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III. — Les vraies objections contre le déterminisme

Voyons si des objections plus vraies que les précédentes ne peuvent pas être élevées contre le déterminisme, en tant qu'il se donne comme exclusif et adéquat à la réalité.

La réalité est précisément ce que le déterminisme n'atteint pas et laisse en dehors, car il roule sur des rapports

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entre des termes donnés sans pouvoir nous e\[)li(jner comment ils sont donnés. C'est ce que K;int a Ijien vu. En outre, la possiùi/ilé même est en dehors du déterminisme, du moins en ce qu'elle a de fondamental et d'ancré dans le réel. Une fois le réel donné et le possible donné, le déterminisme pose la nécessité de tels liens entre tel terme réel et tel possible : il conditionne toute réalité nouvelle et tonte possibilité nouvelle en les soumettant à des lois de succession constante et nécessaire; mais nous ne savons toujours p(jint poiu-quoi une chose est réelle, pourquoi elle est possible, ni même pourquoi le lien est nécessaire, à moins (ju'il ne s'agisse d'une nécessité réductible à l'identité.

Si maintenant nous passons au domaine même du déterminisme, qui est la causalité, nous voyons que, sur sa sphère propre, il se contente d'une causalité tout extérieure, qui consiste simplement dans l'existence de lois, et ne constitue ainsi qu'une léga/ité impoève à l'action causale, mais impuissante à nous révéler ce qu'est l'action causale en elle-même. Tels antécédents étant donnés, tels conséquents les suivent selon une règle, selon une loi; mais la règle n'est pas l'action réglée, la loi n'est pas la cause agissante, et, connne on dit, efficiente. L'efficace échappe au déterminisme, qui n'est qu'un code de la nature, présupposant que des actions s'y accomplissent et leur imposant des lois, luis de succession, lois de réciprocité. En paraissant traiter des causes, le déterminisme ne traite réellement que des elfets et de leur liaison mutuelle. Sa vraie catégorie propre n'est donc pas la cause, mais \ effet.

Il ignore de même la substanhalité véritable, qui se ramène à l'activité interne. Il y substitue la permanence dans le temps, comme il a substitué à la cause la succession dans le temps et la simultanéité dans le temps avec la récipnicité qu'elle enveloppe. Il admet que quelque chose persiste, sans pénétrer la nature de celte chose qu'il exprime simplement par une quantité toujours la même.

La qualité n'est pas en dehors des lois du déterminisme,

en ce sens que toute qualité a sa cause et succède à d'autres qualités selon une règle ; mais, en elle-même, la qualité demeure inexpliquée et inexplicable comme l'activité causale et la réalité substantielle. Le déterminisme suppose données des ressemblances qualitatives et des différences qualitatives, puis il affirme que les ressemblances dans les causes entraîneront des ressemblances dans les effets, que les différences dans les causes entraîneront des différences dans les effets. Comment se fait-il que quelque chose diffère ou ne diffère pas, comment surtout se produit la différence, qui est le grand mystère et qui précisément réclame une cause ? Le déterminisme affirme la nécessité de la cause sans pouvoir dire comment elle produit la diff'^rence.

Jusque dans le règne de la quantité, le déterminisme prend pour accordés l'espace, le temps, la quantité extensive et intensive, le changement dans le temps, le mouvement, dans l'espace, mais la nature et la cause du changement ou du mouvement échappent à ses prises : il légifère, voilà tout, et ne saurait nous dire comment quelque chose se produit, change, apporte du nouveau dans le monde. L'ancien a une raison, le nouveau a une raison, cette raison ultime nous échappe et le déterminisme se borne à l'affirmer, à affirmer ainsi une intelligibilité universelle qui déborde notre intelligence.

Un autre caractère essentiel du déterminisme, c'est qu'il porte sur les objets de notre pensée ou de notre action et sur la réaction de ces objets à l'égard de notre pensée et de notre action. 11 est foncièrement objectif.

En dernière analyse, la critique la plus fondamentale du déterminisme, c'est, croyons-nous, celle que nous avons faite dans la Pliilosnphie de Platon^ et surtout dans La Liberté et le Déterminisme (1), où nous avons montré que, partant

(1) Nous leiivoyuiis, jiour les détails, à noire long cliapilie sur les limites du ilélerminisme dans la seconde édition de La Liberté el le Délerminisme (parue en 1884), p. 181 el suivanles. IS'ons y avons développé la ciiliqne du déterniiiiisnie déjà coiileaiie dans la premièie édition et dans nos leçons de l'Ecole normale.

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<lu principe de raison suffisante, le délerminisino, à lui seul, ne peut aboutir qu'à une série de raisons insuffisantes et hypothétiques. Chacune de ces raisons, en effet, explique l>ien que si telles clioses sont données en un moment, telles autres choses déterminées seront données au moment qui suit; mais comment, encore un coup, les choses sont-elles données? Comment leur série tout entière est-elle donnée? Cette série, une fois commencée, se suffît à elle-même dans l'ordre du temps, de l'espace et de la causalité. Mais comment se fait-il qu'une succession de raisons toujours insuffisantes et toujours soumises à une hypothèse, h im si, soit donnée de fait, sans qu'on puisse voir comment elle a suffi à se donner elle-même? Le déterminisme laisse la question sans réponse.

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