TIILORIK GENERALE DE I,A CONNAISSANCE
il. La HKf.TIFICATION DU RAPPORT CAUSAL.
Qiiaml nous avons expérimentalement trouvé une proposition du contenu suivant : si A est, B est ; — les deux concepts A et B sont constitués en général de plusieurs éléments, que l'on peut désigner par n, a', a'^ a'\ etc., et 6, 6', 6", h'\ etc. On est amené à se demander si tous ces éléments sont ou non essentiels pour le rapport en question. 11 est, en effet, tout à fait possible et môme très vraisemblable que Ton ait trouvé d'abord un cas particulier de la relation donnée, c'est-à-dire que le concept A, qui s'est posé comme lié au concept B, contienne encore des déterminations qui ne soient pas du tout nécessaires à l'apparition de B.
Le moyen général de se faire une conviction à ce sujet, c'est d'exclure un à un les éléments de A, comme a, a\ a", etc., et de voir alors si B paraît encore, ou non. Cette exclusion n'est pas toujours facile à réaliser. Ou bien nous observons des choses auxquelles on ne peut rien changer (comme les phénomènes astronomiques), ou bien nous expérimenîons des faits sur lesquels on peut avoir une action : et, suivant qu'il s'agit de l'un ou de l'autre cas, il est plus ou moins en notre pouvoir de poursuivre les enquêtes dont nous venons de parler. En général, on trouve que tel ou tel facteur peut s'exclure sans que B disparaisse. 11 faut alors que du facteur reconnu nécessaire on forme un nouveau concept correspondant A' (qui sera plus général que le concept précédent A) ; ainsi l'on exprimera la proposition dont il s'agit sous une forme plus exacte : si A' est, B est.
11 en est tout à fait do même pour l'autre
terme de cette relation. On constate souvent que suivant la })résence de a, — ou bien de a'\ a"', il apparaît des choses difTcrentes, sous quelque rapport, auxquelles ne s'adapte pas le concept d'abord posé B. Alors, on doit de nouveau varier le plus possible les expériences pour établir quels éléments il faut attribuer à B dans chacune de ses apparitions : on lornie de ces éléments constants le concept correspondant B'. La proposition rectifiée s'énonce ainsi : si A' est, B' est.
L'ensemble de ce procédé peut s'appeler la rectification du rapport causal. Cette dénomination exprime le l'ait général que lorsqu'on pose pour la première fois une connexion régulière de ce genre, on ne met que bien rarement en rapport des concepts appropriés. Cela provient de ce que l'on se sert d'abord des concepts dont on dispose et qui ont été formés dans un tout autre but ; aussi faudrait-il croire à un hasard extraordinairement heureux, si ces anciens concepts devaient se montrer tout de suite appropriés à leur nouveau but. De plus, pour exprimer la relation nouvelle, on est obligé de se servir des noms des concepts déjà donnés, et les noms caractérisent habituellement les notions ave<.' si peu de précision qu'il est nécessaire d'établir expérimentalement de quelle façon il faut déterminer le concept.
Les différentes sciences sont sans ces^se occupées à ce travail d'adaptation réciproque des concepts qui entrent dans le rapport causal. Donnons comme exemple la proposition suivante, qui * se comprend de soi > ; on crie à l'enfant imprévoyant qui met son doigt dans la flamme dune bougie : « Le feu brûle ! > Or, on découvre, d'une part, qu'il y a des objets brillants par eux-mêmes (phosphorescents) qui ne
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<Jt)nruMil pas tléltU'atioii de loinpi'^ralurc c(, par siiilo, pas de soiisalion (louloureuso. On ciécouvrc, trautre part, (pi'il y a dos [)hôiioniôiies do combustion qui, sans développer de lumière, donnent, pourlant assez de chaleur pour (pion puisse se briMer les doigts. Kt, par exclusions successives, l'exîimen scienlilique de la proposition ci-dessus aboulit à cet i^m)ncé que les processus cliimi([ues sont en i^énéral accompaj,'nés d'un dégap:euuMd d("; chaleur, mais que, par contre, do la chaleur peut aussi iMre absorbéi^ au cours du phénomène. CVt'st ainsi que cette proposition enlantine se développe jus(|u'à former une science étendue — la thermociiimie — (|uand on l'a soumise î\ ce processus continu do. r(U'.tilicatioii du rap|>ort causal : c'est là, d'ailleurs, la t;k'he i*^énérale de la science.
11 fautencore faire une remarque complémentaire: dans ce procédé d'adaptation du concept, on est parfois aussi obliiïé de suivre le chemin inverse. C'est nécessaire quand, dans un rapport provisoirenuMit exprimé, on observe des e.rceplions et que la proposition: — si A est, U est, — est à la vérité souvent conlirmée, mais parfois S(î trouve en défaut. C'est un sitifue (|ue, dans le concept A, il manque encore un élénuMit constituant : élément présent dans les cas favorables, quoique étraui^er au concept, — nuiis manquant dans les cas défavorables et dont l'absence ne se remarque pas pour celte raison qu'il ne fait pas partie de A. 11 est alors nécessaire de chercher cet élément et, quand on l'a trouvé, de l'incorporer au concept A, qui se transforme pjir là en un nouveau concept A'.
Ce cas est opposé an précédent; car ici le concept tjue l'on a adapté ap[)araîf comme moins ji^énéral que celui ([u<» l'on a\ ail provisoirement utilisé; dan^
le premier cas, au contraire, le concept amélioré était plus général. D'où nous formulons cette règle: les exceptions à la règle provisoire exigent la limitation du concept adopté; les cas indépendants, au contraire, en demandent l'extension.