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tenant, commencent à agir au sein de votre organisme. Et quand vous serez mort, il demeurera vrai que vous avez vécu et cessé de vivre. Nulle omnipotence ne pourrait anéantir cette vérité de fait qui survit au fait lui-même et le consacre en le perpétuant pour toute intelligence. Bref, quand on dit : qu'il n'y a point et ne doit point y avoir pour la philosophie actuelle de « vérités toutes fartes, » on abuse de l'ambiguïté, chère au pragmatisme : les vérités ne sont pas toutes faites dans nos intelligences, si vous entendez par vérités les rapports exacts qui se produisent entre notre intelligence même et les choses, c'est-à-dire, au fond nos connaissances ; mais, si vous entendez par vérités les rapports intelligibles qui sont immanents aux réalités mêmes et affirmables pour toute pensée, n'y eùt-il de fait aucune pensée pour les affirmer, on peut dire alors que les vérités sont toutes faites ou préformées avec les réalités mêmes et dans les réalités. C'est seulement en ce sens que le platonisme doit être pris si on ne veut pas, au lieu d'une exposition fidèle, présenter une défiguration des systèmes qui admettent la radicale iiitelligibilité du réel, non pas pour nous, mais en soi et pour une conscience qui serait adéquate à la réalité même.
William James nous dit que « la vérité n'est pas une propriété stagnante des idées ». Mais quelle philosophie a jamais considéré la vérité comme une propriété stagnante? S'il est vrai que les corps pesants tombent dans le vide avec la même vitesse, il n'y a rien de stagnant dans leurs mouvements ni même dans leurs rapports; la vérité qui est dans notre affirmation est elle-même un rapport de conformité entre notre manière de penser, laquelle est une certaine action intérieure, et la manière dont les choses agissent extérieurement. Il n'y a là rien de stagnant, quoiqu'il y ait constance de rapports entre des actions changeantes. Irezvous donc jusqu'à répondre qu'il n'y a absolument rien de constant dans la nature ni dans la pensée et que, quand la fleur du matin est fanée le soir, la vérité de son existence cesse avec elle, s'abîme dans le même néant que sa réalité d'un jour? Non, il y a un rapport des choses à l'intelligence qui est différent de leur existence plus ou moins éphémère
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et qui les enrichit (rmie valeur qu'elles n'auraient pas par elk'S-nK'mes, (l'uue iiiteilifiibilité qui e^t vérité.
Les pra<^iiialistes imaginent un faux intellectualisme pour le réfuter; jamais aucun philosophe n'a prétendu faire consister la réalité dans des abstractions, jamais personne n"a considéré la vérité hors de tout esprit réel ou possible; les don Quichotte modernes vont jusqu'à construire eux-mêmes des moulins à vent pour le plaisir et l'honneur de rompre contre eux des lances dialectiques.
Le pragmatisme profitant de ce que l'homme ne peut pas, ne doit pas s'éliminer lui-même entièrement du monde dont il est partie et qu il interprète, conclut de là que ce qui doit être désormais la mesure de nos idées sur le monde, sur la réalité et sur la vérité, ce sont nos besoins et nos fins, comme si nous n'avions pas une autre mesure, celle-là objective : la pensée^ aidée de la sensation qui la confirme et lui donne le caractère d'expérience. Les pragmatistes ont beau parler sans cesse de l'expérience, ils la méprisent sans cesse, puisqu'au lieu de l'irilerroger, ils interrogent nos désirs intérieurs.
Sans doute la philosophie première n'a pas, comme la science positive, la ressource de la vérification expérimentale, mais ce n'est pas à dire que le choix des idées philosophiques doive être uniquement réglé par nos besoins ou désirs. Là où manque la possibilité de vérifier, la ressource du philosophe, à l'avenir comme dans le passé, sera de rechercher ce qui établit entre nos idées la plus grande concordance, de manière à ce qu'elles forment un tout bien lié, sans contradiction interne et où les principes contiennent la raison des conséquences. Là encore, la vérité est l'intelligibilité, la rationalité intrinsèque, à la(pielle l'expérience même est suspendue et sans laquelle l'expérience serait impossible. Quant à nos besoins pratiques, ils n'ont le droit de cité, en philosophie, que quand ils sont des besoins moraur, c'està-dire exprimant la direction essentielle do notre raison et de notre volonté, indépendamment de tout plaisir ou besoin. Mais alors on revient au point de vue de Kant, qui domine le point de vue pragmatiste de toute la hauteur du moral par rapport à 1' « utile » et au « commode ».