‹ Esquisse d'une interpretation du mondeChapitre 105 sur 158 · I. — L'arulmkm métaphysique · texte numérisé non relu

I. — L'arulmkm métaphysique

L'argument métaphysique par l'indestructibilité de l'être (substance eu cause peut se décomposer en deux parties.

1" Arijiinioit métaphysique s}(hjcrtif dr Vin ion.

\) Shnplicili' kt\ /V/^';i///(/ de l'être conscient. Impossibilité de la dècompoi^ilion. [Phédon.'

Réponse de Kant : 1 ! Possibilité de Vc.rti/iction par affaiblissement et suspension de l'activité intellectuelle et volontaire ;

2) Insultîsance d'une imniurtalité purement substantielle ou causale ; continuer de faire partie des substances ou des causes, ce n'est pas continuer d'exister comme personLe conscient»' et libre.

Héplique de IMatun. d'Aristote et de Spinoza : » Vclre, la su/fs(.-nirt\ la causalité réside dans la pensée même, nun dans une sorte de matière inmnnxe »'t étrangère à la pensée, indéterminée et indéterminablt\ Platon dit : l'essence de l'âme est la pensée de la vérité infinie et éternelle; L'î\me partirip.' à l'étt^rnité de son objet, avec lequel, au fond, elle ne fait qu'un.

Aristote dit : Vucte essentiel de 1 âme, c'est la pensée, et la pensée de la pensée. L'ime est innnortelle dans son acte

le plus élevé, indépendant de la matière, et ses opérations inférieures, sensations, souvenirs, images, passions corporelles, appétits, sont seules périssables.

Enfin Spinoza dit : nous sommes des modes de pensée et d'étendue appartenant à la substance éternelle : tout ce qui correspond au corps est périssable ; mais il y a, dans la substance éternelle, une idée éternelle de nous-mêmes, qui constitue notre vraie réalité et que nous-mêmes concevons lorsque nous nous représentons à nous-mêmes, sous l'idée de Téternité, siib speci œterni. Nous vivons, dans celte idée divine, d'une vie éternelle : senthnus^ experimur nos esse œlernos. Il s'agit d'ailleurs, non d'une durée dans le fe?nps, mais d'une existence intemporelle et éternelle. Nous vivons,, dès cette vie, cette existence par la vertu.

On objecte : cette immortalité métaphysique et panthéiste nous laisse l'éternité, mais semble nous enlever la persoJinalité.

Les philosophes allemands répondent : Il faut distinguer l'individualité, dont nous ignorons la nature [individuum ineffahilé), mais qui semble tenir, comme Aristote l'a montré^ au corps, au point de l'espace et du temps où nous sommes, d'avec la personnalité, qui tient à la raison concevant l'universel et l'éternel. En mourant à la vie sensible, mais pour vivre d'une vie rationnelle £t intelligible, nous perdons l'individualité physique en gardant la personnalité intellectuelle.

Les Chrétiens eux-mêmes considèrent l'immortalité, nc'u comme une vie continuant de s'écouler dans le temps, mais comme une vie supérieure au temps, tout intellectuelle et divine et qu'ils appellent la vie éternelle, vita œlerna. Kant, Hegel, Schopenhauer, Lotze admettent cette conception.

Mais cette immortalité toute métaphysique conserve un caractère à la fois trop élevé et trop problématique pour satisfaire entièrement les aspirations de l'homme, qui veut conserver quelque chose même de son individualité et surtout de l'individualité des autres avec lesquels il a vécu.

De là les doctrines qui insistent sur le côté individuel de

l'immortalitk; DK L'AME. 403

rimiiiùrlalité, iiiùmo métaphysique. Ces doctrines ont trouvé leur complète expres>ion chez Leibniz.

2" Art/)(mf')if métap/iijsirjuc ohjectif di Leibniz.

Leibniz, par l'analyse de Filtre tel que nous le connaissons dans l'expérience, arrive à poser des imités d'être simples et identiques, des indirisid/es ou individtc;, dont nous trouvons le type en nous-mêmes, comme Platon l'avait vu, mais que nous sommes obligés de supposer aussi partout, même comme éléments derniers de ce que nous appelons les corps et la matière : corpus, jnens momenlanen.

Sans les indivisibles, sans les monades, atomes spirituels inétendus, distincts des atomes étendus, les composés seraient composés de composés à l'infini sans rien de composant., ni de vraiment existant. De là la monadologie.

Or, 1° les individualités simples et primitives, ou monades, sont indestructibles. Elles ne peuvent ni naître, ni périr autrement que par un mirach surnaturel que nous n'avons aucune raison de supposer.

2° Aucune monade n'a une existence isolée : elle est essentit'Heinent représentative de l'univers en général et, plus particulièrement, de l'ensemble de monades auxquelles elle est liée et qui forment ce que nous appelons le corps.

Il n'y a donc, selon Leibniz, d'autre esprit par, sans corps, que Dieu, Tous les autres esprits sont liés à une matière plus ou moins grossière ou subtile.

Aussi ne devons-nous pas considérer comme les seuls corps possibles ceux que nos sens nous font voir ou toucher. La matière est susceptible de transformation à l'intini et existe sous des formes infiniment plus subtiles que celles qui nous sont connues.

Nous n'avons aucune raison de croire que notre mode d'existence spirituelle et consciente, actuellement lié à un organisme encore grossier, soit le terme de la nature entière et le suprême développement de lêlre. Tout, au contraire, nous fait iiiduirr que des formes supérieures de vie et de

pensée doivent exister et que le développement des monades est sans limites.

