I.A CRITIQUE DU DÉTER M I N' I SM !•. 'M
tout à fait spoiitiiiiéinent une série dans le temps a été une fois prouvée (bien qu'elle ne soit pas saisie en eile-méme^^ il /tous est permis aussi maintenant de faire commencer spontanément, sous le rapport de la causalité, diverses séries de phénomènes dans le cours du monde et d'attribuer à leurs substances la faculté d'agir en vertu de la liberté » (I j.
Lul/.c. M. Boutroux, William .lamts et .M. Ilergson devaient user amplement de la /jcrmissinii donnée par Kant ; mais Kant lavait-il justiliée? De ce qu'il y a dans le monde, par hypothèse, une spontanéité immanente et créatrice, qui aurait en soi-même son origine, s'ensuit-il qu'il sùil/jcr?nis, sans autre forme de procès, d'admettre d'autres spontanéités créatrices, d'autres libertés absolues capables de faire commencer absolument dans le temps, sous le rapport de la causalité, des séries d'effets, des mondes suball'-rnes qui n'auraient pas existé sans ces «substances» libres? lue fois le monde inlini conru comme émanant d'une liberté infinie, l'opération cosmologique est terminée, rien ne nous autorise à supposer d'autres dieux immanents, d'autres libertés qui interviendraient, non plus à Vo)'if/inp axnsale du monde, mais dans le cours causal du monde même.
Faisons pourtant toutes ces hypothèses, depuis celle de la cixuic absolument })remière ou du «premier moteur» agissant dans le nmnde jusqu'à celle de causes relativement premières qui seraient des libertés se mouvant au Sfin du monde et créant des mondes nouveaux. Aurons-nous pour cola donné satisfaction au principe de raison suffisante et de causalité que Kant invoque, et aurons-nous atteint une ■< causalité cofnji/è/c», une série complète sous le rapport des causes, de manière à éviter la prétendue contradicti<»n d'une série causale intinie et ce|»endant complète? Pas le moins du momie, et ce triomphe suj>posé de la causalité en est au contraire la ruine. La cause première intérieure au monde ne nous servira absolument à rien comme explication de ce
qui se passe dans la nature, et les causes secondes libres nous serviront encore moins. En effet, le raisonnement de Kant sur la causalité vaudra pour la première cause comme pour le reste. Le principe de causalité veut qu'un effet qui commence soit explicable par une action qui, elle-même, a commencé, sans quoi Veffet existerait toujours comme l'action même. Mais alors, si la série des causes qui se déroulent dans le temps et dans l'espace a un commencement dynamique, il faut que la cause première du monde ait elle-même commencé, ou du moins que, dans son sein, quelque action ait commencé qui se soit traduite par le commencement de cet effet : le monde. Et celte action du premier moteur supposera 'elle-même une action antécédente en lui, etc. Nous retombons dans la même série dynamique, temporelle et spatiale, qui ne convient pas à la cause éternelle. D"où il suit que l'action première et initiatrice est elle-même éternelle ; d'où il suit encore que son effet doit être sinon éternel dans le même sens qu'elle, du moins sans commencement et sans limites dans l'espace, sans commencement et sans limites dans la série causale. Encore un coup, la puissance créatrice n'ayant jamais manqué au créateur du monde, on ne peut dire qu'elle soit nécessitée à faire commencer son effet et à le faire commencer ici plutôt que là, il y a tant d'années précises plutôt qu'auparavant et toujours. De même dans la série des effets.
Quant à la volonté créatrice, pourquoi commencerait-elle ou ferait-elle commencer son effet arbitrairement? Est-ce pour éviter une soi-disant « contradiction » ? Voilà une divinité bien esclave et bien embarrassée devant un problème qu'elle seule pose et que rien ne peut l'empêcher de résoudre. Toutes ces imaginations sont peu raisonnables.
