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ne se révMtTit, iiidi-poiiflamment de nos yeux, que p.ir des mouvements dans l'espace. 11 est donc vrai de dire que toute cause physique, en tant que- [iliysique, est une cause de mouvement et pas autre chose, donc une cause mécanique. Le petit démon imaginé par Maxwell aurait beau suivre pas à pas les molécules, il les verrait toujours poussées l'une par l'autre dans la clialenr et la lumière connue dans le choc visible ; il ne trouverait nulle i)art un hiatus mtttivanl l'intervention de l'énergie ex machina.
Certes, les phénomènes électriques ne sont pas entièrement assimilables aux phénomènes mécaniques que nous connaissons. On retrouve aussi quelque chose de spécial dans d'autres phénomènes tels que les phénomènes calorifiques. Nulle part ailleurs que dans la théorie de la chaleur, on ne rencontre rien qui rappelle la notion d'entropie. La température n'est pas semblable aux autres grandeurs jihysiques ; c'est la seule, parmi les grandeurs de la nature d'une tension, qui possède un zéro absolu et non pas arbitraire ; c'est aussi une grandeur qui ne peut pas être mesurée au sens propre du mot, mais simplement repérée. Pareillement, on no sait pas encore si les énergies électro-magnétiques sont potentielles ou cinémaliques.
Kn dépit de ces obscurités, qui tiennent sans doute à l'imperfection actuelle de nos connaissances, la considération des « mécanismes cachés » ne s'en impose pas moins à la science depuis un certain nombre d'aimées avec une force toujours croissante, la ramenant ainsi dans les vo'es de Descarles et de Leibniz.
Les énergétistes disent bien aux jiarlisansdu mécanisme universel : « Le mouvement cache que vous invoquez sans cesse pour rendre comptt^ des mouvements visibles est un deux c.r )}iachina, un aveu d'ignorance ». — Mais on peut répondre ((ue le vrai di-ns r.r tnachina en mécanique et en physique, c'est le recours à des forces, à des énergies, à des qualités, occultes, si elles sont objectives, et psychiques, si elles sont subjectives. Il n'y a pas de c/eus e.r machina dans
un raisonnement qui, d'un mouvement dans le temps et dans l'espace, conclut à un autre mouvement dans le temps et dans l'espace. Car, pourquoi un mouvement aurait-il telle direction et se produirait-il dans tel lieu et dans tel temps, s'il n y avait pas des conditions déterminées de temps et d'espace pour en rendre raison ? Est-ce donc que vous appelez deus ex machina l'appel aux raisons? Il ne s'agit pas ici de métaphysique : entendons-nous bien, il s'agit de mécanique et de physique. Les causes métaphysiques ou psychiques du mouvement sont en dehors de la question ; il s'agit en mécanique ou en physique de changements dans l'espace et dans le temps dont il faut trouver les lois ou raisons mécaniques ou physiques. Alors, que pouvons- nous mettre en avant, sinon des mouvements antérieurs ou concomitants pour expliquer des mouvements actuels ; et si (ies mouvements concomitants ne sont pas visibles, est-ce une raison pour ne pas les admettre ? Quand même vous feriez intervenir des énergies, des forces et tout ce que vous voudrez de scolastique, vous seriez toujours obligé de nous expliquer pourquoi les forces occultes ont agi ea tel moment du temps et en tel point de l'étendue ; et les raisons devront être tirées du temps et de l'étendue, sous peine de n'être pas topiques et de laisser échapper la question. Donc, toute raison de mouvement est, et ne peut pas ne pas être, un autre mouvement. Le mécanisme n'est pas une hypothèse ; il est la pensée même prononçant qu'un rapport dans le temps et l'espace est lié à d'autres rapports dans le temps et dans l'espace, sauf miracle, création ex niJiilo ou commencement absolu à la façon de Renouvier. Mais quel est le mécanicien ou le physicien qui se tirera d'affaire par un commencement abs^olu ou par un miracle, fût-il professeur à l'Université catholique?