La naissance et la mort sont des moments du développement des monades ; ni la naissance n'est une vraie création^ ni la mort n'est une vraie annihilation. L'individualité ou monade est donc, selon Leibniz, immortelle.

Objection. — Cette individualité indestructible ne semble être encore qu'une existence impersonnelle., analogue à celle des atomes matériels, s'il existait des atomes. Ce qui nous importe, c'est la subsistance de la personnalité.

Réplique de Leibniz. — La personnalité est en germe dans toutes les monades, dans tous les individus dont se compose le monde, mais elle y est plus ou moins développée.

Or, tout degré de développement est acquis et indestructible lui-même comme la monade, parce que rien ne se perd dans la nature, non seulement en fait di'èire, mais même en fait de qualités positives et de derjré de développement.

Les qualités., en effet, ne sont autre chose que des perceptions et appétitions par lesquelles la monade reflète plus ou moins clairement l'univers et, en particulier, le corps.

Ces perceptions peuvent être « confuses et enveloppées » ou, au contraire, «distinctes et développées», mais elles subsistent toujours, fût-ce sous une forme latente, parce que leurs conditions extérieures, amenées par le déterminisme universel, subsistent elles-mêmes et ne peuvent tout d'un coup être anéanties. A'^/wrt non facit saltus. Il y a loi de continuité.

Il existe seulement des périodes d'enveloppement et des périodes de développement, avec passage de l'une à Tautre, ou transformation et métamorphose.

La métamorphose est une autre loi générale de l'univers.

Elle a deux effets notables, la naissance et la mort, qui ne sont qu'apparentes, et qui consistent dans de simples crises de transformation, entraînant la monade dominante dans des tourbillons nouveaux de monades, — nouveaux en partie seulement.

LMMMOHTAI.ITK DE l/AMH. i05

De ces considérations sur les lois de la nature, Leibniz conclut que la monade est indestructible, non seulenieiil dans son être, mais dans ses qualités ou perceptio7is et appétitions ; qu'elle traverse des périodes d'oubli et de renveloppement, mais qu'elle peut toujours retrouver s^s souvenirs et se développer de nouveau sans j)erdre ce qu'elle avait précédemment acquis, surtout quand elle a acquis un développement de degré supérieur, une vie vraiment spirituelle.

De là une immorlalité ù la fois individuelle et personnelle, qui consiste dans ■■ un progrès à l'infini vers de nouvelles perfections ».

Ce n'est plus seulement la vie élcrnei/c, c'est encore une vie vraiment innnorlclk' dans la durée.

En un mot, aucune substance ne se perd ; aucune qualité ne se perd ; aucune cause ou activité ne se perd, aucun effet ne se perd. Il y a simplement composition de causes et transformations d'effets.

Celte haute conception conserve pourtant le caractère problématique des doctrines relatives au fond de l'existence et de l'action.

Ke.m.vuoik. — Les recherches récentes:

1° Sur la nature du système nerveux ;

2" Sur les états inconscients et subconscients :

3" Sur riiypnolisme, sur la transmission à distance des pensées et volonté.-^, sur les hallucinations télépalhiques et véridiques ;

4" Sur les états divers de la personnalité et sur ses dédoublements possibles, sur récriture automatique, surlamédiumnité (ou activité inconsciente des médiums' ;

Toutes ces recherches vont dans le sens de Leibniz et nous empêchent d'aftirmer que les conditions ordinaires de la pensée à nous connues sont les seules existant dans le monde.

Le s[)irilisme. partant de ces recherches, va jusqu'à croire po.^sible une comuumication avec les esprits des perstumes

406 APl'KNDICK.

décédées. Aucun fait n'a établi une pareille communication. Supposons cependant qu'un jour ou lautre des communications de ce genre soient constatées (pure hypothèse) ; il faudrait bien alors que le matérialisme reconnût qu'il s'était fait une opinion prématurée et exclusive sur les conditions de la vie psychique et sur l'absolue nécessité du cerveau à nous connu pour l'exercice de la pensée.

La possibilité de ces hypothèses prouve que ni le matérialisme ni le spiritualisme ne sont prouvés parla science.

H. — L'argument psychologique.

V^vgumewipsycJiolorjiqiic^ViY la fmalité et la destination de l'àme peut se formuler ainsi :

Vue en sens inverse, la série des causes et effets apparaît comme fmalité interne.

Cette finalité interne est visible, chez les êtres vivants et surtout pensants, dans Y harmonie mutuelle des organes et des fonctions.

Il y a en nous des fonctions psychologiques qui ont pour objet manifeste la conservation ou le développement du corps, la vie physique.

Ces fonctions n'enveloppent pas l'idée de l'indestructibilité. La partie de nos idées, de nos sentiments, de nos tendances, qui est relative au corps, peut donc être périssable ou transformable au point de devenir méconnaissable.

Cependant, Leibniz n'admettait pas, nous l'avons vu, que rien pût se perdre dans une monade dominante, même de ce qui a trait au corps, c'est-à-dire au tourbillon de monades auxquelles elle est plus intimement liée.

Toujours est-il qu'il existe chez l'être conscient, chez la personne, des opérations qui ont une fin supérieure au corps, une fin qu'on peut dire infinie, c'est-à-dire universelle, immense, éternelle et parfaite. La personne tend à la perfection infinie :

Page 1