Le (( premier commencement », sous le rapport de la série des antécédent^ et des conséquents, est donc aussi incompréhensible avec la causalité absolue d'une première cause qu'avec la causalité relative des causes qui agissent dans le monde. Sous prétexte de (* compléter » la série causale cons-
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tituaiif, le mondt', on la brise réellcmeiil à un [)renii(.'r point, à un prenier clou auquel on la suspend comme une chaîne. La position du premier commencement causal est, en, réalité, la suppression de la causalité, l'admission d'une cause qui commence sans cause une série d'effets à un tel moment plutôt qu'à tel autre, en tel lieu plutôt qu'en tel autre. On voulait découvrir une raison suffisante et il se trouve que cette raison est insuffisante, inadéquate à ce qu'il faut expliquer. Elle est donc inutile dans la science de la nature. Si on admet en métaphysique une cause absolue et transcendante, non plus immanente, c'est pour expliquer en son ensemble la série dynamique infinie des causes secondes dans le temps et dans l'espace, non pour finir cette série dans le temps, dans l'espace ou dans l'ordre de la causalité temporelle et spatiale. La question de la cause absolue et transcendante est toute différente de celle d'un T^vamxav cumniencenient^ même causal, et d'un premier moteur dans le monde. Nous n'avons pas à la traiter ici : nous avons seulement voulu montrer ce qu'il y a d'inconséquent à croire qu'un premier commencement dynamique, temporel et spatial clôt la série causale, temporelle et spatiale, de manière à la rendre finie. L'hypothèse de la chiquenaude donnée à m\ moment précis i)0ur lancer le monde dans l'espace est à peine plus inadmissible.
Passons maintenant aux premiers commencements subalternes qui dériveraient de libertés créées elles-mêmes et douées d'un pouvoir créateur. Voyons si de tels êtres rendront la série des causes secondes plus « complète ». Ils la rompront au contraire ; ils la rompront sur tous les points où s'exercera leur action plus ou moins perturbatrice. Si encore ils rendaient vraiment compte de leurs propres actions ; mais non, les eff'ets qu'ils feront commencer supposeront tu\-mêmes une action qui commence, une décision de la volonté qui commence ; et cette décision aura elle-même besoin d'une raison pour laquelle elle conmience ; cette raison n'existera à son tour qu'à ce moment précis et aura besoin d'autres causes (jui l'auronl amenée et ainsi de suite. N\ais retombons
toujuiirs dans la même difficulté. Ouaiit à un preiiiier commencement de causalité sans cause, appeler cette notion la victoire de la causalité, sa conception « complète », c'est un abus, puisque le sans cause est la négation même de la cause. Donc cà tous les points de vue, la prétendue contradiction de la causalité immanente avec elle-même dans l'hypothèse des séries causales infinies n'existe pas ; et ce qui est en vraie contradiction avec la causalité, c'est le liberum arbitrifon mdf/ferentiœ, le pouvoir de causer sans cause un premier commencement de série causale, avec absolue impossibilité d'assigner une raison ou cause à ce commencement absolu. La « thèse » de l'antinomie nous apparaît ainsi comme la négation de la causalité immanente, tandis que l'antithèse en est l'affirmation dans toute son universalité et, par conséquent, dans toute son infinité. L'antithèse nous place, il est vrai, devant une causalité infinie qui est pour nous incompréhensible en sa totalité et en son infinité ; mais enfin, c'est la causalité même qu'elle pose, la causalité universelle et réciproque ; c'est la satisfaction de l'intelligence poursuivant la causalité et sachant que, si elle ne peut l'atteindre en sa totalité, la causalité n'en existe pas moins, et lui promet une possibilité de progrès. Au contraire, la thèse nie la causalité ; non seulement elle ne rend pas le monde plus compréhensible pour nous, mais elle le pose ayant de l'incompréhensible en lui-même et dans son propre sein, de l'irrationnel et de Talogique dans son évolution, où se trouvent des solutions de continuité causale, des hiatus de raisons suffisantes et adéquates. Il faut voir les choses comme elles sont. L'antinomie est entre la position ou la suppression de la raison d'être immanente et se développant dans le temps. Tout a une raison dynamique, temporelle et spatiale ou tout n\i pas une raison de ce genre, voilà l'alternative.
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II. — Li;S FAUSSES OBJECTIONS CONTHE I.E 1»KTF:HMIMSMK. pRÉVISmiLITÉ ET LIDERTi:.
