‹ Esquisse d'une interpretation du mondeChapitre 80 sur 158 · I.K l'AHALf.liLISMH Di: l'il YS I Qi: K l'.T DU MKNTAL · texte numérisé non relu

I.K l'AHALf.liLISMH Di: l'il YS I Qi: K l'.T DU MKNTAL

Napoléon cl ceux qu'il a fait tiuT n'avaiont ni volont»', ni pensée. Oui, conmir si... et dan? le monde dits apjjaifnices. C/tîsl (le iiiènie que Nt'wlon dirait : tont .-e j)a?se comme ?i le soleil eL l.i terre s'attiraient ; il aurait même ou dire avec Kmpédocle : s'ainii^ient l'un l'autre en raison directe des masses, ete. Il n'en e>t pas moins vrai que les comme si expriment de simples liypothèses. Un pourrait dire inversement : les guerres de l'Europe se sont passées, au point de Nue mental, comme s'il n'y avait en que des pensées et des volontés en Jeu. <1(.' sont l<à lictions analogues à celles de l'algèbre, qui se jouent autour des choses, et qui ne sojit jdus de mise dans la science pratique par excellence, dans la morale. On pourrait imaginer aussi que les guerres de l'Empire se sont passées comme s'il n'y avait eu que des phénomènes lumineux, images de batailles, etc., sans phénomènes sonores, ou sans phénomènes de contacts. Ces abstractions hypothétiques sont permises pourvu (|u"nn h's pn'iine pour ce qu'elles sont; mais la doctrine que nous n'avons cessé de combattre, c"est celle qui dit : tout se serait passé réellement dans le monde de la même manière, s'il n'f/ avait pas cf. de volonté ou de pensée., et la pensée est un reflet tardil". un éclairage de luxe. Celte doctrine, en etlVt, n'est plus une iietion de mécanique abstraite, elle est une théorie philosophique, métaphysique et morale, et selon laquellt> \r mental ne serait vraiment quun accident de surface, le moral m\ aspect additioimel et plus ou moins illusoire du physique, ce deruiir étant seul réel.

A notre avis, au contraire, la pensée est une des formes importantes, la i>lus importante sans doute, de l'énergie universelle, qui elle-même est appétition ou volonté. On a excellemment résmne celte doctrine en disant que les facteurs elleclifs excitent la pensée, la sollicitent, la niellent en mouvement, mais que, une fois lancée, elle continue d'ellemême son élan, elle agit connue toute autre force, avec cette dilTérence (|u'elle peut accroître ou varier son propre mouvement par l'idée même dune intensité supérieure ou d'une

nouveauté supérieure. La pensée n'est pas pour cela, à nos yeux, un empire dans un empire. Elle n'est pas «un pouvoir absolu, capable de surmonter tous les obstacles»; mais, surgissant du fond même de la réalité et de la vie, dont elle est la plus haute manifestation, elle est capable d'introduire dans le monde du neuf et de l'original, ne fût-ce que cette originalité profonde qu'est la conscience de soi.

D'autre part, s'il y a un mécanisme universel, c'est qu'il y a partout des causes plus profondes que le mécanisme, qui se manifestent par des relations mutuelles dans le temps et dans l'espace sous cette forme mécanique. Dans une bataille, les combattants ne sont pas produits par la lactique, mais il y a une tactique, parce qu'il y a des combattants, et le combat même a lieu selon certaines lois extérieures, parce qu'il y a des lois plus intimes qui produisent le conflit même, des lois de passions, d'intérêts, de pensées, etc. La métaphysique exclusivement mécaniste, qui n'est pas la science, confond la tactique de l'univers avec les vraies tendances primordiales de la réalité qui engendrent ultérieurement et consécutivement cette tactique, cet ordre constant de bataille dans le conflit des forces. C'est donc l'appétition qui est la réalité même, et le mouvement est, au point de vue philosophique, un effet extérieur, dérivé du conflit des appétitions.

