I. L\ RELIGION. L\ RELIGION NATURELLE
La religion [religare, relier) est la représentation d'un lien à la fois métaphysique et moral entre nous, la société humaine, le monde entier et le principe de l'univers.
Son but est l'union des intelligences, des sensibilités, des volontés, par leur rapport avec une unité suprême, de nature essentiellement morale.
Elle aboutit donc, comme Guyau l'a montré, à la représentation d'une société luiiverselle unie par des liens moraux.
L'homme est un animal métaphysique, dit Schopenhauer, c'est-à-dire élevant au-dessus du monde visible un monde invisible, au-dessus du VQ\di\MV absolu.
D'autre part, l'homme est un animal moral, c'est-à-dire s'imposant comme idéal de réaliser la perfection de la bonté.
Par cela même, on peut dire que l'homme est un animal religieux^ la religion étant la croyance à un monde métaphysique et moral comme plus vrai et plus réel que le monde de l'expérience et même de la science positive.
(1) Nous reproiluisons cet article et le suivant — écrits l'un et l'autre en janvier 1912 — tels que nous les avons trouvés (lnn> les manuscrits. La forme que l'anleur lui-même leuravait donnée semble imliiiuer qu'il s'atrissait dans sa pensée de sommaires préparés en vue de chapitres futurs des Equivabmts p/iilosophtques de la Itelifjioii, diml celie élnûe en lacconrci de la Religion naturelle devait sans doute constituer l'indispensable introduction. ',E. U.)
LA HKLir.ION NATCItiaLK. Ml
Univcrsali.tr et /jf'rr/tniff' fin sonlimont rt- lii-'iciix et de l'idée religieuse.
Ce sentimenl et cette idée ont pris la forme :
1° Des religions suniatiircllcs^ reposant sur la croyance à une connnunication mystérieuse et même miraculeuse avec des êtres supérieurs, ainsi qu'à une révélation de ces êtres à l'honinie (mystères, miracles, révélation, conséquemment (lofjmes et rites, tels sont les éléments des religions surnaturelles révélées, appelées aussi religions positives .
2° De la religion ivilnrcHe.
(In peut définir la religion naturelle : ime rclifjion purrmoit rationnelle cl morale, ou, selon le mot de Kant : la religion dans les litnites de la raison (indépendamment de la foi à uiie révélation surnaturelle et miraculeuse).
En appelant naturelle la religion dans les limites de la raison, Kant n'exelut ni la scnsiljilité ou le co'ur, ni la volonté et l;i moralité ; au conlraire. On jionrr.iit même dire que la religion naturelle est la religion dans les limites non seulement de la raison, mais aussi de la sensibilité et de la volonté morale. Elle est donc la métaphysique et la morale fondées sur l'idée, l'amour et la volonté de la perfection infinie ou de Dieu.