlKHARnUK KK.S DIVK.IISKS RF.I.KIIONS · texte numérisé non relu

II. IIlKHARnUK KK.S DIVK.IISKS RF.I.KIIONS

1° Le rapport de rimnime au principe suprême peut être considéré, en premier lieu, comme la dépendance de lliomme et du monde par rapport à une puissance absolue et inconnaissable.

C'est la religion de la puisstnicr, dans hKjuelle rentre la religion de Vinronnaissalde admise par Spencer (agnosticisme). Spencer élève au fond de sa conscience un autel au Dieu inconnu, Oeô> àyvoTTM.

Selon lui, le progrès même de notre connaissance aboutit à multiplier nos points de contact avec l'incomiaissable.

comme ragrandissement d'une sphère de lumière multiplie ses points de contact avec l'obscurité qui l'environne. Il y a un mystère éternel que la science ne pourra jamais pénétrer. Cest au fond la conception du noumène kantien, de la chose en soi opposée au monde des phénomènes et conçu comme une puissance infinie capable de les produire, comme une cause absolue.

Strauss et Lotze représentent la religion comme le sentiment de notre dépendance absolue par rapport à une puissance qui dépasse la nature.

Cette première conception religieuse est insuffisante.

Elle n'aboutit pas à Vidée d'un Dieu véritable, c'est-à-dire d'un être parfaitement bon.

Elle ne produit qu'un sentiment de dépendance voisin de la crainte; elle n'a que le sublime de \d. puissance, comme la mer en tempête ou la montagne couverte de glaciers. Elle ne justifie vraiment ni Vadoration, ni Yamoiir qui ne s'adressent qu'à une bonté infinie.

Primas in orbe deos fecit timor, dit Lucrèce. Les religions naturalistes ne se sont pas élevées au-dessus de l'idée d'une puissance absolue et redoutable, qui peut être la nature même aussi bien que Dieu, et inspire une horreur sacrée, sacer horror.

2" Le rapport de l'homme au principe suprême peut être considéré comme le rapport de l'intelligence humaine à une intelligence infinie, à une raison gouvernant le monde.

C'est la religion de l'intelligence, de la raison éternelle, du verbe éternel, Xô^^o:;. Elle est fondée surtout sur les idées d'ordre intelligible et de finalité dans le monde, de vérité intelligible et éternelle au-dessus du monde.

Cette conception religieuse est également insuffisante. Le déterminisme universel (avec le mécanisme qu'il enveloppe) ne justifie encore ni l'adoration, ni l'amour, malgré le mot des stoïciens : amor fati, reproduit par Nietzsche.

La finalité universelle elle-même, tant qu'elle ne prend pas la forme de la finalité morale, éveille, soit le sentiment de

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