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L'INTERPRÉTATION DU MONDK PAR L'ÉNERGIE

t.!t des mouvciiients plus ou moins cachés par lesquels elle se manifeste. Le phénomène de la densité est la conséquence de la plus ou moins grande quantité intensive d'énergie qui peut se déployer dans un même espace et s"y traduire par im plus ou moins grand nombre de mouvements variés.

L'énergie est donc essentiellement la capacité de produire (lu travail mécanique, capacité appartenant à un corps ou à iMi système de corps. En mécanique, celte puissance eiiste <t ne peut exister que sous deux formes, l'énergie cinél/f/ifr ou actuelle et l'énergie potentielle; l'ensemble de ces deu\ énergies forme l'énergie totale. Les physiciens admettent sans doute, outre ces formes, d'autres formes diverses de l'énergie (calorifique, électrique, magnétique, etc.); mais ils sont obligés de les définir, soit par leur efFtt subjectif sur nos sens, soit par leur équivalence ou possibilité de transformer une quantité déterminée de l'une d'elles en une quantité déterminée d'une autre, et, finalement, d'énergie mécanique. De là, par txt'mjde, ce qu'on nomme l'équivalent mécanique de la chaleur; ce qu'est en elle-même la chaleur, voilà qui reste indéterminé. Or, dans un système mécanique soumis à des forces dépendant d'un « potentiel », on montre qu'une certaine fonction dépendant de la vitesse des éléments de ce système et de leurs positions est constante (théorème des forces vives) ; mais si, dans la nature, nombre de forces dépendent d'un p(»tenliel (forces de gravitation, forces élec- Iro-magnéliques), il en est un certain nombre d'autres qui n'en dépendent pas et dont les forces de frottement sont un exemple caractéristique. En même temps qu'apparaissent ces forces, nous voyons se produire des phénomènes calorifiques, électriques, etc.; mais aK»rs la fonction définie plus haut et prise elle-même comme définition de l'énergie du système, cesse de conserver une valeur constante. Le principe de la conservation de l'énergie consiste à admettre qu'on peut, malgré cela, trouver une fonction plus complexe que la précédente et contenant des termes qui tiennent compte de l'état calorifique, électrique, etc., des éléments du système, fonction

telle que sa valeur reste constante à travers les niodifications du système (1).

Quant à l'énergie potentielle, elle est vraisemblablement l'énergie cmétique d'un milieu inconnu, comme Hertz l'a mis en lumière dans son Essai de mécanique^ où il a repris et développé l'idée de « mécanismes cachés » de Leibniz. Dans une mécanique, en effet, qui, comme celle de Hertz, ne considère que le mouvement et ses lois sans prétendre remonter aux causes, la force n'apparaît que comme une certaine expression analytique. Or, si on considère un système libre que l'on décompose en deux parties, on est conduit à envisager l'action d'une des parties sur l'autre, et inversement, et l'on obtient ainsi des actions et des réactions directement opposées. Considérons de ce point de vue un système formé de masses visibles et de masses invisibles, l'énergie cinétique sera l'énergie des masses visibles, et l'énergie potentielle sera l'énergie des masses cachées ; mais au fond toute énergie sera essentiellement cinétique, donc, en dernière analyse, relative à du mouvement.

(1) Voir, dans le Vocabulaire philosophique, \'sv\^\ÛQ Enerqie. — Si un système ne se niodilie que par un moiiviMiient de ses jiarlies et par les aclions qu'elles exercent les unes sur les autres, il est naturel de penser, en vertu du principe de causalité, « les mêmes conditions enlrainent les mêmes résultais et supposent les les mêmes principes », que la capacité du système pour produire le travail reste la même, que la quantité d'énergie ou somme des énergies mécaniques et physiques reste constante sans ciéation ex tiihilo de causes nouvelles se traduisant par des énergies nouvelles. Nous sommes ici dans le domaine de l'inertie matérielle, où la création est encore plus inintelligible que partout ailleurs et suppose un commencement absolu sans aucune raison ou cause assignable. Celte cause ne peut èlie extérieure au système, puisque, par liypothèse, il n'est soumis à aucune influence externe. Elle ne peut être intérieure au système, puisqu'on suppose des forces inertes qui n'ont ni l'idée ni le désir de changement nouveau, et qui, eussent-elles cette idée et ce désir, ne les auraient que pour des raisons suffisantes et ne les réaliseraient que pour des raisons suftisanles. En un mot, la conservation de l'énergie est une manière de se représenter le déterminisme universel de l'interaction ou réci|irocilé causale. Nous ne nous représentons Tactioii des corps les uns sur les autres que sous la forme d'un changement dans le temps et dans l'espace, changement qui est finalement lié à du travail et du mouvement. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons tontes les raisons d'admettre la constance de l'énergie, et aucune raison d'admettre son inconstance.

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