‹ Esquisse d'une philosophie des sciencesChapitre 15 sur 71 · THÉORIE C;ÉNÉRALK DE LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

THÉORIE C;ÉNÉRALK DE LA CONNAISSANCE

de la vie, on peut, dire sans doute, dans le sens d'une doctrine de lévoliition et de l'adaptation, que, dans les organismes, et surtout dans celui de l'homme, tous les caractères, toutes les habitudes, et, pent-ôtre, la vie elle-même se lient indissolublement à cette prévision et, par suite, au principe do causalité. Si donc l'on veut donner le nom d'« a priori » à un tel rapport, il n'y a naturellement à cela aucun obstacle. Pour un homme considéré isolément, le principe existe sans doute avant toute expérience, car toute l'organisation qu'il tient de ses ancêtres s'est formée déjà sous cette influence. Mais qu'il puisse y avoir une forme ou un être qui existent sans une propriété de ce genre, c'est ce que nous montre tout le règne inorganique dans lequel, aussi loin que va notre connaissance on ne peut établir qu'il y ait souvenir ou prévision, mais seulement participation passive immédiate aux événements du monde (1).

En outre, le rapport causal a son origine dans notre façon spéciale de réagir sur notre expérience, et l'on a parfois exprimé ce fait en disant que la relation de cause et d'effet n'est pas vraiment donnée dans la nature, mais qu'elle serait introduite par l'homme. Et ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'un être tout autrement organisé pourrait ou devrait, suivant toute apparence, ordonner son expérience d'après des rapports réciproques tout autres; mais, comme nous n'avons pas de connaissance d'un

(1) On ne pourrait d'aucune façon objecter que pourtant comme on sait, la nature inorganique est, elle aussi, soumise au principe de causalilé. La théorie causale des phénomènes inorganiques est empreinte du caractère humain, et rien ne nous autorise à alfirmer que les mêmes phénomènes n'auraient pu se subordonner à une tout antre façon de voir.

OSTWALD. — Esquisse. 3

tel être, il ne nous est absolument pas possible de nous former de sa nature une représentation qui se puisse justifier. D'autre part, nous devons reconnaître que l'on peut penser au moins formellement une façon d'expérience ou un monde, où les faits éprouvés ne comporteraient généralement pas d'éléments concordants, si bien que la prévision y serait impossible. Un tel monde ne saurait permettre, môme à un être doué de souvenir, de se faire ni des conceptions sous forme de lois, ni une synthèse des diverses expériences. C'est pourquoi nous sommes obligés de reconnaître que, dans la constitution de notre connaissance du monde, à côté du facteur subjectif — c'est-à-dire à côté des éléments qui dépendent de notre nature organico-psychique, — il faut poser, en définitive, la question des facteurs indépendants de nous, ou éléments objectifs ; — et dans la môme mesure nous devons dire que les lois impliquent de ces éléments. Si l'on veut, par une image, se faire une représentation exacte de la nature de ces rapports, que l'on compare le monde à un tas de gravier et l'homme à une paire de cribles de maille différente. Comme le gravier passe par ce double crible, il se rassemble, entre le crible aux mailles les plus larges et l'autre, des grains de grosseur sensiblement pareille, tandis que les plus gros sont écartés par le premier et que l'autre laisse passer les plus petits. On serait dans l'erreur, si l'on voulait soutenir que tout le gravier était fait de grains de grosseur semblable, et il serait tout aussi faux d'affirmer que les cribles ^auraient égalisé les grains.

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