IV. — L'EnKRGÉTISMK SClKNTIFlotE
L'énergétisme proprement scientiliqu(\ dont (.L-twakl peut être considéré comme un des plus éminenls représentants, nous parait sujet aux mêmes diflicultés aux(iuelles viennent s'en ajouter d'autres tout aussi graves.
« 11 n'y a, dit U^lwalil, ([ut> des changenieuls. dont le mouvement n'est qu'une e^pèce particulière. » — C'est là, selon nous, parler en philosophe, mais non en physicien. Le physicien ne s'occupe pas des changements en général, mais des changements qui s'opèrent dans les ohjots extérieurs. Or, ces objets, outre (]u'ils occupent une place dans le temps, en
136 ESQUISSE D'UNE INTK R l'RÉTATlON DU MONDE.
occupent une dans l'espace. C'est dans l'espace que leurs changements ont lieu, non dans le monde des esprits. Ostwald demande pourquoi on « sacrifierait » au changement local des changements tels que les variations de température ou les variations électriques. — Mais de deux choses Tune. Ou il s'agit des variations de nos sensations de chaleur et d'électricité, et alors nous faisons de la psycho-physiologie, ou il s'agit des variations des causes extérieures produisant en nous ces sensations, et nous faisons de la physique; mais alors, les changements électriques ou calorifiques ne sont plus saisissables que comme changements locaux ou par les changements locaux qu'ils produisent. Si la chaleur ne fait pas mouvoir mon thermomètre dans l'espace, si elle ne produit pas un mouvement de dilatation dans un corps, si elle ne produit pas du mouvement dans une machine, elle ne m'intéresse plus en tant que physicien, car elle ne produit plus d'effets vraiment physiques.
Mach demande, à l'exeuiple d'Ostwald, quel est ce privilège accordé aux notions de mouvement, de masse, de vitesse, qui les fait considérer comme fondamentales, tandis que la quantité de chaleur ou la charge électrique seraient subordonnées. — C'est que la quantité de chaleur ne signifie rien, si elle ne désigne pas, soit l'intensité de notre sensation de chaleur (auquel cas elle n'est plus du domaine de la physique), soit des mouvements pour nous mesurables ou du moins capables d'être repérés, comme la dilatation d'une barre de fer, du mercure d'un thermomètre ou tout autre changement local. De même, charge électrique n'est qu'une expression figurée pour désigner une quantité qui elle-même ne prend un sens physique qu'en se traduisant par des mouvements.
Mach objecte au mécanisme que tout processus mécanique produit en même temps des effets magnétiques, électriques et calorifiques. — Sans doute, mais ces derniers processus sont eux-mêmes mécaniques par le coté qui n'est pas purement sensitif, puisque magnétisme, électricité et chaleur