Il y ;i (le vraies et de fausses objections au déterminisme, de vrais et de faux arguments en faveur de la liberté. Il importe tout d'abord d'écarter les objections fausses, qui brouillent la question et enlèvent de la valeur aux arguments vrais eux-mêmes.
Pour réduire à néant tout déterminisme, les indélerministes de notre temps, s'inspirant de Lotze et de lUiioUNier, s'efforcent de le ramener à quatre erreurs fondamentales.
1° Le déterminisme repose sur l'idée de qiitniiiir ; 2" 11 repdse sur l'idée de la répétition des tnèm* s phéxo- /iiriics ;
[1° Il rcpuse siU' une \m\)o>è\h\c prévisibi/ité de l'avenir ; i" 11 confond le temps avec l'espace. *
Or, sans prétendre en rien que le déterminisme formule la vérité absolue, nous croyons que les quatre erreurs qu'on lui impute sont imaginaires ; elles n'expriment pas les vraies lacunes ni les vraies limites du déterminisme, que nous n'avons pas été des derniers à mettre en lumière.
Le déterminisme, dit-on d'abord, repose sur 1 idée de quantité et sur l'idée de la répétition des mêmes pliénumènes. Or, nous avons prouvé que le déterminisme ne repose, quoi que llenouvier en ait pu dire, ni sur l'idée de quantité, ni sur celle de répétition ; il se fonde, encore un coup, sur l'idée de raison suffisante et de causalité qui s'applique tout aussi bien aux (ptalité^ et aux rr/afions qu'aux f/ii'iiifi(és, v\. aussi bien ou mieux encore au chtnuienteut qu'à la rt>['elition. à la différence qu'à l'identité. Cette double erreur n'en remplit pas moins les discussions actuelles. De ce ipie le f/naiitatif ne peut trouver son explication adéquate dans le quantitatif, il ne résulte nullement qu'il soit libre et iju'il ne suit
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pas lié au quantitatif lui-même par des rapports déterminés. Pourquoi, si je donne un coup de bâton à un chien, éprouvet-il linalement de la douleur ? Je n'en sais rien ; mais je sais que la liaison des deux faits est constante. Pourquoi telle ondulation éthérée, avec telles propriétés quantitatives^ me donne-t-elle la sensation qualitative du vert ? Je n'en sais rien ; mais de ce que j'ignore le rapport du vert-sensation à telle ondulation éthérée, il ne s'ensuit pas que les deux faits ne soient point toujours liés, toutes choses égales d'ailleurs, et que l'un ne soit pas déterminé par l'autre, le conséquent par l'antécédent immédiat nécessaire et suffisant.
Le troisième grand reproche adressé au déterminisme par Renouvier et ses successeurs, c'est d'admettre la prévision de l'avenir, prévision dont la réelle impossibilité serait une preuve de la liberté.
Selon nous, le déterminisme complet et universel implique tout ensemble 1" l'impossibilité d'une prévisibilité complète, 2° la possibilité d'une prévisibilité partielle.
D'abord, l'impossibilité pour l'intelligence de prévoir les choses dans leurs détails n'entraîne nullement l'impossibilité pour les causes réelles de déterminer leurs effets ; car la détermination des effets n'est pas un lien de Vintelligence à un objet représenté ; elle est le lien réel et concret d'une puissance causale à ses effets, prévus ou non ; elle est le lien par lequel une volonté non complètement consciente de tout ce qu'elle est, de tout ce qu'elle subit, de tout ce qu'elle peut, est liée de fait au résultat réel de son action mêlée de passion.
La question de la prévisibililé pour l'intelligence est donc tout à fait distincte du problème de la détermination réelle des choses. 11 ne faut pas confondre, comme le font les partisans de la contingence, le point de vue objectif et le point de vue subjectif. Le déterminisme soutient que tout ce qui arrive a des causes déterminées sans lesquelles il n'arriverait pas. Uuanl à savoir si l'intelligence proprement dite peut se représenter ces causes en elles-mêmes et dans leur action intime,