L'énergélisme échappera-t-il à ces difficultés en se réfugiant dans l'abstrait, comme font ceux de ses partisans qui cherchent une représentation du monde purement conceptuelle et mathématique, tirée des raisons d'ordre, de grandeur, de nombre, et constituant une logique universelle de
L'IN'TKRI'Itl'TATION' DU MONDI'] PA» L'KN KFld I !•:. \-Vd
la quaiilité, une algèbre universelle (i)? Encore faut-il en \enir aux figures dans l'étendue, oi)jets de la géométrie; sinon, ce ne sera pas une physique. Le plus, il faut en venir à des mouvements dans l'espace; sinon, ce ne sera pas une physique. S'il n'y a pas de dilalati(ni, s'il n'y a pas de chute des corps, s'il n'y a pas ondulation de l'air and)iant, qu'est-ce qui sera de la pliy-iijue ? Oue la masse, que la force soient des symboles et des schémes matériels ou spirituels, soit ; mais le mouvement, lui, n'est plus un schème, il n'est pas une représentation symbolique au point de vue physique, quelque symbolique qu'il puisse être pour le métaphysicien. Le mouvement est l'objet même des sciences mécaniques et physiques. Posez le mouvement, vous posez le monde matériel; supprimez le mouvement, le monde matériel est anéanti, il ne reste plus que d» s abstractions mathématiques et logiques. Or, la mécanique est la science du mouvement; prétendre la réduire à un rùle subordonné, c'est aussi absurde que de vouloir réduire à ce rôle subordonné la logique et les mathématiques. S'il n'y a jtas d'abord une logique, que le physicien garde le silence. S'il n'y a pas une algèbre et une mathématique, qu'il se taise. S'il n'y a pas une géométrie, (|u"il se taise encore, car il ne pourra plus parler de déformation, de dilatation, elc. S'il n'y a pas de mécanique, qu'il se taise toujours, car il ne pourra plus désigner aucun phénomène physitjue ({ue par les sensations qu'il produit et qui ne sont plus physi(|ues, à moins qu'il ne fasse appel aux entités et forces
(1) La nu'caMi(]iie ilc Lairraiiiie ?e conlfiile «le funnnles et de lraii5foriiialuin> aiialyliqiifs; la iiiecaiiiiiue île l'oinsot, an contraire, suit le uioiivenienl liniis l'espace"; piiur elle «• \(! inoiivement est lonjoiirs appiiyc sur la représenlalion eéoinélriqiie ". Kn (ranlres leniies, il y a une mécanique ak'ebiique et ni,e mécanique irtMmetrii|ne. Mais, à vrai ci:re, les deux sont indispensables. La mécanique alfîébiiquc se conlente de relations abstraites sous le rapport du nombre et du temps, en éliminant le pins possible la représentaiiou de l'espace; mais le >/joi<renieiil n'est pas un simple rfiiiiif/emaif. ni une IrausTormalion purement numérique et temporelle. Il est cssenliellement un depLT'ement dans l'espace; il est essentiellement géométrique. Donc il faut toujours en reveu;r à remplacer les fonctions et loisalirébriijiies par des li^nrations dans l'espace; sin^n l'explication laisserait ecbapper une des données essentielles du problème : les rapports spatiaux.
140 ESQUISSE D'une interi'Rétatiox du monde.
occultes, comme l'énergie. Cela est sans doute possible au point de vue scientifique ; mais, au point de vue philosophique, cela est aussi étrange que si on voulait déduire la logique de la physique. Si notre mécanique n'est pas encore suffisamment rigoureuse, qu'on la perfectionne, mais qu'on ne nous la présente pas comme un cas particulier de la thermodynamique ou de toute autre science qui, sans elle, n'existerait pas. C'est faire un cercle vicieux que de prendre ces prémisses pour une conséquence de leur propre conclusion.
11 ne nous paraît pas davantage possible d'admettre la réduction de la matière à des formules mathématiques essayée par certains éncrgélistes.
Ce que nous regardons, disent-ils, comme les éléments des corps ne peut être distingué que par des qualités différentes. Dire que la division d'un corps n'arrivera jamais jusqu'à isoler les éléments, c'est dire que dans la partie, si minime qu'elle soit, on retrouvera, comme le croyait Anaxagore, les mômes qualités que dans le tout. Dès lors, pour y explication^ nous n'avons pas à considérer des éléments insaisissables, mais bien des qualités. A chaque point de la matière se trouvera attaché un coefficient pour chaque qualité considérée (densité, température, etc.). De la sommation des valeurs d'une même qualité, pour les divers points du corps (d'après les règles ordinaires du calcul intégral), dépend la qualité du corps pour son ensemble. Le nombre de ces qualités peut d'ailleurs être indéfini ; mais on conçoit que, d'après des lois naturelles, reconnues ou à reconnaître, la connaissance de telles qualités peut être liée à celle de telle autre, en sorte que, pour l'étude, il suffira de choisir un certain nombre de qualités que l'on considérera comme primordiales et auxquelles on rattachera les autres. La matière se trouve ainsi ramenée à un système d'équations coordonnées entre elles.
