‹ Esquisse d'une interpretation du mondeChapitre 13 sur 158 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

géant les qualités communes qui le rattachent aux autre»

êtres

Il est à remarquer que la qualité n'est jamais immobile et, pour parler le langage d'Auguste Comte, « statique » (j). Elle est toujours « dynamique » et en voie de changement. L'être, avide de la variété et de l'accroissement, a une tendan'-e perpétuelle à passer d'un certain mode de qualité à un autre, et d'une conscience plus pauvre à une conscience plus riche ; c'est cette tendance interne, cette volonté de conscience, qui est le vrai principe de révolution. Elle est, selon les expressions que nous avons jadis proposées, « l'évolution en train de s'accomplir » par contraste avec « l'évolution accomplie » et toute faite, que la science positive étudie. Son élude n'est donc plus du domaine de la science positive, qui ne considère que les résultats; seule, la philosophie étudie le mouvement interne de l'évolution et montre que, en dernière analyse, ce mouvement est de nature psychique. 11 est Tinquiéludc de l'être qui s'agite en vue du mieux, qui aspire à la conscience croissante et plus pleine. La seule évolution véritable, celle qui est oi train de se faire et non toute faite, ne se constate que dans l'existence consciente. Elle est l'incessante « appétition » qui fait la vie mentale.

De la considération du changement évolutif, passons, maintenant à la considération de l'activité qui l'explique. Nous aborderons ainsi une catégorie nouvelle et importante : celle de la causalité. La science positive, en interprétant l'évolution cosmique, s'en tient aux lois extérieures et superficielles du changement, c'est-à-dire : 1" aux formules purement quantitatives (mathématiques et mécaniques), dont Descartes a montré l'importance ; 2" aux furmules purement empiriques de « concomitance » ou de « séquence » dans l'espace et dans le temps, sur lesquelles Stuart Mill a tant insisté. Non seulement la science ne cherche pas une source pren)ière d'où descendrait le torrent des phénomènes, mais, dans ce torrent même, elle se borne à constater l'ordre selon lequel les lluts coulent, puis à soumettre au calcul la régularité qui se cache sous les sinuosités du cours.

(1) C'est nii poini, que nous avons établi il;iiis ÏEvolutionnlf^me des hlcrsforces .

INTHODLOTION. xxix

Pour cela, comme Hcrthelot Ta bien fait voir, la science n'a à sa disposition que deux données : la inassc des éléments et la nature de leurs mottvcmenfs. Or, «die ne pourra jamais tirer de là une explication vrairntMit causale. Kn effet, la masse scientifiquement considérée n'est encore elle-même qu'une fornude de mouvements possibles, en résistance à d'autres mouvements possibles : les '< éléments » matériels ne sont que des arrêts provisoires dans la régression à Tiidini, et on les formule géométriquement pour en faire des atomes jusqu'à nouvel ordre indivisibles : enfin la natin-e des mouvements ne cour-iste qu'en leur vitesse, en lein* direction, en leur composiiion, toutes choses d'ordre spatial et temporel qui se traduisent encore en pures formules.

Même dans l'ordre biologique, le savant ne peut, pour ainsi dire, que tàter le pouls à la réalité vivante, compter les battements, en mesurer l'intensité et le rjtbme, exprimer le tout par un graphi(jue; mais il n'a pas à rechercher la force cachée qui annne l'organisme; il n'essaie pas de saisir la vie dans >a causalité mystérieuse.

Le philosophe, lui, à ses risques et périls, doit se poser le grand problème de la prodnctio)i et de l'activité vraiment causale. Il doit chercher, au moyen de l'expérience intérieure, à remplir en quelque sorte cette idée de cause qui est toujours restée vide pour le savant et à lui doimtr enfin un contenu positif. Au delà du monde vulgaire des apparences sensibles^ au delà du monde scientifique des lois abstraites, le philosophe a pour tâche de pénétrer et d'interpréter lui troisième monde, le seul véritable, celui des activités réetles. Or, ces activités, il ne pourra jamais se les représenter que par analogie avec rnni(]ue espèce de causalité que nous puissions prendre comme en llagrant délit d'action, à savoir la nôtre, qui se rév«île à soi dans la volonté iidiérente à notre être, (l'est là que le réel palpite en nous et pour nous: c'est là qu'il «ievieiit nous-mêmes; il est en nous sensation et appelition, en d'autres termes, passion et action.

Dès lors, en présente de fous les autres êtres, nous n'avons ((ne deux partis possibles : ou les laisser à l'ét.U d'X absolument indéterminés, ou bien )mttotis niutandis^ les figurer connue d'autres noas-tn''/)f.f's h des degrés très

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