I.'INTEKPRÉTATION DT MONDK PAR L'ÉVOLUTION
idcnti(iut;s? Kgales de valeur, soit, identiques même sous certains rapports, par exemple sous le rapport de la connaissance atteignant les mêmes vérités, et contemplant le même objet dans une vision béatifiijiic, soit; mais, que ce soient, du moins, des personnes dillérentes, et non une seule et même personne absorbée en soi. Il faut qu'il y ait quelque diiïérence dans le paradis, entre vous et moi, entre nous et hs autres, entre nous tous et Dieu. Un principe de différenciation, d'individnation ou, si vous voulez, de personnalisation sera donc toujours nécessaire. Ce pourra ne pas être un corps, un organisme matériel, grossier ou subtil; mais il faudra que, sous certains points de\ue pst/cZ/if/ nés, sinon p/iijsifjues^ mon moi se distingue de votre moi, malgré sa plus intime union avec lui, avec tous et avec l'Unité suprême. L'opposition absolue entre les individus différents et les personnes identiques semble donc impossible; il n'y a pas de personnalité qui n'ait pour support quelque individualité. Ou anéantissemt'Mt complet au profit de l'Unité absolue, ou subsistance de différences personnelles quelconques; voilà l'alternative. La vie éternelle des esprits ne serait donc pas plus indifférenciée que la mort éternelle de la matière.
On ne peut du reste se figurer la perfection comme une indiflénnciation, car elle est l'union de toutes les qualités possibles, et une qualité, au moins chez l'être fini, est toujours distincte, différenciée. Plus d'intelligence, plus d'amour, plus de bonté, plus de bonheur, c'est une existence plus caractérisée, plus différente par ces caractères de ce qui est au-dessous d'elle, plus individualisée par la réunion de ces caractères en une conscience personnelle. Si un être est d autant plus uni aux autres êtres par un lien d'amour qu'il est plus parfait, il ne s'en?uit pas qu'il devienne de tous points identique aux autres êtres, ni qu'il se confonde avec eux. En ce cas, il n'y aurait plus d'amour, mais anéantissement simultané des êtres qui devaient s'aimer. Il faut donc maiîilenir jusqu'au bout le principe des indiscernables qui veut que les êtres, si parfaits soient-ils, se discernent les uns
i86 ESQUISSE D'UNIî INTERPRÉTATION DU MONDE.
des autres par quelque différence autre que celle des temps, des lieux ou du nombre. L'idéal serait, dans Tordre moral, une sphère infinie qui aurait partout des centres individuels et n'aurait sa circonférence nulle part. C'est le mutuel et universel amour qui peut accomplir ce miracle. Au-dessus des catégories de la pensée, notamment des catégories de différence et de ressemblance, il y a un rapport plus intime et plus profond, celui des volontés par l'amour.
CIIAPITIU- DOUZIKMK
Synthèse de la contingence et de lauto-déterminisme.