Mais qui ne voit que ces abstractions laissent la réalité intacte au-dessous d'elles? Si les qualités de la mat'ère peuvent ainsi se représenter par des formules mathématiques,
î/INTIÎHPHliTATlON DU MONDK PAR L'ÉNKHGIE. f 'fl
(•'(.'St parce qu'elles enveloppent en elles-mêmes des relations (l'espace el, de tem[)S ; c'est parci- qu'elles sont au fond des mouvements, et alors se pose la question qu'on avait éludée sans la résoudre : Le mouvement ne suppose-t-il aucun mobile? se suflit-il à lui-même? est-il, en un mot, substantiel?
La théorie électronique de la matière, en apparence plus concrète, enferme rénergélisme dans le même cercle vicieux. La matière, selon les partisans de celte théorie, se réduit à des particules électiàques, éléments derniers de l'atome. Mais qu'est-ce que des particules électriques ou autres, sinon des mouvements de petits morceaux découpés dans l'étendue, de nouveaux petits atomes? Et que veut-on dire,' quand on soutient qu'ils sont électriques, sinon qu'ils se meuvent? Est-ce que des tuurbillons ne sont pas des mouvements? Demandez à Descartes. Une fois les électrons posés, on prétend déduire la mécani(jiie des lois expérimentales de l'électrioilé. Si on l'en déduit, c'est qu'elle s'y trouve déjcà imidicitement coiitenue, et si elle s'y trouve, c'est qu'elle est ellemême la condition de tous les mouvements des électrons. De deux choses l'une : ou les électrons se meuvent et meuvent, ou ce sont des paresseux qui ne font rien et ne servent à rien. Dans le second cas, bannissons-Ks de la physique ; dans le premier, je les délie bien de se mouvoir autrement (|ue selon les lois du noudjre, de la figure et du mouvement. S'ils ont l'air de se livrer à cet exercice paradoxal, c'est que nous ne comprenons pas bien leurs faits et gestes; peut-être aus^i n'existent-ils pas, tandis que l'existence de la mécani(|ue est certaine.
Lis objections opposées par les énergélistes nu mécanisme ne sont pas, à notre avis, plus valables que les arguments par lesquels ils s'elforcent d'établir leur propre thèse.
La mécanique, prétendent-ils, ne s'applique qu'à des mouvements lents; à des vitesses considérables, deux et deux l'ont cinij, tt les cercles n'ont plus leurs rayons égaux. — Dites que les lois concrètes sont modifiées par une
complication des lois abstraites qui \oiis échappe ; mais n'essayez pas de nous persuader C[ue votre ignorance est la mesure de l'application des vraies lois mécaniques. Yous avez beau invoquer certaines expériences, ce sont vos expériences qui sont inexactes ou mal interprétées ; ce n'est pas la mécanique. Si vous trouvez vraiment des masses qui augmentent avec les vitesses, c'est qu'il y a dans ces masses quelque autre chose que ce que vous y mettez, quelque autre chose qui demeurait latent à des vitesses inférieures et se manifeste à des vitesses supérieures, mais soyez bien persuadé que, si vous pouviez mettre tous Its éléments du fait en équation, vous y verriez une confirmation de la vraie mécanique, comme de la géométrie, de l'arithmétique et de la logique. Ce n'est pas le radium ni toute autre substance qui prévaudra contre ces sciences (1).
S'appuyant sur certaines théories, actuellement en faveur, du pragmatisme et de l'intuitionnisme contemporains, les énergétistes veulent nous faire considérer le mécanisme comme un. simple point de vue « où l'esprit humain a été conduit par le spectacle du travail de l'homme (2) ». — Croire que tout a une raison, que tout ce qui est un changement réel a sa raison dans une cause réelle, que le changement dans l'espace et dans le temps a parmi ses raisons des raisons nécessairement spatiales et temporelles, ce n'est nullement imiter le travail de l'homme ; c'est plutôt imiter le travail de la nature; ce n'est pas même l'imiter, c'est poser les conditions intelligibles de tout changement, de tout déploiement de force, de tout travail. Ce n'est nullement parce que le forgeron frappe sur l'enclume avec le marteau que nous croyons à la nécessité de causes déterminées pour produire un effet déterminé. La
(1) M. Dwelsliauvers-Déry, ancien profosseiir de mécanijque rationnelle à l'Université de Liège, a parfaitement mis à nu {Revue (jénérule des Sciences, lu novembre 1008) les ambiguïtés et paralogismes qui ont permis de soutenir que la niasse, définie d'une manière arbitraire et à double sens, variait avec la vitesse. « La masse qui varie avec la vitesse et proportionnellement à l'énergie inleine n"esl pas la masse réelle qua considère la mécanique classique, mais une masse apparente composée de la masse réelle, a'uue masse fictive et d'autres éléments mal définis. »
(2) Evolulion créatrice, p. 97.