En dernière analyse, si nous n'admettons pas de brèche au mécanisme par une intervention directe^ en quelque sorte mécanique du mental dans le physique même,, nous n'admetr tons pas davantage deux règnes parallèles avec une harmonie préétablie ; mais nous croyons que le mental est le fond, et que le mécanique pur est une forme de représentation, un symbole à l'usage de la pensée.

ARTICLE NEUVIÈME La critique du déterminisme.

[. — L'antindmie de l\ c.vlse lirre i:t nu déterminisme.

Dans la troisième antinomie de la cosmologie rationnelle relative à la causalité, la « thèse » pose d'abord le principe même de causalité.

« Tout ce qui est arrive, dit Kant, implique un état antérieur auquel il succède inévitablement suivant une règle appelée loi. Or cet état antérieur doit être lui-même quelque chose qui soit arrivé (qui soit devenu dans le temps ce qu'il n'était pas auparavant), car, s'il avait toujours été, la conséquence n'aurait pu commencer d'être, mais aurait aussi toujours été. C'est là le nerf de la preuve. L'action causale et efficiente de la cause par laquelle quelque chose est arrive est dowi elle-même quelque chose d\irrivé. qui suppose à son tour, suivant la loi de la causalité, un état antérieur et la causalité répondant à cet état, celui-ci un autre plus ancien etainsidesuite. Ilyadonctoujoursun « commencement subalterne yy, mais il n'y a jamais un « premier commencement » J).

Kanl objecte au déterminisme que « la série, du côté des causes dérivant Us unes dos autres, n'est jamais complète », et, comme rien ne peut arrivir sans une cause complètement déterminée et sutlisante, la causalité à l'inlini se contredit

1 II f.)ul enlendro par là un comnienfement cauï.il et .iynaiinque, une iniliativi', ii.in pa^ seultMiionl un ■< commencement temporel «.

o2i APPENDICE.

elle-même. Selon non?, cette conséquence n'est pas contenue dans les prémisses.

Il est cl:iir que la série des causes aboutissant à l'effet actuel, par exemple à une é.ilipse, n'est jamais complète pour une pensée qui opérerait dans le passé une régression sur la ligne des antécédetits ou, dans le présent, sur les innombrables lignes de concomitants; mais de ce que la régression idéale et intellectuelle est toujours incomplète et inadéquate à l'infinité des causes, il n'en résulte nullement que la progression réelle des causes cosmiques jusqu'au moment présent ne soit pas complète, puisqu'elle est efTective. C'est une série infinie qui a amené l'état actuel du monde et n'est pas pour cela finie mais toujours en action et en évolution.

Uuant à la « contradiction », il n'y en a aucune à dire que l'ensemble des causes antécédentes ou concomitantes est réellement infini et que, en conséquence, une pensée finie ne peut jamais les épuiser ni comprendre l'existence de cette évolution causale éternellement donnée et éternellement en activité. L'infinité de la série des causalités réciproques est liée à l'infinité de l'existence dans l'espace et dans le temps. Notre impuissance à opérer une régression complète et finie dans l'ordre infini des causes ne prouve pas l'impuissance du monde réel à opérer la progression à l'infini des causes, sans commencement dans la durée, dans l'étendue et l'activité. L'insuffisance de notre analyse ne prouve pas l'impossibilité de la synthèse naturelle qui constitue l'infinité de l'univers toujours en action.

Que l'univers s'explique par lui-même et que la série infinie des causes finies soit la suprême satisfaction de l'intelligence, c'est là un tout autre problème. Ce que nous disons, c'est que, dans le monde, un premier commencement causal, un premier anneau de chaîne esLcontraire au principe même de causalité et dt; raison suffisante.

De plus, la thèse de Kant aboutit, il le dit lui-même, à une cause première qui serait dans le monde et à une seule. Cependant, Kant ajoute : « Puisque la faculté de commencer

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