V. — Conclusion
Kii dernière analyse, l'énergétisme nous semble être <»u lin empirisme strict, excluant toute conception rationaliste et à priori, ?e plaçant au milieu des faits physiques sans essayer de les réduire à l'unité mécanique, ou un dynamisme métaphysique, qui se déguise sous des apparences empiriques et qui. lui aussi, enveloppe une conception du monde plus ou moins à priori.
Les énergétistes, <à vrai dire, sont pour la plupart des savants qui ont une idée de derrière la tête, une idée métaphysique ou religieuse, et qui se prétendent esclaves de l'expérience pure. Ils vivent d'amphibologies et de sous-entendus. Leur théorie est un refus d'explication scientifique motivé par une proposition sous-entendue d'explications métaphysiques. Ils jouent sur le irot à'expériencf où ils introduisent pêlemêle le physique et le mental, l'objet et les sensations du sujet. Le feu me chauffe, voilà une expérience; mais c'est une expérience surtout psychologique. Le frottement d'un corps fait hausser la colonne de mercure dans un thermomètre, voilà une expérience véritablement physique : à quoi se réduit-elle? A des relations de mouvements, et comment expliquer scientiliqueincnt ces relations, siimn par d'autres relations de mouvements?
L'i'iiergélisme e.>t d(tiic une représentation à la f«'is algébrique et psychique du mnude. Au point de \ue philosophique, cette représentation a une grande importance, comme moyen de dissoudre le physique dans le psychique ; mais le physicien n'est pas un métaphysicien. S'il abandonne le côté vraiment physique des phénomènes pour n'en plus considérer que l'aspect algébrique ou conceptuel d'une part, de
loO ESQUISSE d'une INTERPRÉTATION DU MONDE.
l'autre l'aspect sensoriel et psychologique, il détruit de ses mains l'objet même de ses recherches.
L'énergétisme aura cependant rendu ce service de faire comprendre que toute science du monde matériel est une pure phénoménologie qui laisse échapper la réalité et même la vraie qualité. Il aura eu aussi le mérite de réduire cette phénoménologie à un tissu de concepts et d'abstractions, à un mathématisme. Dès lors, à moins de pousser le pythagorisme jusqu'à croire qu'on va faire de la réalité avec des nombres et des figures, sans rien dedans, il faut bien convenir que la science du monde est une science d'extraits et d'abstraits, c'est-à-dire Ati-apports entre des termes inconnus. En vaporisant ainsi la matière jusqu'à la réduire à de purs concepts mathématiques, l'énergétisme aura finalement montré qu'elle n'a pas d'existence comme telle pour le philosophe, qu'elle est une représentation et un symbole de causes qui la dépassent (1).
1) A 1.1 suite de ce chapitre neuvième, le projet de plan que nous avons reproduit dans la Préface marquait la place de deux autres cliapitres, l'un sur Vlnterprélation du monde par le psychique et le vilalisme, l'autre sur V Interprétation du monde par le j)si/c/iique, la volonté de conscience et les idées-forces. Mallieureuseraeiit, en deliors de quelqnes notes sans lien, nous n'avons rien trouvé d;ins les manuscrits qui se rapportât d'une façon un peu particulière et précise à ce double thème. 11 semble, d'ailleurs, que la critique du vitalisme, envisagé comme syslème métaphysique ou comme essai d'interprétation du monde, ait été déjà poussée assez avantdans le chajilre sixième consacré à la discussion de la doctrine de M. Bergson sur ïélan vilal; et, d'autre part, les pages concernant le Parallélisme du physique et du mental, que l'on trouvera dans VA/ipendice, peuvent, croyons-noiis, être regardées comme un fragment du chapilre projeté sur V Interprétation du monde par le psychique, ainsi qu'il semble lésulter de la note suivante.
« Les fondemenis du panpsychisme sont :
» 1° Notre tendance à l'unité, confirmée par toutes les réductions à l'unité qu'opère la science : monisme physique et mental;
» 2o L'existence de lois dans les' deux mondes, lois qui impliquent continuité, déterminisme universel;
» 3» L'action réciproque du physique et du mental;
» 4" L'action réciproque universelle:
» ijo La loi de continuité, qui autorise l'analogie et linductimi : les rapports d'analogie, qui permettent une induction relativement aux termes. On ne comp end pas l'analogie sans quelque identité profonde au delà de la similitude snperlicielle.
» H" L'expérience, qui nous montre la vie sortant de la prétendue matière brute, la conscience soriaiit de la vie. »
Ce sont ces considérations, déjà présentées dans VEvolutionnisme des idées- . forces, qui devaient sans doute être reprises et développées d'une façon plus systématique et plus complète dans cette partie de VEsquisse d'une interprétation du monde. [E. B.)
CIIAPITJil-: DIXIEME
La volonté de conscience, fonction commune de l'intelligence et de la réalité.